AUX SAXCTUAIRES DE LA SABINE
— C'était le lundi de Pâques au matin. Les saintes et salutaires rio-ueurs du carême sont finies. Il est juste, d'ailleurs, de faire trêve, pour une semaine, aux travaux ardus de la scolastique, de jeter de côté bouquins et syllogismes, de respirer à pleins poumons l'air pur des montagnes, de reposer par des scènes champêtres les yeux fatigués d'écrire et de déchiffrer les vieux textes. Mais il n'en est pas moins juste de se récréer saintenient, de " se réjouir dans le Seigneur," puisque c'est la saison des joies pascales.
— Nous sommes six étudiants du collège Romain, bien décidés à nous fatiguer le^: membres pour nous reposer la tête, et pour faire la chasse aux pieux souvenirs
— En route donc pour les montagnes de la Sabine ! Tivoli, Subiaco, Olevano, Genazzano, Palestrina : voilà l'itinéraire charmant que nous allions suivre, et que nous savourions à l'avance depuis assez longtemps.
La gare du tramway est à deux pas de la basilique de Saint-Laurent hors-les-murs, où reposent les restes vénérés de l'immortel Pie IX. C'est un tr arnica y à vapeur, sorte de convoi de chemin de fer en miniature, qui fait le service entre Rome et Tivoli. C'est plus rapide et surtout plus confortable que les ixdaches surannées qui naguère transportaient le touriste, et qui le transportent encore dans certains endroits de l'Italie ; sorte de diligences indignes du nom, que des chevaux étiques traînent nonchalamment sur les voies antiques, pour nous donner le temps de lire les inscriptions latines, et d'iidmirer l'architecture des monuments dont la route est jalonnée. Voitures basses et peu spacieuses, oi\ les voyageurs sont serrés comme des anchois, sans égard pour les lois de l'espace et de la quantité.
Le billet qu'on nous délivre à une longueur proportionnée à celle du trajet, car les noms des stations y sont imprimés à la suite, sur autant de coupons. De Rome à Tivoli, il y a au moins une verge et quart de papier rouge, car, sur un parcours de 18 milles, on arrête un peu partout.
Le premier arrêt important se devine, comiiie dit la chanson, " moins par l'esprit que par le nez." Une
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o leur très-prouoncée d'œufs pourris imprègne l'atmosphère. Il y a évidemment une source d'eaux sulphureuses dans le voisinage. En effet, ce sont les fameuses Aquœ Albulae des Romains, eaux blanches avec une teinte bleuâtre, chargées d'acide carbonique et d'hydrogène sulfureux.
Agrippa avait fait construire ici des Thermes, où l'empereur Auguste venait prendre des bains. Il y trouvait un remède pour les inaladies nerveuses dont il souffrait.
Les feuilles et les branches d'arbre plongées dans cette eau s'y changent en pierre. On y obtient les pétrifications les plus gracieuses et les plus parfaites.
Villa Adriana ! crie le conducteur, et le tramway nous laisse en rase campagne. A quelques pas du débarcadère on voit un mur avec une porte d'entrée, et une guérite pour les gardiens du moniiment national. C'est la fameuse villa d'Adrien, construite au deuxième siècle, cette merveille de l'antiquité, et qui fait encore, malgré ses ruines et la disparition de ses trésors, l'admiration du voyageur.
— L'empereur Adrien qui ]a construisit voulut y reproduire en marbre, en bronze et en or, tous les chefsd'œuvre d'art et d'architecture qu'il avait admirés dans ses voyages en Grèce, en Asie et en Afrique. Cette vaste
enceinte de dix milles de circuit, il en lit un musée. De sa chambre de malade il pouvait contempler la fidèle réproduction des monuments et des lieux les plus célèbres.
— Voulait-il discourir en imagination avec les disciples de Platon ou du iStagyrite ? Il avait son Académie et son Lycée. Il pouvait se promener, comme dans sa chère Athènes, sous le Pœcile, ou Portique orné de peintures. Il avait son théâtre grec pour goûter les tragédies d'Eschyle ou de Sophocle. Se promenait-il dans la Vallée de Tempe, des troupeaux de cerfs bondissaient autour de lui. Voulait-il se donner les émotions d'un combat naval ; des caneaux souterrains convertissaient l'arène d'un amphithéâtre en un vaste bassin, où les trirèmes voguaient à l'aise, et dont les eaux se rougissaient du sang des combattants. Puis il buvait l'oubli de ses souffrances et de ses remords aux ondes du Léthé, ce tleuve factice comme le remède qu'il y cherchait, qu'il avait fait creuser en souvenir du fleuve des Champs Elysées. Tantôt il errait dans les avenues de la Cauope, ville construite sur le modèle de sa fameuse homonyme en Afrique.
Il y avait prodigué des richesses incalculables, dans ce Paradis terrestre où il cherchait en vain le secret du bonheur. Tous les cabinets de l'Europe se sont enrichis des dépouilles de cette villa aux richesses fabuleuses, et que trois siècles de fouilles n'ont encore pu épuiser.
On croit facilement aux descriptions merveilleuses des historiens de Rome, quand on voit ces ruines spmptueuses, ces colonnes d'une seule pierre qui soutiennent encore des fragments de corniches corinthiennes,
les parvis en mosaïque de ces salles de festin, dont le plafond d'azur simulait le ciel, avec des disques d'ivoire mus par un mécanisme ingénieux pour représenter les révolutions des astres.
Hélas ! que de vies humaines ont été sacrifiées pour. Hatter la vanité et charmer les ennuis du mélancolique et orgueilleux Antonin ! L'extraction des seuls marbres d'Afrique (et les plus riches viennent de là), exigeait de véritables hécatombes d'esclaves. Ces malheureux carriers périssaient, Ijrùlés par le soleil, dévorés par la soif, épuisés par la faim, les verges, et un travail des plus pénibles, car les marbres africains sont les plus durs à exploiter.
Des fragments de ces marbres précieux, il y en a partout à foison. On les a réunis en monceaux pour les vendre aux mosaïstes de Rome. Il y en a à bouche-queveux-tu ? Jaune, hlanc, noir et vert antiques, dont les carrières sont épuisées aujourd'hui, marbres africains de toutes les nuances, porphyre rouge et noir, marbres panachés, veinés, striés, jaspe, serpentine, albâtre, toute la famille y est représentée avec une étonnante variété.
Tout cela à coûté des larmes et du sang, plus qu'il n'en faudrait pour faire couler de nouveau le LétJié au lit desséché. Ah ! l'oubli, le superstitieux Adrien l'a trouvé, non pas celui des souffrances qu'il cherchait, mais l'oubli de sa grandeur, car elle est ensevelie sous les ruines de sa villa, elle gît avec ses cendres sous l'orgueilleux mausolée que domine aujourd'hui l'ange vainqueur de l'orgueil et de l'erreur.
Un sentier qui serpente au milieu d'un bosquet d'oliviers, nous fait gravir la colline que domine Tivoli.
Tivoli, c'est la jri6?tr des anciens Romains. Rendezvous favori des patriciens durant les chaleurs de l'été, ils y trouvaient la fraîcheur sous l'ombre de ses grands arbres et au bord de ses cours d'eau limpide. L'opulent Mécène y avait sa villa, une maison de campagne où l'empereur Auguste et les poètes de son règne recevaient une somptueuse hospitalité.
Mais pour nous, chrétiens, il se rattache à Tivoli des souvenirs plus glorieux et plus consolants.
Un prophète coupable prédit le lever de cette " étoile qui devait sortir de Jacob." — Les mages qui virent l'astre merveilleux, et le suivirent jusqu'au berceau du Sauveur, étaient des Gentils.
— Les forêts druidiques de la Gaule saluaient à l'avance la gloire de celle (jui devait enfanter le Messie. Dieu, le Souverain Maître, voulait ainsi forcer l'erreur à proclamer la vérité, les ténèbres à produire la lumière, préludant ainsi aux révélations de l'Evangile.
— En Perse, en Bithynie, dans l'Hellespont, et sur plusieurs points de l'Italie, des voix prophétiques s'étaient fait entendre.
— Tibur eut aussi sa Sibylle destinée, dans les vues de la Providence, à éclairer d'une lueur avant-courière
cette Rome, la ville éternelle, destinée à son tour à être le foyer de la vérité pour l'univers entier.
" J'ai pu, dit la Sibylle de Tibur, manifester la Vierge, qui un jour sur les contins de Nazareth, concevra le Dieu que les collines de Bethléem verront revêtu de chair. "
C'est le thème ordinaire, écho probable des prophéties judaïques, répété d'âge en âge jusqu'au jour où devait " éclater dans toute sa splendeur le divin Soleil de justice. "
A Tivoli, il faut voir la villa d'Esté, avec ses statues et ses fontaines, le tout d'un goût fort équivoque, mais que rachète la vue ravissante sur la campagne romaine, dont on jouit du haut de ses terrasses. C'est le séjour du cardinal allemand Hohenlohe, et de son hôte, le fameux pianiste hongrois Listz, qui y faisait de la musique une bonne partie des nuits, nous dit la vieille concierge.
Il y a aussi les fameuses cascades ou Cascatelles, formées par la chute de l'Anio, qui traversant la ville de Tivoli, retombe dans la plaine par trois chûtes, dont la plus haute mesure 320 pieds. Le fameux peintre le Poussin en fit un dessin resté célèbre. Il faut se placer au même point que lui pour jouir du coup d'œil, qui e.it en même temps gracieux et imposant.
La prochaine étape du pèlerinage est Subiaco, à 26 milles de Tivoli. Le chemin qui }'■ conduit longe l'Anio. Sur les collines de l'autre côté, ou sur les bords de la rivière, apparaissent successivement Castel-Madama, San Stefano, San Cosimato, Mandela, et Vicovaro, où saint Benoit, invité par des moines relâchés à gouverner leur monastère, brisa miraculeusement d'un signe de croix la coupe empoisonnée qu'on lui présentait.
Subiaco
— Cette petite ville de la Sabine offre quelque intérêt au voyageur, à raison de son site pittoresque et des industries qu'on y exerce. Mais ce qui la rend illustre entre toutes, c'est le séjour qu'y fit saint Benoit, le patriarche des moines d'Occident. Il nous faudrait tout un volume pour raconter sa vie, et décrire les monuments ({ui marquent le berceau de la grande famille bénédictine.
A quelques pas de la ville s'ouvre une gorge profonde, au fond de laquelle l'Anio roule ses eaux blanchissantes. Au pied des monts escarpés qui la dominent s'élargit une vallée, que l'empereur Néron, aussi amateur de bien-être que de sang humain, choisit pour y construire une villa enchanteresse. Faisant endiguer à trois endroits successifs les eaux de la rivière, il y forma trois lacs artificiels superposé.s, au-dessous desquels il se fit
faire des bains et une résidence luxueuse. C'est ce qui a donné à cet endroit le nom de Sabiaco, qui vient du mot latin sub lacwn, som le lac. Un jour, au milieu d'une oro-ie, la foudre éclata et brisa dans ses mams la coupe que Néron allait porter à ses lèvres. L'empereur épouvanté quitte ce séjour pour n'y plus revenir.
Quatre siècles plus tard, un enfant de quatorze an., fils de patricien, de l'illustre famille des Anicius, qui par sa mère était le dernier rejeton des seigneurs de Nursie, arrivait en ce lieu devenu sauvage, pour y chercher le salut de son âme. Il fuyait le monde avec ses appâts séducteurs, il voulait expier dans les larmes et la pénitence, les crimes de ses contemporains.
Dans le flanc perpendiculaire de la montagne, il discerna une caverne, '' un trou de rocher". C'est le lieu qu'il choisit pour y " méditer comme la colombe . Trois années durant il y séjourna, pendant les chaleurs de l'été, malgré les glaces de l'hiver, ses membres délicats à peine vêtus de peaux de bêtes, nourri de la charitable pitance qu'un solitaire du voisinage, saint Romain lui faisait descendre une fois la semaine dans un panier, seul moyen d'atteindre sa grotte de la partie supérieure de cette montagne taillée à pic. Quelques pâtres égarés à la recherche de leurs chèvres perdues, e surprendront dans sa retraite, et le prendront pour une bête fauve. Mais il leur expliquera les ventes de a religion chrétienne, ils reviendront l'écouter, et la renommée de sa sainteté se répandra au loin.
— Bientôt des disciples, aussi illustres que nombreux viendront se ranger sous sa houlette, et douze monastères surgiront comme par enchantement dans ce
lieu jadis désert, présage du merveilleux épanouissement de cet ordre monastique, à qui le monde doit les trésors de la science et des lettres, et l'Eglise, toute une armée de saints et de docteurs. " De cette caverne, dit Montalembert, sont issues des légions de moines et de saints, dont le dévouement a valu à l'Eglise ses conquêtes les plus vastes et ses gloires les plus pures."
Mais le jour décline rapidement, et il nous faut arriver bientôt au premier couvent, celui de sainte Scolastique, ainsi nommé d'après la sœur de saint Benoit ; car c'est là que nous devons recevoir l'hospitalité pour la nuit. C'est là que réside le Révérendissime Père Abbé Général de l'Ordre, et l'église de ce monastère est la cathédrale de Subiaco.
Un bénédictin français nous fait les honneurs de la maison, et pendant que nous nous réchauffons près d'un bon feu de cheminée, Dom Léandre nous raconte quelques détails de la vie de saint Benoit, et nous fait en quelques mots l'historique du couvent, et de ses environs. Ce bon Père avait jadis appartenu au monastère de la Pierre qui-vivre, en France, dont le fondateur, Dom Muard, vécut ici dans la solitude avec deux compagnons. C'est du lieu de sa retraite, au monastère vénéré de Saint-Laurent, un des douze fondés par saint Benoit, que Pie IX rappela Dom Muard à Subiaco. C'est après s'être retrempé dans la vie monastiiiue aux sources même de l'ordre, qu'il alla, comme un autre saint Maur,
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fonder en France une pépinière de saints et de savants. Son apprentissage de fondateur, il l'avait aussi fait en établissant la Congrégation de Saint-Edme, qui dessert le pèlerinage du Mont-Saint-Michel, et qui fournit à la France tant de zélés missionnaires.
Il y a à Sainte-Scolastique un bénédictin allemand Dom Wissel, dont le frère est Rédemptoriste aux Etats- Unis. Au retour d'une mission à Halifax, où il avait reçu les dernières confidences de l'archevêque mourant, Mgr Hannan, ce Père Rédemptoriste assistait, il y a quelques années à la fête de sainte Anne, au sanctuaire de Beaupré, et il y faisait entendre sa parole vraiment apostolique. Je 1'}^ ai rencontré, et j'ai pu parler de lui à son frère bénédictin. Je recueille précieusement ce détail, qui n'a pourtant rien de remarquable ; mais comme souvenir de la patrie absente. C'est une pensée du Canada qui a fleuri aux pieds de saint Benoit, et qui nous rappelle, loin du pays, bien des figures amies.
— Souper au réfectoire des moines, puis causerie au coin du feu, et coucher à bonne heure, car la course au grand air et la fatigue du voyage nous invitent au sommeil. A titre d'ainé, on me donne le meilleur lit, dans une chambre séparée. La chronique raconte qu'un Pape, probablement Grégoire XVI, et un empereur, Don Pedro, du Brésil, y ont dormi.
— Malgré cela, j'ai trop bien sommeillé pour avoir des rêves. Pas le moindre cauchemar de tiare ou de couronne, et le lendemain matin, "gros Jean comme devant."
— Dès le point du jour il nous faut gravir la pente raide qui, par une avenue d'arbres séculaires, nous
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mène au Sac7'o Speco ou sainte grotte, car c'est là, au berceau même de la famille de saint Benoit, que nous voulons dire la sainte messe.
Bientôt nous apercevons le monastère du >S'ttcro Speco, semblable à un nid d'aigle attaché au tlanc du rocher. Il se cramponne à une muraille de montagnes taillées à pic et dominant le cours bondissant de l'Anio- Soutenu par des piliers, des arches et des fondations gigantesques, véritable triomphe de l'art et du génie sur la nature, travail d'une patience, d'une hardiesse, et d'un prix incalculables.
— Il y a ici, comme à Assise, toute une série de sanctuaires superposés, communiquant entre eux par des escaliers intérieurs. Ici, comme au berceau du glorieux pauvre, le génie et l'art ont payé leur tribut à la gloire du saint fondateur, les fils dévoués et les générations de pieux pèlerins ont rivalisé de zèle pour décorer le sanctuaire de prédilection du Patriarche.
" Tout à fleuri, dit Louis Veuillot, on a apporté les marbres précieux, les métaux précieux ; on a revêtu de toutes les magnificences ces pierres qui ont été l'encensoir, où l'âme de Benoit c'est consumée comme uu parfum précieux. Voyez ce que peut la prière ; elle a tout transformé, tout transfiguré; et voilà que cette tanière est devenu l'une des brillantes demeures de Dieu ! "
Les fresques ravissantes qui ornent les parois de toutes les chapelles, sont dues à cette école de renaissance chrétienne qui a fait éclore tant de chefsd'œuvre au soleil de l'Ombrie. On y sent le souffle inspi-
rateur de Giotto et de la pléiade de glorieux élèves qu'il a formés.
Toutes les grandes scènes de l'histoire bénédictine sont tracées sur ces murs en caractères vivants. On peut y lire également les promesses apportées du ciel au saint Patriarche par le ministère d'un ange :
" Ton ordre, dit le messager céleste au nom de Dieu, durera jusqu'à la tin du monde.
" Dans les derniers temps un de tes fils gouvernera TEo-lise de Dieu, et en confirmera un grand nombre dans la Foi.
" Quiconque mourra dans ton ordre obtiendra le salut éternel. Si quelqu'un commence à vivre mal, et ne se corrige pas, ou bien il eu sera expulsé, ou bien il en partira de lui-mêuie.
" Celui qui persécutera ton ordre ou nuira à tes fils, verra sa vie abrégée, et finira par une mort fâcheuse.
" Quiconque aimera ton ordre aura une fin heureuse."
Il y a, dans ces promesses, tout un sujet de méditation et de préparation à la sainte messe.
C'est l'esprit pénétré des souvenirs de saint Benoit que je gravis les degrés du saint autel, à l'endroit même où il immola sa jeunesse et mortifia ses membres délicats, pour " accomplir dans sa chair ce qui manque aux soufirances de Jésus-Christ."* — L'autel est placé à l'entrée même de la sainte grotte, oh l'on croit voir encore le
* Epitre au.x Colos3, I, 24.
jeune saint en prière. Une statue de marbre blanc, due au ciseau du Bernin, le représente sous les traits les plus gracieux. Assis sur un angle du rocher nu, les mains jointes, le visage exténué, inais respirant une joie céleste, les yeux levés avec amour vers le ciel, il parait ravi en extase. A côté de lui, le panier qui contient sa maigre provision de chaque semaine, et une clochette pour l'avertir que son charitable fournisseur ne l'a pas oublié.
Par une porte inférieure on descend à une seconde grotte, où Benoit, découvert par les chevriers, éclairait leurs âmes grossières en leur enseignant les vérités de la religion. Il y a, tout près d'ici, une petite terrasse assise sur une corniche du rocher, endroit sauvage d'où l'œil ne peut contempler que l'azur du ciel, ou le rocher formidable qui surplombe, ou le gouffre où s'enfuit l'Anio. Digne théâtre des attaques de l'enfer, c'est ici i^ue Satan tenta la vertu de l'angélique Benoit. Assailli par un souvenir de cette Rome, dont il avait fui les séductions avant d'en subir les atteintes, le courageux enfant se roula nu dans un Imisson d'épines, où il déchira ses membres délicats et transforma sa chair en une plaie ensanglantée. Cette sainte violence lui mérita la victoire et la couronne de la chasteté, comme plus tard l'angélique Thomas d'Aquin la mérita par son héroïque résistance à d'infâmes créatures.
" Sept siècles plus tard, dit Montalembert, un autre saint, François d'Assise, vint visiter ce cite sauvage et dicne de rivaliser avec l'âpre rocher de la Toscane, où lui furent imprimés les stigmates de la Passion. Il se prosterna devant le Ituisson d'épines, (pii avait servi do
lit triomphal à la mâle vertu du patriarche des moines, et après avoir baigné de ses larmes le sol de ce glorieux champ de bataille, il voulut y planter deux rosiers. Les rosiers de saint François y ont crû, et ont survécu aux ronces bénédictines. "
Le plateau triangulaire qui se projette sur le flanc du précipice a été transformé en jardinet. Les pétales des fleurs du rosier miraculeux servent de remèdes aux maladies da toutes sortes. Chose remarquable ! presque toutes les feuilles de ces arbustes vénérables portent la fio-ure tout à fait visible d'un serpent. La piété des fidèles croit y voir l'image de l'antique serpent que Benoit a vaincu dans cette lutte mémorable.
Mais il y a ici quelque chose de plus merveilleux
encore. Entre le mur du couvent et le rocher qui semble le menacer de son poids énorme, on a ménagé une petite cour, oi^i quelques arbres donnent leur ombre, et des fleurs variées reposent l'œil de l'horreur du site. Une statue de saint Benoit, la main levée vers la ma.s.se formidable, porte cette inscription : Ferma, o rwpe, non danneggiare i figli miei ; " Arrête là, rocher, ne nuis pas à mes fils." Mais quel miracle y a-t-il là ? La nature même du rocher s'oppose à un efflmdrement, puisqu'il est insen.sible à l'infiltration de l'eau et aux lois du clivao-e régulier. Un polygone tracé en rouge sur la surface polie du roc va nous éclairer. On y lit les dimensions prodigieuses d'un bloc immense de pierre, qui se tenait là jadis sur un plan incliné presque perpendiculairement. La chute de cette pierre aurait infailliblement entraîné avec elle tout le monastère en tuant les moines, dont le dortoir est immédiatement au-dessous.
Pendaiit plus de neuf siècles le bloc ne bougea pas, et pourtant, d'après les lois de la gravité, le moindre choc aurait dû 1 ébranler. Ni les tremblements de terre, ni la main des Vandales et des Gotlis ne l'ont dérangé de son assiette mystérieuse. — Je me trompe, les Goths modernes, les voleurs du patrimoine de saint Pierre, les Pitmontais, en un mot ont dérangé le caillou, car ils craignaient, peut-être avec raison, qu'en s'écroulant, il ne vînt à ruiner le couvent confisqué et décoré du titre de viO'nuineitt iiatumal. Le bras de saint Benoit se serait peut-être lassé de protéger un endroit où le brigandage avait succédé à la prière. Le monument aurait disparu dans l'abîme, mais la sainte grotte serait toujours restée, pour dire aux hommes que la désolation était revenue sur la terre et pour les inviter à la pénitence.
Tout un bataillon d'ingénieurs fut convoqué pour déplacer le quartier de roc, et que de précautions ne leur fallut-il pas pour l'oter ! car le bloc jaugeait fort bien 44 mètres cubes !
Après avoir admiré dans la sacristie une miniature de Fra Angelico, des peintures sur cuivre admirables, et un Christ sculpté dans un os de poisson, on dit adieu au Sacro Spec) pour aller faire une dernière visite à sainte Scolastiquo.
Des douze monastè:-es fondés ici par saint Benoit, il ne reste, en effet, (|ue des ruines. Le plus mémorable de ces monastères disparus, était bien celui de saint Clément, où le Patriarche avait sa résidence ordinaire. Il était situé près du premier des trois lacs de Néron, à l'endroit même où le monstre avait fait construire ses
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bains. C'est là que Benoit reçut ses deux illustres disciples, Maur et Placide. C'est là que saint Placide, encore enfant, allant puiser de l'eau dans le lac, y fut entraîné par le poids de l'amphore qu'il avait emplie. Saint Benoit, témoin de l'accident, ordonne à saint Maur d'aller lui porter secours. Maur obéit sans hésiter. Il marche sur les eaux, comme jadis saint Pierre, et il en tire Placide par les cheveux au moment où il va disparaître. Maur avait compris la devise delà famille bénédictine, gravée au pied de la statue de son fondateur. Ausculta., ô fili, prœcepta magistri ; " Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître ", et son obéissance avait été récompensée par un miracle éclatant.
— A Sainte-Scolastique, il y a deux cloîtres à ciel ouvert, avec leurs arcades, leurs colonnes et leur puits central. L'un de ces cloîtres remonte aux origines de l'Ordre.. Il y a une église cathédrale merveilleusement restaurée et décorée, il y a un archivium où l'on conserve des exemplaires des premiers livres imprimés en Italie. C'était en 1465, peu d'années après l'invention de l'imprimerie. Sweynheim et Pannartz, disciples de Gutemberg, reçurent ici même l'hospitalité et y pratiquèrent leur art. Ces précieux incunables sont les œuvres de Lactance, la Cité de Dieu de saint Augustin, et les lettres de saint Jérôme. Il y a aussi des manuscrits rares, des miniatures et des enluminures d'une beauté et d'une fraîcheur qui défient toute imitation. On montre encore un missel dont le frontispice a disparu. Il y avait là une pleine page enluminée. Un jour, pendant que l'archiviste s'était absenté ponr un instant, un visiteur, vandale moderne, avait, d'un coup
de canif, enlevé la page. " Evidemment c'était un anglais," conclut-on en voyant la blessure. " Ils aiment tant les chefs-d'(ieuvre, et puis ils ont la conscience si large ! " Pourquoi ne pas ajouter : " Et le dos aussi," puisqu'on leur impute à tort ou à raison tant d'autres larcins ?
— En quittant Subiaco, je me rappelle involontairement le mot de Pétrarque, qui vint y faire un pèlerinage : " Qui a vu cette caverne sainte a cru voir la porte du Paradis. On y respire, en effet, un parfum céleste, et on y trouve un avant-goût du Ciel."
A partir de Subiaco le pèlerinage se fait à pied. Il n'est rien d'intéressant comme ces courses à travers les montagnes. On y .voit de près les gens, on cause avec eux, on étudie les mœurs, on constate avec bonheur la foi vive et éclairée du paysan italien. Cette foi se traduit même par des importunités aussi sublimes que touchantes, j'allais dire fatigantes.
Quand on passe par un village, des troupes d'enfants, des femmes, des enfants, des jeunes gens même, viennent assaillir les prêtres, pour avoir des médailles et des images. " Zi pré!'' nous disent-ils en nous baisant la mam,'' un santo." Cette apostrophe, qui est l'abrégé de zio prête, signifie "mon oncle le prêtre," (manière familière et naïve d'adresser le clergé), " une
médaille. " Par malheur, nous n'appréhendions pas un tel assaut, et nos objets de piété avaient été oubliés à Rome.
Force nous est de leur distribuer toutes les images de nos bréviaires. Puis, quand la collection est épuisée, il faut les refuser, doucement d'abord, puis avec énergie. Mais ils ne se laissent pas déconcerter pour si peu. Pour chaque objet refusé, ils ont un diminutif à proposer ; car la belle langue italienne se prête volontiers aux diminutifs les plus gracieux et les plus délicats. Et ces diminitifs ont encore d'autres diminutifs, et ainsi de suite, si les médailles, comme la matière» étaient divisibles à l'infini.
Pour un santo que vous n'avez pas, ils nous demandent d'un air et d'un ton suppliants, un santino (un petit saint, une petite médaille), et si le santino n'apparait pas, il leur reste une dernière prière, la plus humble et la plus raisonnable de toutes, d'un santinetto, (une toute petite médaille). J'en pleurais d'admiration, et de rage de voir que je n'avais pas de quoi les satisfaire. J'aurais voulu être transformé en marchand itinéraire de médailles et de statues, pour leur distribuer à pleines mains tous les articles de ma pacotille. Pour una corona ou une image que vous n'avez pas, il demandent una coroncella, (un petit chapelet) ou un' imaginetta (une petite image).
O piété charmante do ce peuple catholique ! Et cet amour des objets pieux est loin d'être de la superstition. Causez de religion avec ces paysans en apparence si ignorants. Ils en savent plus long que certains Aca-
démiciens. Et puis, ils ont tant d'urbanité dans les manières et le langage, des épithètes si gracieuses, des formules si courtoises, des titres si flatteurs à vous prodiguer. Ecorchez tant que vous voudrez, pour faire le savant, leur belle langue ; massacrez-en l'accent qui fait les trois quarts de son harmonie, et ils ne souriront même pas, de crainte de vous blesser. Qu'il y a loin de là à la grossièreté des domestiques anglais et des boutiquiers parisiens, qui feignent de ne pas vous comprendre quand vous parlez le français du grand siècle, ou bien vous écoutent curieusement pour deviner de quelle province vous êtes, et puis vous renvoient insolemment votre phrase sautée à la ixirisienne.
— Comme la route est longue de Subiaco à Olevano, où il nous faut pourtant arriver avant le soleil couché ! On a beau grimper par des sentiers capricieux pour abréger les lacets de la grande route qui serpente en pente douce sur le flanc des collines, le chemin s'allonge toujours. " Combien de distance encore ? " demande-t-on à un muletier qui passe. " Un'mezz'oretta ," " Une petite demi-heure," ce qui veut dire en brutale lanofue vulgaire : " Une heure et demie ; " car la langue italienne ciche autant de mensonges polis qu'elle révèle de délicatesses. Comme à chaque rencontre subséquente on reçoit la même réponse, on conclut que la ■mezz'oretta est une formule traditionnelle adoptée pour tromper les longueurs de la route, et aviver l'espérance et le courage du piéton. Douce illusion, si les jambes n'accusaient une sounne de fatigue peu en rapport avec la mesure du temps !
— Enfin voilà Olevano fièrement perché sur le sommet d'une colline, avec son antique castel dominant les vallées d'alentour. Site pittoresque, d'où l'œil entrevoit à travers des échappées de montagnes les eaux bleues de la Méditerranée. Tableau charmant, avec ses maisons étincelantes de blancheur au soleil couchant, dans l'atmosphère italienne si pure et si limpide. Et dire que de près tout est si malpropre ! Les poules, les quadrupèdes, le monde, tout cela vit presque pêle-mêle dans ces crapaudières de sous-sol où n'entre pas le soleil. Mais ces gens-là ont des âmes d'artistes et de poètes. Mystère !
Pour traverser les rues d'Olevano, il faut poser le pied avec précaution, crainte de glisser sur quelque
écorce d'orange. Il n'y a qu'un hôtel, et cet hôtel,
comme dirait un Irlandais, n'est qu'une maison de pension, et encore, il n'y a jamais de pensionnaires proprement-dits. Quelquefois il y loge des artistes aux longs cheveux et à l'idéal insaisissable, qui y vivent d'émotions, de points de vue, et de l'air pur des montagnes, avec une platée de macaroni de temps à autre pour les retenir dans cette vallée de larmes. Jamais ils n'ont le sou, car ils travaillent pour la gloire. Leur pension, ils la payent en coups de crayon et de pinceau sur les murs de la Casa Baldi.
Nous y voici doublement rendus à la Casa, Baldi, pour y passer la nuit. Depuis le déjeuner nous n'avions rien pris La sifjnora de la maison, après s'être assurée que nous n'étions pas des artistes, nous proposa un menu par voie d'élimination. Après avoir énuméré tous les plats dont on ne pourrait tâter, elle finit par nous
réduire à une soupe au gratin avec force itvicaroni comme pièce de résistance, et du pain à discrétion. Mais l'appétit et la gaîté assaisonne le tout, et les Grdeeff sont dites avec sincérité.
— Après le souper, l'hôtesse nous régale d'un solo de tambourine, et nous lui rendons la politesse par les plus belles chansons canadiennes de notre répertoire, le tout sous le patronage distingué du Cardinal Borghèse, qui séjourna ici à la tin du siècle dernier, et dont le portrait nous regarde du manteau de la cheminée.
Debout avant l'aurore, vaillants pèlerins ! car il nous faut faire à jeun et à pied le trajet d'Olevano à Genazzano, pour aller prier dans son sanctuaire la Madone du Bon Conseil, dire la messe devant son image miraculeuse, et lui demander des lumières pour maintenant et plus tard.
— La route, heureusement, va toujours en descendant, sauf une petite montée pour entrer dans la ville.
Les Pères Augustins qui desservent le pèlerinage nous reçoivent avec bonté ; nous disons la sainte messe, puis l'un d'entre nous, muni d'une permission spéciale du Révérendissime Père Général des Augustins à Rome, a le privilège de célébrer eu présence de l'image dévoilée de N.-D. du Bon Conseil.
La chapelle de la Madone est fermée par une grille de fer, .soutenue par deux colonnes très précieuses
en pierre de touche, don du cardinal Jérôme Colonna. L'autel est remarquable par ses beaux marbres, ses albâtres, ses porphyres et ses colonnes de vert antique.
L'image d© la Madone et du Divin Enfant est vraiment ravissante. Impossible de décrire les traits doux et affables, la pose gracieuse, le moelleux du coloris, la délicatesse du mouvement de ce groupe céleste. Le visage de la sainte Vierge est si beau, si plein de majesté qu'il ravit et entraine tous les cœurs.
L'enfant Jésus n'est pas moins beau. " Quand on contemple, dit un auteur, son visage arrondi, ses blonds cheveux, ses yeux brillants et pleins de vie, ses joues vermeilles, son sourire angélique, enfin tout l'ensemble de sa personne, d'où s'échappent les rayons de la divinité, l'on se sent forcé de s'écrier, avec le Roi-Prophète : " Vraiment le fils de Marie est le plus beau des enfants des hommes ! "
Le temps n'a pu altérer la beauté de cette image ni la fraîcheur de son coloris. Les artistes ont rivalisé de zèle pour la reproduire fidèlement, mais sans jamais pouvoir atteindre la céleste perfection de l'original. Aucune image n'est plus populaire en Italie, et à Rome surtout, que celle de la Madone du Bon Conseil. Grand nombre d'églises en ont une copie, et dans les boutiques de la Ville éternelle, elle reparait dans une niche, avec la lampe traditionnelle qui brûle en honneur de Marie. Le culte de cette madone est répandu dans le monde entier, et la ville de Montréal, Ville-Marie, est fière aujourd'hui de posséder une église sous le vocable de N. D. du Bon Conseil.
Mes lecteurs connaissent l'origine de ce pèlerinage fameux et l'historique de la translation merveilleuse de l'image vénérée. Cette translation à beaucoup d'analogie avec celle de la sainte maison de Lorette.
La sainte image, aujourd'hui vénérée à Genazzano, appartenait jadis à une église de Scutari, ville de la Haute Albanie, dans la Turquie d'Europe. Elle y était en grande vénération. Mais les ravacjes des Turcs ne tardèrent pas à désécrer l'église, et à chasser de leur patrie les malheureux Albanais. Les deux gardiens du temple, forcés de s'expatrier, pleuraient à la pensée de quitter leur madone bien-aimée. Leur fi/^lélité fut récom- ' pensée. Avertis en songe de se trouver à l'église, à une heure déterminée le lendemain, ils virent un nuage envelopper la sainte image et sortir du sanctuaire. Ils suivirent leur céleste conductrice. Le nuage, comme la colonne de fumée qui guida jadis le peuple de Dieu, devenait lumineux lanuit pour éclairerleurs pas. L'image traversa avec eux l'Adriatique, qui s'affermit sous leurs pieds. Rendus à Rome, ils la virent disparaître. Au bout de quelques jours, le bruit se répandit dans la ville qu'une image miraculeuse avait fait son apparition à Genazzano. Les deux fugitifs Albanais s'y rendent, et y constatent avec bonheur l'identité de leur madone. Ils s'empressent de raconter aux habitants de Genazzauo les circonstances de sa translation. Ceux-ci émerveillés rendirent grâces à Dieu de confirmer ainsi le miracle, dont ils avaient eux-mêmes été les heureux témoins ({uelques jours auparavant.
C'était le 25 avril, de l'an 1467. On célébrait, à Genazzano, la fête de saint Marc. Sur la grande place
devant l'église on tenait une foire qui avait attiré grand nombre d'acheteurs. Tout à coup, vers l'heure des vêpres, on entendit dans les airs une harmonie céleste, et peu après, l'on vit un nuage brillant se diriger vers l'église, et aller se poser sur l'autel de saint Biaise. Quant le nuage eut disparu, on y vit l'image de la Madone. En même temps, toutes les cloches de la ville et des environs se mirent d'elles-mêmes à sonner.
Cette faveur du ciel, Genazzano la devait à la piété d'une pauvre veuve, du nom de Petruccia, qui mourut en odeur de sainteté. Afflifrée du délabrement de l'éirlise de sa ville natale, elle avait supplié Marie de lui fournir les moyens de la restaurer. Elle fut exaucée bien au-delà de ses espérances, car le sanctuaire de la Madone est aujourd'hui un des plus célèbres de l'Italie.
De nombreux Souverains Pontifes y sont venus demander les lumières de N. D. du Bon Conseil, et ont enrichi son sanctuaire de précieuses indulgences. Urbain VIII y fit un pèlerinage avec un grand nombre de cardinaux. Saint Alphonse de Ligouri avait une dévotion particulière pour cette Madone qu'il était venu prier.
Une circonstance merveilleuse, et constatée juridiguement par une commission, c'est que l'image peinte sur un simple enduit de muraille, se conserve parfaitement et reste suspendue sans base ni appui. Ce prodige a été vérifié lors du couronnement de la Madone, en 1682, et plus tard en 1747, et les procès-verbaux authentiques en ont été remis à la Sacrée Congrégation des Rites.
" O Vierge Marie, Mère du Bon Conseil, dironsnous agenouillés devant son image bénie, vous qui doucement attirée par votre gracieux enfant, inclinez modestement la tête vers lui pour répondre aux désirs de son amour, apprenez-nous à correspondre aux attraits de la grâce de Dieu et aux inspirations de vos bons conseils."
Xoîis avons fini nos pèlerinr^ges sous le regard de la plus tendre des Mères. A Palestrina, dernière étape de nos courses pascales, il n'y a pas de sanctuaire remar- (|uable. Du point culminant de cette ville bâtie en amphithéâtre sur une haute colline, on contemple un panorama des plus ravissants. Palestrina, (l'ancienne Préneste) est une ville d'origine grecque dont les commencements remontent à l'antiquité la plus reculée, comme l'attestent les restes de murs cj'clopéens et pélasgiques qu'on y voit encore. Le palais Barberini possède un pavé en mosaïque qui provient de l'ancien temple de la Fortune. Cette mosaïque d'un travail exquis représente une scène d'Egj'^pte, les fêtes célébrées à l'occasion des inondations du Nil.
Ici naquit le célèbre Jean Pierluigi, mieux connu sous le nom de Palestrina, sa ville natale, qui mérita le titre de Prince de la Musique. Ses compositions, comme on le sait, fout encore aujour.l'hui le désespoir et l'almi-
ration des musiciens. Il mourut à Rome, entre les bras de saint Philippe de Xéi'i, après avoir consacré son génie au service de l'Eglise.
A la gare de Valmontone, à quelques milles de Palestrina, nous prenons le chemin de fer pour Rome, où nous arrivons à l'heure de l'Ave Maria.
Notre pèlerinage avait duré cinq jours.
Laus Deo et Mariœ !