‹ Pèlerinages d'outre-mer [microforme]Chapitre 11 sur 24 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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teurs par les chemins, le long des haies, dans les endroits obscurs et oubliés pour les convier au banquet.

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Dix minutes plus tard nous frappons à la porte du missionnaire chargé de la desserte du pèlerinage. Etonné de nous voir arriver à pareille heure, il s'empresse toutefois de nous ouvrir et de nous donner l'hospitalité, Le lendemain matin, de bonne heure, je célébrais la sainte messe au maître-autel du vénérable sanctuaire, accomplissant ainsi l'acte principal de mon pèlerinage à Notre- Dame de la Gorge. Puis je contemplai avec émotion les nombreux ex-voto suspendus aux murailles de la chapelle. Le plus remarquable entre ces témoignages de reconnaissance, est sans contredit un tableau suspendu du côté de l’Evangiie. Il représente le siège de Vienne par les Musulmans, et l’arrivée du sauveur de la ville, Jean Sobieski, au moment où la sainte Vierge apparaît dans les nuages, portant l'enfant Jésus dans ses bras.

Quel rapport peut-il y avoir eu entre cette mémorable délivrance et le sanctuaire de la forêt, perdu au fond d’une gorge des Alpes ? Voici le clef du mystère. Un négociant de Saint-Nicolas de Véroce, paroisse qui comprenait jadis entre ses limites ce lieu de pèlerinage, s'était fixé à Vienne depuis de longues années. Menacé de perdre sa vie et ses biens si les Turcs s’emparaient de la ville, il se souvient de sa protectrice et des pèlerinages qu'ils avait faits, encore enfant, à son sanctuaire de la Gorge, et il fit vœu d'y envoyer un ex-voto s'il était sauvé du péril.

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Ce pèlerinage, encore ‘très fréquenté, mais qui avant la révolution française, était desservi par trois missionnaires résidents, doit son origine à un solitaire bénédictin qui mourut dans une grotte voisine en odeur de sainteté. C'était au XIIe siècle, époque où l’on vit plusieurs religieux de cet ordre patriarcal, obtenir de leurs supérieurs -la permission d’obéir à la voix secrète qui les appelait dans la solitude, pour y vivre dans le recueillement et la prière, et y mourir assistés de leurs seuls anges gardiens.

Une grotte taillée par la main de la Providence, dans le flanc perpendiculaire de la montagne opposée, lui servit de cellule. A deux pas, entre la grotte et l'étroite vallée, roule un torrent qui défendait aux hommes l'accès de son ermitage. Il y priait sans cesse : devant une statue de la très sainte Vierge, et lorsqu'il mourut, ‘“ son sépulcre,” comme celui du Maître pour qui il avait tout quitté, ‘“ devint glorieux.” Les malades et les affligés venaient implorer l'assistance de la Vierge de la Gorge et de son fidèle serviteur, et ils retournaient de là guéris et consolés. On transforma en oratoire la grotte qu'il avait sanctifiée de ses vertus, on emportait comme un précieux élixir, l’eau du petit réservoir qu’il s'était creusé dans la paroi du rocher. Un léger pont jeté sur le torrent rendait facile l'accès de ce lieu de bénédiction.

Mais l'affluence toujours croissante des pèlerins exigea l'érection d’un sanctuaire plus vaste et plus riche, C’est celui qu’on voit aujourd’hui à l’entrée de la Gorge. Saint-François de Sales y fit son pèlerinage le 28 juillet 1616. L'église fut solennellement consacrée en

1706 par monseigneur de Rossillon de Bernex, et depuis lors les pèlerins n’y cessent d’affluer de toutes les parties de la Savoie. Quatorze oratoires rangés le long de la rivière représentent les quatorzes stations du-chemin de la croix. Le torrent qui sépare la chapelle de la grotte et dont le bruit anime seul cette solitude silencieuse, s'appelle le Bon-Nant ; à Saint-Gervais-les-Rains, il rejoint l’Arve qui se jetté dans le Rhône, * quelque distance de Genève.

. Lemot Nant est un mot générique qui, dans le patois savoyard, signifie torrent... Pourquoi s'appellet-il bon ? Les uns disent que cette épithète lui vient du fils de saint Benoit qui l’a sanctifié par son séjour et ses miracles. Les autres prétendent que ce nom est dû à l'excellence de ses eaux, qu'on peut boire impunément malgré les 5 ou 6 degrés au-dessus de zéro qu’elles retiennent au milieu des plus grandes chaleurs. Une telle fraîcheur n’étonne point quand on sé rappelle que le Bon-Nant est la décharge d’un des glaciers du Mont Blanc, celui de Tré-la-Tête. Dieu sait quelles chûtes et quels bonds il fait avant de couler devant la chapelle ! A un endroit, il se précipite avec une telle violence contre un rocher qui lui barre le passage qu'il fait sur lui-mêine un tour complet. On a donné à cette endroit le nom de la Roue. Aussi ses eaux bouillonnantes sontelles blanches comme si l’on y avait mêlé du lait, à cause des innombrables paillettes de granit qu’il entraîne sur s0n passage.

Quel peut avoir été le dessein de la Providence en établissant un sanctuaire de la sainte Vierge au milieu

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de cette solitude, sur la frontière qui regarde l'Italie, à l'extrémité la plus reculée de la France ?

Les légions romaines victorieuses des Allobroges, des Centrons et des autres peuplades gaulc'::s, retournaient quelquefois dans leurs foyers par « 1éfilé qui conduit au Col du Bonhomme, à l’entrée de l’im ‘ie. Les traces très visibles d’une ancienne voie romaine ne laissent aucun doute à cet égard. Avant de se rapatrier, ils avaient consacré à Jupiter la vallée et les pics environnants, comme limites des pays qu'ils avaient conquis. Le langage populaire a conservé le souvenir de cette

dédicace infernale, car la vallée qui se termine à la Gorge s'appelle la vallée de Mont-Joux, et elle est dominée sur doux points par le Mont-Joly et le Mont-Jovet, trois noms qui, au dire des philologues, ne sont que la. corruption du mot Mons Jovis, Mont de Jupiter —Ne

convenait-il pas que ces lieux jadis possédés par le

démon, devinssent le domaine de celle qui a écrasé la

tête du serpent, etque Marie régnât en souveraine douce et clémente 1à où Satan avait régné en despote ?

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