‹ Pèlerinages d'outre-mer [microforme]Chapitre 14 sur 24 · NOTRE-DAME DE LA SALETTE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LA SALETTE

C'est la mi-octobre, Les vaca En route, étudiants Catholiques,

nces vont bientôt finir lle nous rappelle

Rome

hameaux de la Savoie, nids d’aigle placés sur des crêtes alpestres, d'où nous pouvions contempler le ciel de si près. Disons adieu, peut-être pour la vie d’ici-bas, à ces étrangers d'hier, qui aujourd’hui et pour toujours sont devenus nos frères et nos amis, et nous ont fait oublier que “ l’exilé'est toujours seul.”

Et nous, de nous ceindre les reins, de prendre nos bai.as de voyageurs, et, forts du banquet de l’Agneau divin, de nous mettre en route pour la “ terre promise.” Réunis &’abord à Annecy, près du tombeau de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal, nous prions i’aimable docteur et sa vertueuse fille spirituelle, d2 non ppprendre à aimer Dieu comme eux l’ont aimé. Puis. ie : ide ‘ Allobroge ” nous promène sur le joli lac d'Annec;:. et nous débarque à Menthon, au pied de la cc'lne que » *cnnent fièrement les bastions et les tours. créueiées du :*teeu paternel de saint Bernard. Sa famille y est encore, héritière des traditions de sainteté qu'il leur a léguées. Sa chambre y est devenue une chapelle et un lieu de pèlerinage. On y voit la fenêtre par laquelle le jeune Bernard se déroba à la tendresse de ses parents pour aller fonder l’hospice du Grand Saint-Bernard, monument éternel de sa charité envers ses frères.

Pour aller en ligne droite d'Annecy à Grenoble, il n'est pas nécessaire de passer par Chambéry et la Grande Chartreuse. Mais qui nous blâmera d’avoir pris le chemin des écoliers pour aller saluer la maison de saint Bruno, et sa chapelle au milieu des neiges ; d’avoir entendu Matines à une heure de la nuit où tout le monde est enseveli dans le sommeil, et Laudes au mo-

ment où la nature s’est tue depuis longtemps déjà pour laisser parler les chartreux qui publient les louanges de Dieu ?

De Grenoble à Corps, route des plus agréables et des plus pittoresques : vallée où serpente l'Isère, lacs de Laffrey, gorge profonde où l'on descend en quittant la Mure, pics arides dominant des côteaux tapissés de forêts au feuillage varié des mille teintes de l'automne. Et pourtant, ce n’est pas un voyage de plaisir que nous faisons, car, dans une course de 63 kilomètres en voiture, la poésie traîne de l’aile longtemps avant le terme ; et puis, notre retour à Rome doit être un pèlerinage continu. Non, nous allons à la Salette pour nous recommander tout entiers, nous et les nôtres, à la Reine du ciel, pleins de confiance qu’elle ne renverra pas, le cœur et les mains vides, des enfants qui viennent de si loin pour la voir. Aussi, rendus à Corps vers la tombée de la nuit, nous voulons gravir sans tarder les 12 kilomètres du chemin qui mène au sommet de la Sainte- Montagne. Les plus fervents montent à pied. Un seul, à qui il manquait, sans doute, les conditions requises d’après la Psalmiste pour gravir lestement la Montagne du Seigneur, se voit dans l’humiliante nécessité de confier à une bête de somme le poids de ses iniquités, et de faire l'ascension à dos de mulet. Il est déjà nuit depuis une heure quand le sommet est atteint, et de plus, un brouillard épais nous dérobe la vue des étoiles. La route paraît plus longue à nos cœurs avides de saluer l'auguste sanctuaire, et nous craignons de n'avoir pas pris le bon chemin, quand tout à coup, au détour d’un rocher, brillent à nos yeux les lumières du couvent,

comme dans la nuit obscure brille l'étoile de La mer aux yeux du marin. Chacun récite le Magnificat, et bientôt nous frappons à la porte du couvent, où, comme dit la chanson populaire canadienne,

Nous attend un bon souper, Et un bon lit pour nous coucher,

sans parler du feu de cheminée, pour éviter le refroidissement.

Bientôt après sonne la prière du soir, et nous nous rendons tous à la basilique pour assister à ce touchant exercice, et pour offrir nos vœux à Marie. Rien de beau, rien de pénétrant comme cette réunion des membres d’une famille chrétienne sous le regard maternel de la sainte Vierge ! Les ténèbres mystérieuses du sanctuaire, éclairé seulement par la flamme de quelques cierges et la lueur vacillante des lampes qui brûlent sans cesse en l'honneur de Marie, nous font penser aux catacombes de Rome où nous allions parfois prier, et l'accent vigoureux des élèves de l’école apostolique, qui répondent d'une seule voix à la prière, nous rappelle la ferveur des premiers néophytes. Ces enfants, réunis ici pour la retraite, se destinent à faire plus tard des missionnaires. Ils iront prêcher les grandeurs et les bontés de Dieu et de sa sainte Mère aux peuples des villes et des campagnes; ou bien, attirés par le zèle apostolique jusque dans les forêts de la Norvége, ils se dévoueront au travail ingrat de la conversion des hérétiques obstinés de ce pays. Comme ils ont l'air modeste, avec leurs bras croisés et leurs yeux: baissés ou tournés vers l'autel;

avec leurs petites blouses bleues, comme en portait jadis Maximin! Comme ils écoutent attentivement debout, le point de méditation pour le lendemain matin! Puis comme ils chantent avec entrain les strophes sacrées, durant la bénédiction du très saint Sacrement qui se donne ici tous les soirs de l’année ! On sent, à les entendre, qu’ils savent répondre à l’appel du psalmiste: Laudate, pueri,. Dominum.

Dès la pointe du jour, ceux d’entre nous qui sont prêtres disent la sainte messe, et les séminaristes y communient avec une ferveur inaccoutumée. Après l’action de grâces, on examine en détail les beautés de la basilique. Son érection en cet endroit presque inaccessible à 5400 pieds d'altitude, est à elle seule une merveille. Que de sommes fabuleuses, que de travaux inouiïs pour réunir en ce lieu solitaire les matériaux d’un

édifice si grandiose ! Il a vraiment fallu le patronage tout puissant de la Reine du ciel pour triompher de tous les obstacles.

À mon avis, la présence de ce monument en pareil lieu est une preuve frappante de la vérité de l’apparition. De même qu’on doit croire des témoins qui se laissent égorger, de même on doit regarder comme solidement fondée une conviction qui fait accomplir de tels prodiges.

L'intérieur de la basilique présente un coup d'œil magnifique, avec ses brillants vitraux qui retracent les scènes de: la vie de la sainte Vierge, avec les riches bannières suspendues à la voûte, et les mille et mille exvoto qui ornent les murs du sanctuaire. Après avoir

admiré longuement toutes ces merveilles, nous nous dirigeons vers les lieux de l'apparition, où un des révérends pères missionnaires vient avec bonté nous raconter les détails de cet événement mémorable,

C'était un samedi des quatre-temps, 19 septembre, 1846. Deux jeunes bergers aussi simples qu'ignorants, Maximin Giraud, âgé de 11 ans, et Mélanie Calvat, âgée de 15 ans, faisaient paître en cet endroit les vaches de leurs maîtres. Après avoir mangé leur dîner, du pain trempé dans l’eau d’une source voisine, ils s’endorment à quelques pas l’un de l’autre. Lorsqu'ils se réveillent deux heures plus tard, leurs vaches ont disparu, et, après un instant de recherche, ils les retrouvent couchées sur le versant de la montague. Tout à coup une clarté éblouissante frappe d’abord le regard de Mélanie, puis celui de Maximin.

La lumière s’entrouvre bientôt et laisse entrevoir une Belle Dame environnée de gloire, mais dont l’attitude révèle une tristesse profonde. Elle est assise sur une pierre, les coudes appuyés sur les genoux, et ses mains soutiennent sa tête qui est comme appesantie par la douleur. C’est l’heure des premières vêpres de N.-D. des Sept-Douleurs, où l’Egiise chante par toute la terre : “Oh! de quelle abondance de larmes est inondée la Vierge Mère !”

A cette vue les bergers effrayés s’arment de leurs bâtons pour se défendre. Alors la Belle Dame se lève, croise les mains sur sa poitrine, et d’une voix douce comme une harmonie du ciel: “ Avancez, mes enfants, dit-elle, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle.” Puis elle se dirige un peu plus loin,

et les bergers raseu rejoindre,

“Si mon Peuple ne vent la Belle Dame

Je souffre Pour vous autres | € Vous abandonne Pas, je suis

Prise pour vous autres, “Je vous ai donné six suis réserv

Jours pour travailler, je me der ; c’est

é le septième, et on ne veut pas me l’accor-

e bras de mon Fils.

ne É re. :

Toutes ces prophéties se sont réalisées à la lettre et la maladie de la vigne sévit aujourd'hui plus que jamais en France pour attester la vérité de la prédiction.

La sainte Vierge promet d'abondantes récoltes si les hommes font pénitence, elle exhorte les enfants à prier tous les jours, elle déplore encore une fois la profanation du dimanche, l'habitude du blasphême et l’infraction du jeûne et de l’abstinence, puis elle termine son discours par ces paroles remarquables : “ Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple.” Paroles fécondes qui résument la mission évangélique des deux bergers, devenus apôtres de Marie pour prêcher aux hommes endurcis le châtiment, et aux pénitents, la miséricorde et le pardon ; paroles qui ont réveillé la foi languissante de cette population, converti des millions de pécheurs, provoqué des prodiges de foi et de dévotion, et donné un vif éclat dans le monde entier au culte de la Vierge Immaculée. A chacun des deux enfants elle confia un secret, puis elle disparut lentement à leurs yeux.

Tel est le récit de cette apparition, dans toute sa touchante simplicité, tel qu’on l’a recueilli des lèvres des jeunes bergers. Impossible de douter de son authenticité. Jamais témoins n'ont offert plus de garanties de leur véracité. Les interrogatoires les plus habiles n'ont jamais pu les surprendre en contradiction avec euxmêmes, ni entre eux. D'ailleurs si l'on peut juger de la cause suivant les effets, comment ne pas attribuer à l’action divine :un événement si fécond en fruits de pénitence, en prodiges de miséricorde, en manifestations de foi et de piété ?

Ce récit, nous ne l'entendions pas pour la première fois: depuis longtemps nous l’avions lu, et plusieurs d'entre nous l'avaient recueilli, encore enfants, des lèvres d’une pieuse mère ; mais sur le sol même qu'a effleuré le pied virginal de Marie, près du rocher où elle s'est assise pour pleurer l’ingratitude des pécheurs, et de l'endroit où elle disparut pour remonter au ciel, nous nous sentions émus jusqu'aux larmes. Ces groupes en bronze qui reproduisent les différentes scènes dela vision, les croix qui marquent le chemin parcouru par la sainte, Vierge, et cette source devenue intarissable depuis que les larmes de Marie ont coulé, nous font assister de nouveau aux phases de ce drame touchant et sublime.

Encore une prière à Marie, encore une gorgée de cette eau fraîche et limpide qui jaillit à côté du sentier, et nous nous relevons forts et courageux pour continuer notre route vers la patrie du ciel, dont le pèlerinage de la Salette n’est qu’une des étapes. De torrente in vid bibet, propterea exaltabit caput.

Mais si nous dressons la tête, après avoir écouté les miséricordieuses menaces de la sainte Vierge, ce n’est pas pour les mépriser ou les oublier. Non, c'est pour chanter encore une fois le Magnificat de la louange et de la reconnaissance. D'ailleurs nos regards rencontrent partout sur ces fiers sommets qui ferment l’horizon, le signe sacré de notre salut, la croix qui domine le monde malgré les profanations des impies ; et puis ces nuages immaculés que nous voyions tantôt dormir sur la vallée comme des lacs de cristal, se dissipent lentement sous

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l'action du soleil, et s'élèvent comme des vapeurs d’encens pour nous inviter, à leur exemple, à rendre honneur et gloire au souverain Dieu, maître et créateur de toutes choses.

Nous nous rappellerons toute notre vie notre pèlerinsige de la Salette. Nous redirons tous les jours cette invocation, si pleine de miséricorde et d'espérance : “OO Notre - Dame de la Salette, réconciliatrice des pécheurs, priez sans cesse pour nous qui avons recours à vous.” Elle retentit sans cesse à mon oreille, comme un écho du ciel, depuis que je l’ai entendu répéter avec ferveur par les petits missionnaires de la Salette.

Et d’ailleurs plusieurs incidents de notre retour à Rome étaient propres à réveiller le souvenir de cette prière. En arrivant à Corps nous avons pu voir la pieuse Mélanie dans la modeste maison de sa mère, où elle est venue se reposer quelque peu des fatigues de l’enseignenent. Un peu plus tard, quand nous passions à Turin, le vénérable Don Bosco, cet apôtre de la jeunesse, qui donne asile et instruction à plus de 11,000 orphelins, en Italie, en France, en Espagne, et jusque dans la Patagonie, nous accueillait avec une bonté paternelle, heureux de savoir que nous venions de la Salette, dont il a raconté lui-même, dans un pieux opuscule, les merveilles si touchantes.

Nous allions terminer notre long pèlerinage. Nous sions à Lorette, où les anges ont transporté la sainte maison de Nazareth. Dans cette demeure céleste, où “ Marie a été conçue sans péché,” et où “le Verbe s’est

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