‹ Pèlerinages d'outre-mer [microforme]Chapitre 23 sur 24 · PE · texte numérisé non relu

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fonder en France une pépinière de saints et de savants. Son apprentissage de fondateur, il l'avait aussi fait en établissant la Congrégation de Saint-Edme, qui dessert le pèlerinage du Mont-Saint-Michel, et qui fournit à la France tant de zélés missionnaires.

Il y a à Sainte-Scolastique un bénédictin allemand, Dom Wissel, dont le frère est Rédemptoriste aux Etats- Unis. Au retour d'une mission à Halifax, où il avait reçu les dernières confidences de l'archevêque mourant, Mgr Hannan, ce Père Rédemptoriste assistait, il y a quelques années à la fête de sainte Anne, au sanctuaire de Beaupré, et il y faisait entendre sa parole vraiment apostolique. Je l’y ai rencontré, et j'ai pu parler de lui à son frère bénédictin. Je recueille précieusement ce détail, qui n’a pourtant rien de remarquable ; mais comme souvenir de la patrie absente, C’est une pensée du Canada qui a fleuri aux pieds de saint Benoit, et qui nous rappelle, loin du pays, bien des figures amies.

— Souper au réfectoire des moines, puis causerie au coin du feu, et coucher à bonne heure, car la course au grand air et la fatigue du voyage nous invitent au sommeil. A titre d’ainé, on me donne le meilleur lit, dans une chambre séparée. La chronique raconte qu’un Pape, probablement Grégoire XVI, et un empereur, Don Pedro, du Brésil, y ont dormi.

— Malgré cela, j'ai trop bien sommeillé pour avoir des rêves. Pas le moindre cauchemar de tiare ou de couronne, et le lendemain matin, “gros Jean comme

. devant.”

— Dès le point du jour il nous faut gravir la pente raide qui, par une avenue d’arbres séculaires, nous

mène au Sacro Speco ou sainte grotte, car c'est là, au berceau même de la famille de saint Benoit, que nous voulons dire la sainte messe.

Bientôt nous apercevons le monastère du Sacro

*Speco, semblable à un nid d'aigle attaché au flanc du

rocher. Il se cramponne à une muraille de montagnes taillées à pic et dominant le cours bondissant de l’Anio- Soutenu par des piliers, des arches et des fondations gigantesques, véritable triomphe de l’art et du génie sur la nature, travail d’une patience, d’une hardiesse, et d’un prix incalculables.

— Il y a ici, comme à Assise, toute une série de sanctuaires superposés, communiquant entre eux par des escaliers intérieurs. Ici, comme au berceau du glorieux pauvre, le génie et l’art ont payé leur tribut à la gloire du saint fondateur, les fils dévoués et les générations de pieux pèlerins ont rivalisé de zèle pour décorer le sanctuaire de prédilection du Patriarche.

“Tout à fleuri, dit Louis Veuillot, on a apporté les marbres précieux, les métaux précieux ; on a revêtu de toutes les magnificences ces pierres qui ont été l’encensoir, où l’âme de Benoit c'est consumée comme un parfum précieux. Voyez ce que peut la prière; elle à tout transformé, tout transfiguré; et voilà que cette tanière est devenu l’une des brillantes demeures de Dieu !”

Les fresques ravissantes qui ornent les parois de toutes les chapelles, sont dues à cette école de renaissance chrétienne qui a fait éclore tant de chefsd'œuvre au soleil de l’'Ombrie. On y sent le souffle inspi-

rateur de Giotto et de la pléiade de glorieux élèves qu'il a formés.

Toutes Jes grandes scènes de l'histoire bénédictine sont tracées sur ces Murs en Caractères vivants, On peut y lire également Jos Promesses apportées du ciel au saint Patriarche Par le ministère d'un ange : ,

“Ton ordre, dit le Messager céleste au nom de Dieu, durera Jusqu'à la fin du monde,

“ Dans les derniers temps un de tes fils gouverner

l'Eglise de Dieu, et en Confirmera un grand nombre dans la Foi,

“ Quiconque Mourra dans ton ordre obtiendra Je salut éternel, Si quelqu'un Commence à vivre mal, et ne se Corrige pas, ou bien il en sera expulsé, ou bien il en partira de lui-même.

“Celui qui Persécutera ton ordre ou nuira à tes fils, verra sa vie abrégée, et finira Par une mort f4. cheuse,

“ Quiconque aimera ton ordre aura une fin heureuse, ”

Il y a, dans ces promesses, tout un sujet de méditation et de Préparation à la Sainte messe,

que je gravis les degrés du saint autel, à l'endroit même où ilimmola sa Jeunesse et Mortifia ses membres déli- Cats, pour “ aCComplir dans sa Chair ce qui manque aux

trée même de Ja Sainte grotte, où l'ôn croit voir encore lé pra * Epitre aux Coloss, I, 24.

jeune saint en prière, Une statue de marbre blanc, due au ciseau du Bernin, le représente sous les traits les plus gracieux. Assis sur un angle du rocher nu, les mains jointes, le visage exténué, mais respirant une joie céleste, les yeux levés avec amour vers le ciel, il parait ravi en extase, A côté de lui, le panier qui contient sa maigre provision de chaque semaine, et une clochette pour l’avertir que son charitable fournisseur ne l’a pas oublié.

Par une porte inférieure on descend à une seconde grotte, où Benoit, découvert par les chevriers, éclairait leurs âmes grossières en leur enseignant les vérités de la religion. Il y a, tout près d'ici, une petite terrasse assise sur une corniche du rocher, endroit sauvage d'où l'œil ne peut contempler que l’azur du ciel, ou le rocher formidable qui surplombe, ou le gouffre où s'enfuit l’'Anio. Digne théâtre des attaques de l'enfer, c’est ici que Satan tenta la vertu de l’angélique Benoit. Assailli par un souvenir de cette Rome, dont il avait fui les séductions avant d’en subir les atteintes, le courageux enfant se roula nu dans un buisson d'épines, où il déchira ses membres délicats et transforma sa chair en une plaie ensanglantée, Cette sainte violence lui mérita la

"victoire et la couronne de la chasteté, comme plus tard

l’angélique Thomas d'Aquin la mérita par son héroïque résistance à d’infâmes créatures.

“ Sept siècles plus tard, dit Montalembert, un autre saint, François d'Assise, vint visiter ce cite sauvage et digne de rivaliser a#ec l’âpre rocher de la Toscane, où lui furent imprimés les stigmatés de la Passion. Il se prosterna devant le buisson d'épines, qui avait servi de

lit triomphal à la mâle vertu du patriarche des moines, ét après avoir baigné de ses larmes le sol de ce glorieux champ de bataille, il voulut y planter deux rosiers, Les rosiers de saint François y ont crû, et ont survécu aux

ronces bénédictines. ”

Le plateau triangulaire qui se projette sur le flanc du précipice a été transformé en jardinet. Les pétales des fleurs du rosier miraculeux servent de remèdes aux maladies do toutes sortes. Chose remarquable ! presque toutes les feuilles de ces arbustes vénérables portent la figure tout à fait visible d'un serpent. La piété des fidèles croit y voir l’image de l'antique serpent que Benoit a vaincu dans cette lutte mémorable.

— Mais il y a ici quelque chose de plus merveilleux encore. Entre le mur du couvent et le rocher qui semble le menacer de son poids énorme, on a menagé une petite cour, où quelques arbres donnent leur ombre, et des fleurs variées reposent l'œil de l'horreur du site, Une statue de saint Benoit, la main levée vers la masse formidable, porte cette inscription : Ferma, o rupe, non danneggiare À figli mviei ; “ Arrête là, rocher, ne nuis pas à mes fils” Mais quel miracle y a-t-il là ? La nature même du rocher s'oppose à un effondrement, puisqu'il est insensible à l’infiltration de l’eau et aux lois du clivage régulier. Un polygone tracé en rouge sur la surface polie du roc va nous éclairer. On y lit les dimensions prodigieuses d’un bloc immense de pierre, qui se tenait là jadis sur un pian incliné presque perpendiculairement. La chûte de cette pierre aurait infailliblement entraîné avec elle tout le monastère en tuant les moines, dont le dortoir est immédiatement au-dessous,

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Pendant plus de neuf siècles le bloc ne bougea pas, et pourtant, d'après les lois de la gravité, le moindre choc aurait dû l’ébranler. Ni les tremblements de terre, ni la main des Vandales et des Goths ne l’ont dérangé de son assiette mystérieuse. — Je me trompe, les Goths modernes, les voleurs du patrimoine de saint Pierre, les Piémontais, en un mot ont dérangé le caillou, car ils craignaient, peut-être avec raison, qu'en s’écroulant, il ne vint à ruiner le couvent confisoué et décoré du titre de monument national. Le bras de saint Benoit se serait peut-être lassé de protéger un endroit où le brigandage avait succédé à la prière. Le monument aurait disparu dans l’abîme, mais la sainte grotte serait toujours restée, pour Gire aux hommes que la désolation était revenue sur la terre et pour les inviter à la pénitence.

Tout un bataillon d'ingénieurs fut convoqué pour déplacer le quartier de roc, et que de précautions ne leur fallut-il pas pour l’ôter! car le bloc jaugeait fort bien 44 mêtres cubes !

— Après avoir admiré dans la sacristie une miniature de Fra Angelico, des peintures sur cuivre admirables, et un Christ sculpté dans un os de poisson, on dit adieu au Sacro Speco pour aller faire une dernière visite à sainte Scolastique.

Des douze monastères fondés ici par saint Benoit, il ne reste, en effet, que des ruines. Le plus mémorable de ces monastères disparus, était bien celui de saint Clément, où le Patriarche avait sa résidence ordinaire, Il était situé près du premier des trois lacs de Néron, à l'endroit même où le monstre avait fait construire ses

bains. C’est là que Benoit reçut ses deux illustres disciples, Maur et Placide, C’est là que saint Placide, encore enfant, allant puiser de l’eau dans le lac, y fut entraîné par le poids de l’amphore qu'il avait emplie. Saint Benoit, témoin de l’accident, ordonne à saint Maur d'aller lui porter secours. Maur obéit sans hésiter. Il marche sur les eaux, comme jadis saint Pierre, et il en tire Placide par les cheveux au moment où il va disparaître. Maur avait compris la devise de la famille bénédictine, gravée au pied de la statue de son fondateur, Ausculta, 6 fil, prœcepta magistri ; “ Ecoute, Ô mon fils, les préceptes du Maître”, et son obéissance avait été récompensée par un miracle éclatant. «

— À Sainte-Scolastique, il y a deux cloîtres à ciel ouvert, avec leurs arcades, leurs colonnes et leur puits central. L'un de ces cloïtres remonte aux origines de

l'Ordre. Il y a une église cathédrale merveilleusement restaurée et décorée, il y a un archiviwm où l’on conserve des exemplaires des premiers livres imprimés en Italie. C'était en 1465, peu d'années après l'invention de l'imprimerie. Sweynheim et Pannartz, disciples de Gutemberg, reçurent ici même l'hospitalité et y pratiquèrent leur art. Ces précieux incunables sont les œuvres de Lactance, la Cité de Dieu de saint Augustin, et les lettres de saint Jérôme. Il y a aussi des manuscrits rares, des miniatures et des enluminures d’une beauté et d'une fraicheur qui défient toute imitation. On montre encore un missel dont le frontispice à disparu. Il y avait là une pleine page enluminée. Un jour, pendant que l’archiviste s'était absenté ponr un instant, un visiteur, vandale moderne, avait, d’un coup

anglais,” conclut-on en voyant la blessure. “ Ils aiment tant les chefs-d'œuvre, et puis ils ont la conscience si large!” Pourquoi ne pas ajouter: “Et le dos aussi,” puisqu'on leur impute à tort ou à raison tant d’autres larcins ?

— En quittant Subiaco, je me rappelle involonteirement le mot de Pétrarque, qui vint y faire un pèlerinage : “ Qui a vu cette caverne sainte a cru voir la porte du Paradis. On y respire, en effet, un parfum céleste, et on y trouve un avant-goût du Ciel.”

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A partir de Subiaco le pèlerinage se fait à pied. Il n’est rien d’intéressant comme ces courses à travers les montagnes, On y voit de près les gens, on cause avec eux, on étudie les mœurs, on constate avec bonheur la foi vive et éclairée du paysan italien. Cette foi se traduit même par des importunités aussi sublimes que touchantes, j'allais dire .. ... fatigantes.

Quand on passe par un village, des troupes d’enfants, des femmes, des enfants, des jeunes gens même, viennent assaillir les prêtres, pour avoir des médailles et des images. “ Zi pré!” nous disent-ils en nous baisant la main, “un santo.” Cette apostrophe, qui est l’'abrégé de zi0 prete, signifie “ mon oncle le prêtre, ” (manière familière et naïve d'adresser le clergé), “une

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médaille. ” Par malheur, nous n’appréhendions pas un tel assaut, et nos objets de piété avaient été oubliés à Rome.

Force nous est de leur distribuer toutes les images de nos bréviaires. Puis, quand la collection est épuisée, il faut les refuser, doucement d’abord, puis avec énergie. Mais ils ne se laissent pas déconcerter pour si peu. Pour chaque objet refusé, ils ont un diminutif à proposer ; car la belle langue italienne se prête volontiers aux diminutifs les plus gracieux et les plus délicats. Et ces diminitifs ont encore d’autres diminutifs, et ainsi de suite, si les médailles, comme la matière: étaient divisibles à l'infini.

Pour un santo que vous n'avez pas, ils nous demandent d’un air et d’un ton suppliants, un santino (un petit saint, une petite médaille), et si le santino n'apparait pas, il leur reste une dernière prière, la plus humble et la plus raisonnable de toutes, d’un santinetto, (une toute petite médaille). J'en pleurais d’admiration, et de rage de voir que je n'avais pas de quoi les satisfaire. J'aurais voulu être transformé en marchand itinéraire de médailles et de statues, pour leur distribuer à pleines mains tous les articles de ma pacotille. Pour una corona ou une image que vous n'avez pas, il demandent una coroncella, (un petit chapelet) ou un’ imaginetta (une petite image).

O piété charmante de ce peuple catholique! Et cet amour des objets pieux est loin d’être de la superstition. Causez de religion avec ces paysans en apparence si ignorants, Ils en savent plus long que certains Aca-

démiciens. Et puis, ils ont’tant d’urbanité dans les manières et le langage, des épithètes si gracieuses, des formules si courtoises, des titres si flatteurs à vous prodiguer. Ecorchez tant que vous voudrez, pour faire le savant, leur belle langue ; massacrez-en l'accent qui fait les trois quarts de son harmonie, et ils ne souriront même pas, de crainte de vous blesser. Qu'il y a loin de là à la grossièreté des domestiques anglais et des boutiquiers parisiens, qui feignent de ne pas vous comprendre quand vous parlez le français du grand siècle, ou bien vous écoutent curieusement pour deviner de quelle province vous êtes, et puis vous renvoient insolemment votre phrase sautée à la parisienne.

— Comme la route est longue de Subiaco à Olevano, où il nous faut pourtant arriver avant le soleil couché! On a beau grimper par des sentiers capricieux pour abréger les lacets de la grande route qui serpente en pente douce sur le flanc des collines, le chemin s’allonge toujours. “ Combien de distance encore ?” demande-t-on à un muletier qui passe. “ Un’mezz'oretta,” “ Une petite demi-heure,” ce qui veut dire en brutale langue vulgaire : “ Une heure et demie ;” car la langue italienne cache autant de mensonges polis qu’elle révèle de délicatesses. Comme à chaque rencontre subséquente on recoit la même réponse, on conclut que la mezz'oretta est une formule traditionnelle adoptée pour tromper les longueurs de la route, et aviver l'espérance et le courage du piéton. Douce illusion, si les jambes n’accusaient une somme de fatigue peu en rapport avec la mesure du temps!

— Enfin voilà Olevano fièrement perché sur le sommet d’une colline, avec son antique castel dominant les vallées d'alentour. Site pittoresque, d'où l'œil entrevoit à travers des échappées de montagnes les eaux bleues de la Méditerranée. Tableau charmant, avec ses maisons étincelantes de biancheur au soleil couchant, dans l’atmosphère italienne si pure et si limpide. Et dire que de près tout est si malpropre! Les poules, les quadrupèdes, le monde, tout cela vit presque pêle-mêle dans ces crapaudières de sous-sol où n'entre pas le soleil. Mais ces gens-là ont des àmes d'artistes et de poëtes. Mystère!

Pour traverser les rues d’Olevano, il faut poser le pied avec précaution, crainte de glisser sur quelque UE écorce d'orange. Il n’y a qu ‘un hôtel, et cet hôtel, comme dirait un Irlandais, n’est qu’ üne maison de pension, et encore, il n’y a jamais de pensionnaires proprement-dits. Quelquefois il y loge des artistes aux longs cheveux et à l’idéal insaisissable, qui y vivent d'émotions, de points de vue, et de l’air pur des montagnes, avec une platée de macaroni de temps à autre pour les retenir dans cette vallée de larmes. Jamais ils n'ont le sou, car ils travaillent pour la gloire. Leur pension, ils la payent en coups de crayon et de pinceau sur les murs de la Casa Baldi.

Nous y voici doublement rendus à la Casa Baldi, pour y passer la nuit. Depuis le déjeuner nous n'avons rien pris La signora de la maison, après s'être assurée que nous n'étions pas des artistes, nous proposa un menu par voie d'élimination. Après avoir énuméré tous les plats üont on ne pourrait tâter, elle finit par nous

réduire à une soupe au gratin avec force macaroni comme pièce de résistance, et du pain à discrétion. Mais l'appétit et la gaîté assaisonne le tout, et les Grâces sont dites avec sincérité.

— Après le souper, l'hôtesse nous régale d’un solo de tambourine, et nous lui rendons la politesse par les plus belles chansons canadiennes de notre répertoire, le tout sous le patronage distingué du Cardinal Borghèse, qui séjourna ici à la fin du siècle dernier, et dont le portrait nous regarde du manteau de Ja cheminée.

Debout avant, l'aurore, vaillants pèlerins ! car il nous faut faire à jéun et à pied le trajet d'Olevano à Genazzano, pour aller prier dans son sanctuaire la Madone du Bon Conseil, dire la messe devant son image miraculeuse, et lui demander des lumières pour maintenant et plus tarc. :

— La route, heureusement, va toujours en descendant, sauf une petite montée pour entrer dans la ville,

Les Pères Augustins qui desservent le pèlerinage nous reçoivent avec bonté; nous disons la sainte messe, puis l’un d’entre nous, muni d’une permission spéciale du Révérendissime Père Général des Augustins à Rome, a le privilège de célébrer en présence de l’image dévoilée de N.-D. du Bon Conseil.

La chapellé de la Madone est fermée par une grille de fer, soutenue par deux colonnes très précieuses

en pierre de touche, don du cardinal Jérôme Colonna. L'autel est remarquable par ses beaux marbres, ses albâtres, ses porpbyres et ses colonnes de vert antique.

L'image de la Madone et du Divin Enfant est vraiment ravissante. Impossible de décrire les traits doux et affables, la pose gracieuse, le moëlleux du coloris, la délicatesse du mouvement de ce groupe céleste. Le visage de la sainte Vierge est si beau, si plein de majesté qu’il ravit et entraîne tous les cœurs.

L'enfant Jésus n’est pas moins beau. “Quand on contemple, dit un auteur, son visage arrondi, ses blonds cheveux, ses yeux brillants et pleins de vie, ses joues vermeilles, son sourire angélique, enfin tout l’ensemble de sa personne, d'où s’échappent les rayons de la divinité, l’on se sent forcé de s’écrier, avec le Roi-Prophète : “ Vraiment le fils de Marie est le plus beau des enfants des hommes !”

Le temps n’a pu altérer la beauté de cette image ni la fraîcheur de son coloris. Les artistes ont rivalisé de zèle pour la reproduire fidèlement, mais sans jamais pouvoir atteindre la céleste perfection de l'original. Aucune image n’est plus populaire en Italie, et à Rome surtout, que celle de la Madone du Bon Conseil. Grand nombre d’églises en ont une copie,et dans les boutiques de la Ville éternelle, elle reparait dans une niche, avec la lampe traditionnelle qui brûle en honneur de Marie. Le culte de cette madone est répandu dans le monde entier, et la ville de Montréal, Ville-Marie, est fière aujourd'hui de posséder une église sous le vocable de N. D. du Bon Conseil.

Mes lecteurs connaissent l’origine de ce pèlerinage fameux et l'historique de la translation merveilleuse de l’image vénérée. Cette translation à beaucoup d’analogie avec celle de la sainte maison de Lorette.

La sainte image, aujourd’hui vénérée à Genazzano, appartenait jadis à une église de Scutari, ville de la Huute Albanie, dans la Turquie d'Europe. Elle y était en grande vénération. Mais les ravages des Turcs ne tardèrent pas à désécrer l’église, et à chasser de leur patrie les malheureux Albanais. Les deux gardiens du temple, forcés de s’expatrier, pleuraient à la pensée de quitter leur madone bien-aimée. Leur fidélité fut récompensée. Avertis en songe de se trouver à l’église, à une heure déterminée le lendemain, ils virent un nuage envelopper la sainte image et sortir du sanctuaire. Ils suivirent leur céleste conductrice. Le nuage, comme la colonne de fumée qui guida jadis le peuple de Dieu, devenait lumineux lanuit pour éclairerleurs pas. L'image traversa avec eux l'Adriatique, qui s’affermit sous leurs pieds. Rendus à Rome, ils la virent disparaître. Au bout de quelques jours, le bruit se répandit dans la ville qu'une image miraculeuse avait fait son apparition à Genazzano. Les deux fugitifs Albanais s’y rendent, et y constatent avec bonheur l'identité de leur madone. Ils s’empressent de raconter aux habitants de Genazzano les circonstances de sa translation. Ceux-ci émerveillés rendirent grâces à Dieu de confirmer ainsi le miracle, dont ils avaient eux-mêmes été les heureux témoins quelques jours auparavant.

C'était le 25 avril, de l’an 1467. On célébrait, à Genazzano, la fête de saint Marc. Sur la grande place

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devant l'église on tenait une foire qui avait attiré grand nombre d'acheteurs. Tout à coup, vers l'heure des vêpres, on entendit dans les airs une harmonie céleste, et peu après, l’on vit un nuage brillant se diriger vers l'église, et aller se poser sur l'autel de saint Blaise. Quant le nuage eut disparu, on y vit l'image de la Madone. En même temps, toutes les cloches de la ville et des environs se mirent d’elles-mêmes à sonner.

Cette faveur du ciel, Genazzano la devait à la piété d’une pauvre veuve, du nom de Petruccia, qui mourut

en odeur de sainteté. Affligée du délabrement de l’église

de sa ville natale, elle avait supplié Marie de lui fournir les moyens de la restaurer. Elle fut exaucée bien au-delà de ses espérances, car le sanctuaire de la Madone est aujourd’hui un des plus célèbres de l'Italie.

De nombreux Souverains Pontifes y sont venus demander les lumières de N. D. du Bon Conseil, et ont enrichi son sanctuaire de précieuses indulgences. Urbain VIII y fit un pèlerinage avec un grand nombre de cardinaux. Saint Alphonse de Ligouri avait une dévotion particulière pour cette Madone qu'il était venu prier.

Une circonstance merveilleuse, et constatée juridiguement par une commission, c'est que l’image peinte sur un simple enduit de muraille, se conserve parfaitement et reste suspendue sans base ni appui. Ce prodige a été vérifié lors du couronnement de la Madone, en 1682, et plus tard en 1747, et les procès-verbaux authentiques en ont été remis à la Sacrée Congrégation des Rites.

“O Vierge Marie, Mère du Bon Conseil, dironsnous agenouillés devant son image bénie, vous qui doucement attirée par votre gracieux enfant, inclinez modestement là tête vers lui pour répondre aux désirs de son amour, apprenez-nous à correspondre aux attraits de la grâce de Dieu et aux inspirations de vos bons conseils.”

Nous avons fini nos pèlerinages sous le regard de la plus tendre des Mères. A Palestrina, dernière étape de nos courses pascales, il n’y à pas de sanctuaire remarquable. Du point culminant de cette ville bâtie en amphithéatre sur une haute colline, on contemple un panorama des plus ravissants. Palestrina, (l’ancienne Préneste). est une ville d’origine grecque dont les commencements remontent à l'antiquité la plus reculée, comme l’attestent les restes de murs cyclopéens et pélasgiques qu'on y voit encore. Le palais Barberini possède un pavé en mosaïque qui provient de l’ancien temple de la Fortune. Cette mosaïque d’un travail exquis représente une scène d'Egypte, les fêtes célébrées à l’occasion des inondations du Nil.

Ici naquit le célèbre Jean Pierluigi, mieux connu sous le nom de Palestrina, sa ville natale, qui mérita le titre de Prince de la Musique. Ses compositions, comme on le sait, font encore aujourd’hui le désespoir et l’admi-

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ration des musiciens. Il mourut à Rome, entre les bras de saint Philippe de Néri, après avoir consacré son génie au service de l'Eglise.

À la gare de Valmontone, à quelques milles de Palestrina, nous prenons le chemin de fer pour Rome, où nous arrivons à l’heure de l’Ave Maria.

Notre pèlerinage avait duré cinq jours.

Laus Deo et Mariæ !

visage, j'ai Contemplé avec amour les truits Vénérables du Vicaire de Jésus-Christ, Quel air de majesté! Quel rayonnement de sainteté ! Quelle douceur angélique dans le sourire bienveillant du Père commun des fidèles ! Nous étions là une trentaine, attendant dans un respectueux silence l'apparition du Pontife,

Bientôt il se présente 8CCOmpagné de ses camériers et de quelques gardes nobles. Toute l'assistance s'agenouille, et le saint Père fait le tour de [a salle pour adresser à chacun quelques mots pleins d’onction et de bonté, Ici il console la Sœur d’un officier mort au champ d’honneur ; là, c'est un hidalgo du Portugal qui offre à Sa

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| fl Sainteté un livre qu'il a écrit contre la profanation du | dimanche ; il demande en même temps une bénédiction pour une conférence de saint Vincent de Paul qu'il a | fondée à Lisbonne. Un peu plus Join, le Saint Père en- “à courage deux jeunes religieuses à se montrer fortes | dans la foi, au milieu des Moscovites où elles vont en- | seigner la vérité. À côté de moi, se tient tout embarrassé un jeune Bernois qui, malgré sa séparation du bercail, a voulu, lui aussi, voir le Pasteur suprême. Comme il n'osait demander sa bénédiction, le camérier la sollicite pour lui, et le Pape la lui accorde avec

bonté. |

| Enfin, mon tour arrive. Avec quelle effusion je | couvris de baisers ln main vénérable du Souverain | Pontife, avec quelle joie je la sentis se poser doucement | sur mon front !

L’audience fut bientôt terminée, car Léon XIII est toujours très occupé, absorbé comme il l’est par la sollicitude de sa charge pastorale, par la défense de l'Eglise contre les ennemis qui l’assaillent de toutes parts.

| + | Quand Sa Sainteté eut fini l'audience, elle nous | donna à tous une dernière bénédiction générale. C’est là surtout que parut dans tout son éclat cette vertu qui lui vient de l'assistance constante du Saint-Esprit. Les | mains et les yeux levés vers le ciel, il ressemblait à Moïse parlant au Très-Haut, et quand, de cette main droite qui tient les clefs de la justice et de la miséricorde céleste, il traça sur nos fronts abaissés le signe de la rédemption, quand de cette voix dont les sentences sont ratifiées au ciel, il appela sur nos âmes la bénédiction

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du Père, du Fils et du Saint-Esprit, tous les assistants furent saisis d’un saint tremblement, en même temps qu’une grande joie leur faisait répandre des larmes pleines de douceur.

Ah! me disais-je en moi-même, combien les ennemis du Saint-Père seraient punis, , quelle vengeance éclatante il tirerait d'eux, si, non content de prier et de faire prier pour eux à la suite de chaque messe qui se célèbre à Rome, il pouvait leur donner ouvertement sa bénédiction ! Combien peu parmi ceux qui se sont laissés entraîner contre lui résisteraient à la divine influence de sa charité ! Il leur serait impossible de ne pas se jeter à ses genoux, et de ne pas pleurer leur conduite sacrilége. Mais quand viendront-ils ! Dieu seul le sait Priez, cependant, chers lecteurs, priez les saints apôtres Pierre et Paul pour que le règne de Dieu et le triomphe de son Vicaire arrive bientôt.

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