PRÉFACE
un intérét tout spécial, comme étant susceptible de confirmer ou de contredire les hypothèses précédemment émises sur l’âge du Montien. Or, ainsi qu'on pourra s'en assurer en feuilletant le présent Mémoire, bien que l'immense majorité des espèces décrites soit entièrement nouvelle, les quelques espèces antérieurement connues sont manifestement thanétiennes; c’est également avec ce niveau paléocénique qu'il faut chercher les affinités des espèces nouvelles : les différences de ces dernières avec celle du Lutécien dénotent une évolution complète qu'explique seul le hiatus de l’'Eocène inférieur (Sparnacien et Cuisien). De l'absence à Mons des Cucullées et des grandes Huîtres, il n’y a à tirer aucune conclusion contraire à ce rapprochement, attendu que cela tient aux conditions spéciales dans lesquelles s’est effectué le dépôt des couches de Mons, dépôt d’estuaire comme tend à le démontrer l'introduction stratigraphique qu'a bien voulu rédiger M. le Conservateur Rutot, pour l’'annexer à ce Mémoire.
Il résulte de ce qui précède que le Montien ne serait peut-être qu’une facies distinct du Heersien ou du Thanétien, mais la contemporainéité n’en semble nullement prouvée. En tout cas, la révision ultérieure des Gastropodes décrits par Briart et Cornet s'impose dorénavant, tant au point de vue spécifique qu'au point de vue générique. Nous espérons pouvoir mener un jour à bonne fin cette tâche complémentaire qui ne laissera pas que d’être ardue à cause de la difficulté d'identifier les types de Briart et Cornet. C'est pourquoi, nons n'avons pas voulu attendre que le moment en soit venu pour faire connaître les Pélécypodes qui représentent déjà, à eux seuls, un total de plus de quatre-vingts espèces.
En 1865, MM. A. Briart et F. L. Cornet ont annoncé à l’Académie de Belgique la découverte d'un calcaire grossier à faune marine, en dessous des dépôts marins du Landenien (Eocène inférieur) (").
La découverte s'est faite par hasard ; nos deux savants confrères, revenant d’excursion, passèrent, à la limite de Mons et d'Obourg, devant les terres retirées d'un puits domestique qui venait d'étre creusé.
Intéressés par ces déblais, Briart et Cornet remarquèrent aussitôt la présence de fragments d’un calcaire grossier jaunâtre, pétri de fossiles, et ressemblant à certains facies du Calcaire grossier de Paris.
Renseignements pris au sujet des terrains traversés, il fat reconnu que ce calcaire, loin de représenter un équivalent du Calcaire grossier de Paris, était de beaucoup plus ancien, attendu qu’il reposait sous des couches appartenant à la base de l'Eocène inférieur.
Bientôt, l'examen des fossiles, très nombreux et parfaitement conservés, permit de reconnaître que, malgré certaines ressemblances, les espèces étaient fort différentes de celle du Calcaire grossier de Paris.
Toutefois, les matériaux tombés en la possession de nos deux savants confrères n'étant pas suffisants pour une étude complète, une demande fut faite au propriétaire du puits, M. Goflint, à l'effet d'opérer quelques recherches dans la roche en place, mais la permission d'explorer le puits fut refusée.
MM. Briart et Cornet s’adressèrent alors à M. F. Coppée, propriétaire d'un vaste parc voisin et autorisation ayant été gracieusement accordée, un nouveau puits fut creusé à quelques mètres à peine du puits Goflint.
Ce puits rencontra, heureusement, les couches fossilifères et c'est du « puits Coppée » qu'ont été extraits les nombreux matériaux réunis dans les collections Briart, Cornet et Houzeau de Le Haie.
Ces deux dernières ont été reprises par le Musée royal d'Histoire naturelle et réunies
(:) A. Briart et F.-L. Cornet. Note sur la découverte dans le Hainaut, en dessous des sables rapportés par Dumont au système landenien, d'un calcaire grossier avec faune tertiaire. BULL. DE L'ACAD. ROY. DE Becc., XX, 1865,
à quelques autres, d'ordre secondaire; elles constituent actuellement la plus riche série de fossiles du Calcaire grossier de Mons connue (?).
De 1870 à 1880, les savants académiciens publièrent par fascicules (?), la description des Gastropodes du Calcaire grossier de Mons. La détermination des Lamellibranches et des autres organismes inférieurs n’a donc jamais été entamée avant la belle étude de M. M. Cossmann, sauf toutefois les Echinodermes qui ont fait l'objet d’un Mémoire du regretté G. Cotteau (°).
Toutefois, en 1902, M. Leriche, maître de conférences à la Faculté des Sciences de Lille, a publié (“) les poissons de Montien, parmi lesquels il reconnut cinq espèces, dont trois existaient déjà dans les niveaux supérieurs du terrain crétacé.
Ces descriptions de fossiles ne sont pas les seuls travaux auxquels la découverte du Calcaire grossier de Mons a donné naissance.
Briart et Cornet, continuant leurs recherches stratigraphiques, reconnurent bientôt les extensions du Calcaire de Mons dans la vallée de la Haine (°) et, en 1877, ils firent connaître l'existence, au dessus du dépôt à faune marine, d’un autre calcaire constituant une assise supérieure du Montien, caractérisée par la présence de coquilles d'eau douce (*).
C'est à partir de 1880 que je commençai mes explorations dans le Hainaut en vue de l'étude monographique des terrains : Urétacé supérieur et Eocène, et je pus faire ainsi de nombreuses observations, à la suite desquelles je reconnus que le Montien avait une extension plus grande que le croyaient ceux qui l'avaient découvert.
En effet, Briart et Cornet admettaient, comme termes du Montien : le Calcaire grossier de Mons, avec une facies local : le Calcaire de Cuesmes à grands Cérithes et les couches d’eau douces supérieures.
Grâce à la circonstance si favorable de l'ouverture d’un grand nombre de belles excavations, en vue de l'exploitation industrielle de la craie phosphatée et à la découverte de fossiles en certains points, j'acquis la conviction que toute l’épaisse strate appelée « Tuffeau de Ciply » et considérée par mes éminents confrères comme d'âge crétacé supérieur, ou Maestrichtien, se rattachait en réalité au Montien.
Je pus non seulement raccorder le Calcaire de Cuesmes à grands Cérithes au « Tuffeau de Ciply », mais je démontrai que le Maestrichtien était représenté, dans les environs de
(:) La collection personnelle de A. Briart se trouve actuellement à l'École des Mines de Mons.
(2) A. Briart et F.-L. Cornet. Description des fossiles &u calcaire grossier de Mons. Mém. cour. et des sav. étrang. de l'Acad, roy. de Belg. Seuls, les gastropodes ont été décrits dans les trois fascicules parus (T. XXXVI, 1870; T. XXX VII, 1873; T. XLIII, 1880.)
(3) G. Cotteau. Description des Echinides du Calcaire grossier de Mons. Mém. cour. de l’Acad. roy. de Belg. in-4, T. XLIL, 1879.
(#) M. Leriche. Les Poissons paléocènes de la Belgique (MÉx. ou Mus. Roy. D'Hisr. Nar. De BecG, T. II, 4902.)
(5) A. Briart et F.-L. Cornet. Notice sur l'extension du Cualcaire grossier de Mons dans la Vallée de la Haine. (Bur.. Acao. roy. DE BELG., XXII, 1866.)
(6) A. Briart et F.-L. Cornet Note sur l'existence d'un calcaire d'eau douce dans le terrain du Hainaut. (Bu. Acap. RoY. DE BELG. XLIII, 1877.)
Mons, par un Tuffeau particulier, à faune nettement crétacée, pour lequel je proposai le nom de « Tuffeau de Saint-Symphorien ».
Bon nombre de coupes présentaient, du reste, en superposition directe, avec gravier séparatif, le Tuffeau de Ciply sur celui de Saint-Symphorien et enfin, à Ciply, en plusieurs points favorablement disposés, je rencontrai, à la base même du Tuffeau de Ciply, une faune riche, qui renfermait tous les éléments marins du Calcaire grossier de Mons type des puits Goffint et Coppée.
Les résultats prévus étaient donc définitivement acquis et en y joignant mes nombreuses observations faites dans la vallée de la Haine et notamment à la tranchée de Hainin, je me trouvai en mesure d'établir définitivement l'échelle stratigraphique du Montien avec ses variations locales (1).
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons résumer comme suit ce que nous savons du Montien.
Cet étage ne se rencontre, en Belgique, que dans la vallée de la Haine, où il semble remplir un golfe assez étroit, dirigé de l'Ouest à l'Est, s’ouvrant dans la direction de la frontière française et se prolongeant vers l'Est par une vallée où coulait un cours d’eau venant se Jeter au fond du golfe, à l'emplacement qu'occupe actuellement la ville de Mons.
A l'est de Mons, à la limite du territoire de la Ville et de la commune d'Obourg, là où sont les puits Goflint et Coppée, les influences saumâtres se font déjà largement sentir et les apports continentaux sont nettement indiqués par la présence de formes terrestres.
A l'emplacement de Mons et vers l'Ouest, le Calcaire grossier passe au facies purement marin du Tuffeau de Ciply et du Calcaire à grands Cérithes, et ce facies marin se montre encore très nettement caractérisé dans la tranchée de Hainin.
Enfin, lorsque les eaux marines se retirèrent après leur faible incursion dans le golfe de Mons, les eaux douces, suivant la mer en retraite, poursuivirent leur cours et déposèrent, au dessus des sédiments marins, au moins jusque la frontière française, des sédiments très variés, mais surtout argileux, qui se présentent actuellement à nous sous forme d'argile, d'argile sableuse, d'argile ligniteuse, de marne et de calcaire siliceux, très dur, à faune d'eau douce.
Ces couches, nettement superposées aux dépôts marins, constituent donc l’assise supérieure du Montien.
(9 En 18$5 et 1886 j'ai, soit seul, soit en collaboration avec mon confrère M. E. Van den Broeck, présenté à la Société géologique de Belgique, en de nombreuses notes, le résultat de nos recherches sur le Crétacé supérieur et sur le Montien ou Paléocène de la Vallée de la Haine et la plupart de ces notes ont été ensuite réunies en un tiré sous le nom général d’ * Observations nouvelles sur le tuffeau de Ciply et sur le Crétacé supérieur du Hainaut ,. Liége 1886. Je suis revenu à diverses reprises sur le même sujet, nolamment dans une note intitulée “ Montien et Muestrichtien ,, annexée à mon travail “ Essai de synchronisme des couches maestrichtiennes et sénoniennes de Belgique, du Limbourg hollandais et des environs d'Aix-la-Chapelle ,. Buzz Soc. BELGE DE GéoLo@rr, T. VIII, 1894) et dans le “ Compte-rendu de la session extraordinaire de la Soc. Belge de géologie dans le Hainaut et aux environs de Bruxelles du 23 au 27 Août 1903 , que j'ai rédigé pour le bulletin de la société.
6 STRATIGRAPBIE
Ajoutons que vers l'Est, à la hauteur de Leval-Trahegnies, il existe, ainsi que A. Briart l'a constaté, sous du Landenien inférieur marin, une importante couche d'argile grise, plastique, avec veines de sables, reposant sur la craie blanche et que je rapporte au facies fluvial du Montien.
Cette argile parait s'étendre vers le Trieu de Leval où elle est exploitée et c'est en ce point que des ossements de vertébrés, des coquilles d’eau douce et une flore d'aspect particulier qui a été décrite récemment par M. P. Marty, ont été découverts.
Dans le facies marin du Montien, tel qu'il est actuellement connu, nous avons donc à considérer trois groupes fauniques locaux qui sont : 1° le gravier ou poudingue de base du Montien, qui en deux points, à Ciply, m'a fourni de nombreux fossiles exclusivement marins ; 2° la masse du Tuffeau de Ciply, qui renferme le facies local de Cuesmes, à grands Cérithes, et dans laquelle j'ai recueilli, tant à Cuesmes qu’à Ciply et à Saint-Symphorien, une faunule essentiellement marine et 3° le Calcaire grossier de Mons proprement dit, qui n’est, en réalité, qu’un facies mixte, le passage du régime marin au régime saumâtre, causé par le déversement, au fond du golfe montien, du courant d’eau douce qui venait de l'Est.
Enfin, si les matériaux existaient en quantité suffisante, il y aurait encore à prendre en considération le facies purement marin de la tranchée du Haïinin, caractérisé par la présence de polypiers.
De ces facies marins, le seul qui ait donné lieu jusqu'ici à des travaux descriptifs est le Calcaire grossier de Mons à faune mixte, et il doit bien être entendu que tous les matériaux décrits proviennent exclusivement du puits Goffint et surtout du puits Coppée, d'où a été retirée la grande majorité des fossiles, grâce à des travaux effectués spécialement en vue de les recueillir (?).
Les descriptions de A. Briart et F.-L. Cornet ont donc rapport uniquement aux Gastropodes découverts dans les deux puits signalés et le présent travail de M. Cossmann a également pour but de faire connaître les Lamellibranches provenant de ces deux mêmes puits.
Ainsi, seuls, les mollusques du facies local « Calcaire grossier de Mons » sont décrits jusqu’à présent, tandis que tous ceux des autres facies sont tenus en réserve.
Au nom de la Direction du Musée, j'exprime l'espoir de voir l’'éminent paléontologiste français, qui a bien voulu nous accorder sa précieuse collaboration, entreprendre après le présent travail, non seulement la révision complète des Gastropodes du Calcaire grossier de Mons, nécessitée par de nombreuses découvertes et observations nouvelles, mais aussi la détermination et la description des mollusques des deux autres facies à faune purement marine, et dont la connaissance présente aussi un très grand intérêt et une réelle importance.
A. RurTor.
(1) M. Ad. Piret a fait, notamment, exécuter dans le puits Coppée, des travaux de recherches qui ont amené la découverte de quelques formes intéressantes.
DESCRIPTION DES PÉLÉCYPODES