‹ Pèlerinages d'outre-mer [microforme]Chapitre 13 sur 24 · MER · texte numérisé non relu

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130 PÈLERINAGES D'OUTR£-MER

lit du torrent en jardin potager. Il arrive pourtant quelquefois que l'eau s’y précipite. C’est alors le signal de quelque malheur pour Assise; les autorités de la ville en sont immédiatement prévenues, et on institue sur le champ des prières publiques pour détourner le fléau. La dernière fois que le torrent coula, ce fut à l'époque de la violation du domaine de saint Pierre par les Garibaldiens. Un pont en pierre d’une seule arche traverse le ravin: à une des extrémités, reverdit encore un arbre, un chène-vert. C’est celui où se percha un jour l'auditoire ailé de saint François, alors qu'il prêcha aux petits oiseaux ces choses admirables: “ Mes frères les petits oiseaux, ou vous devez singulièrement louer votre Créateur et l'aimer toujours; car il vous a donné des plumes pour vous couvrir, des ailes pour voler, et tout ce qui vous est nécessaire. Il vous a faits nobles entre tous les ouvrages de ses mains, et vous a choisi une demeure dans la pure région de l'air. Et sans que vous ayez besoin de semer ni de moissonner, sans vous laisser aucune sollicitude, il vous nourrit et vous gouverne.” À ces mots, les oiseaux, se redressant à leur manière, commencèrent à battre des ailes. Mais, lui passant au milieu d'eux, allait et venait, et les effleurait du bord de sa robe. Enfin il les bénit, et faisant sur eux le signe de la croix, il leur permit de s'envoler. Tel est le naïf récit des Fioretti ou Petites Fleuwrs de saint François, emprunté aux témoignages de saint Bonaventure et de Thomas de Celano.

Le lendemain matin, après une dernière messe célébrée au tombeau du Patriarche, et une dernière accolade à l'excellent Père Falinski, je descends la route poudreuse qui mène à la gare. Il me reste encore une heure ou deux avant le passage du train. C’est le temps que j'ai réservé pour la visite de la Portioncule et de la Basilique de N. D. des Anges.

Saint Bonaventure, en parlant de cet endroit béni dit que l’homme de Dieu l’aimä pardessus tous les lieux du monde.— C’est ici, en effet, le berceau de l'Ordre des Mineurs, puisque François y entendit sa vocation à la perfection évangélique. Ce fut durant une messé en l'honneur des Saints Apôtres. “ Vous ne posséderez ni or ni argent, disait l'Evangile, vous n'aurez pas deux habits, vous ne porterez ni souliers ni bâton.” “ C’est ce que je désire, dit François, rempli d'une sainte allégresse. C’est ‘ce que je veux de tout mon cœur.” Et il se déchausse à l'instant, jette loin de lui son bâton et sa bourse, ne garde qu'une seule tunique, et se ceint d’une corde. Il attire à lui de fervents disciples, amoureux comme lui de la sainte pauvreté, il leur distribue l’univers qu'il divise avec le signe de la croix, et les envoie, comme Celui qui l'avait envoyé, convertir le monde, Le grain de sénevé était déposé dans une terre féconde ; les sueurs de François et de ses compagnons dévaient l’arroser, et le Divin Maitre devait donner au grand

arbrè cette merveilleuse vitalité, que tous les siècles et tous les pays ont connue et bénie

C’est encore ici que naquit la famille des pauvres vierges, dont sainte Claire fut la mère et le modèle. Qui ne se rappelle le repas angélique que la vierge d'Assise et ses compagnes y prirent avec le Père Séraphique ? Pour toute nourriture saint François leur parla de la bonté de Dieu, mais si suavement, si saintement, si profondément, que tous les convives furent ravis en extase.

C’est ici que François reçut l’ordre de Jésus-Christ et de sa très sainte Mère, de forcer le trésor des indulgences, pour obtenir du chef de l'Eglise cette faveur jusque-là inouïe, du Pardon.

C’est enfin de ce lieu bien-aimé, que François mourant, levant sa main stignatisée, bénit sa ville natale, et prophétisa que par elle beaucoup d'âmes seraient sauvées, et que beaucoup d’entre ses enfants seraient élus au royaume de la vie éternelle.

Entrons dans la superbe basilique qui protége aujourd’hui sous son dôme élevé l'humble chapelle de la Portioncule. La piété et la munificence des Papes et des Souverains l'ont enrichie et ornée à l’envi. Saint Pie V en a ordonné la construction, et Grégoire XVI l’a fait relever des ruines du tremblement de terre de 1832. Elle aussi, nous prêche la pauvreté franciscaine, la modeste chapelle, avec ses humbles proportions et ses murs restaurés par saint François sur l’ordre de Dieu. Elle nous rappelle la générosité des fils de saint Benoit qui lu cédèrent aux Frères Mineurs : elle nous invite à profiter du merveilleux Pardon accordé sur la prière de .

int

mMours lle qui pro-

… de couteau il les détache de la frange pour les donner à

saint François, à tous ceux qui y entrent le cœur contrit . et humilié, ayant satisfait aux conditions ordinaires des indulgences. Aussi, nous hâtons-nous d'y passer et repasser pour multiplier le foties quoties. À peine avonsnous le temps d'examiner le tableau dont le pieux peintre allemand Overbeck a orné la façade. Il parait, d’ailleurs, que ce n’est pas un chef-d'œuvre. Il faut pourtant vénérer le cordon de saint François, visiter la cellule où il couchaiït, la chambre où il mourut, et cueillir des feuilles du rosier miracuteux, qu’on dirait tachetées de gouttes de sang. V’était jadis un buisson d’épines ; le Saint s’y roula pour éteindre le feu d’une violente tentation ; depuis ce jour il n’y croit que des roses, ct elles sont sans*épines.

Un trait, avant de finir. Je le trouve dans les délicieuses Fioretti ou Petites Fleurs de saint François. Il nous révèle deux grands caractères de son ordre; l'amour de la pauvreté et la simplicité.

Frère Ginepro s'étant rendu à Assise pour les fêtes de la naissance du Christ, méditait profondément devant l’autel du couvent richement orné et paré pour la circonstance. Sur la demande du sacristain, qui voulait aller “ prendre une bouchée, ” il reste pour garder l’autel—Une pauvre femme se présente et lui demande l’aumône au nom du Christ. ‘“ Attendez un peu, lui dit Fr. Ginepro : je vais voir si je peux vous trouver quelque chose sur cet autel si richement orné.” Or il y avait une frange d’or artistement travaillée, avec des clochetons d'argent d’une grande valeur. “ Evidemment, dit le Frère, les clochetons sont du superflu,” et d’un coup

la mendiante. Le sacristain, réfléchissant tout-à-coup sur la charitable manie du Fr. Ginepro, interrompt brusquement son déjeûner, et arrive juste à temps pour constater la disparition de ses précieux clochetons. Il accable le pauvre Frère de reproches amers, et cherche en vain par la ville son trésor disparu. Furieux de n'avoir rien découvert, il va dénoncer au Général de l'ordre le malheureux Frère. “ Ce qui m'étonne surtout, dit le Général, c'est qu’il n’ait pas tout donné, frange et appendices; mais je saurai le corriger.”

— Il réunit tout le chapitre, fait comparaître Fr. Ginepro, et devant tous les moines rassemblés, lui reproche durement sa conduite. Le bon Général s'emporta au point d’avoir la voix enrouée. Fr. Ginepro accepta en silence la correction, et songea moins à son humiliation, qu'aux moyens de guérir l’enrouement de son Général. Quoi qu'il se fit déjà tard, il va dans la ville commander un mélange de beurre et de farine, et revient à une heure fort avancée. Son écuelle d’une main et une chandelle de l’autre, il se présente à la cellule du Général, et frappe doucement à la porte. Le Général ouvre: “Qu'est-ce qu'il y a?” demande-t-il. “ Mon Père, répond l’humble Frère, quand vous m'avez aujourd’hui reproché mes défauts, je me suis aperçu que vous aviez la voix toute rauque et fatiguée. Mangez ce bon mélange ; je l’ai fait faire exprès pour vous.” “Ce n'est pas à pareille heure qu'on vient déranger ses frères, répondit le Général irrité; allez-vous en avec votre farine et votre beurre, et laissez-moi dormir en paix.” Fr. Ginepro voyant que ses instances ne servaient à rien, dit naïvement au Général : “ Mon Père, puis-

excellent mélange

“Moi au moins Je

Je le mange moi.

docilité et de sa

it: “Eh bien! Puisque tu le veux, Et ils se mirent à Manger eette urre, et ils furent rassasiés par fraternelle plutôt Jue par la

Op tardé à vous présenter

vais presque honte de répondre ante invitation. * Mais voici ncidence vient racheter ma faute Igence, Janvier n'est-il pas, de e, celui qui nous Parle le plus remiers jours,

Par son grand

ers et les rois

de Bethléem ; récemment, nous le nom de Jésus, “ doux Cantique

* Ce travail a été mois de Janvier, 1887.

le genou au nom de l’Agneau Divin. Et vers la fin de ce mois, ne verrons-nous pas briller au firmament de l'Eglise un autre François, héritier du nom et des vertus de son séraphique patron ?

Un mot pour terminer. Il est de Gui d’Arezzo. C’est le père de la musique saluant le chantre de l'amour divin : “O François, s'écrie-t-il :

‘ Le monde était aveugle ; tu l’as fait voir.

Lépreux ; tu l’as purifié.

Mort ; tu l’as ressuscité :

Descendu aux enfers ; tu l’as fait monter aux cieux.”

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