SUBIACO
— Cette petite ville de la Sabine offre quelque intérêt au voyageur, à raison de son site pittoresque et des industries qu'on y exerce. Mais ce qui la rend illustre entre toutes, c’est le séjour qu'y fit saint Benoit, le patriarche des moines d'Occident. Il nous faudrait tout un volume pour raconter sa vie, et décrire les monuments qui marquent le berceau de la grande famille bénédictine.
À quelques pas de la ville s'ouvre une gorge profonde, au fond de laquelle l’Anio roule ses eaux blanchissantes. Au pied des monts escarpés qui la dominent s’élargit une vallée, que l’empereur Néron, aussi amateur de bien-être que de sang humain, choisit pour y construire une villa enchanteresse. Faisant endiguer à trois endroits successifs les eaux de la rivière, il y forma trois lacs artificiels superposés, au-dessous desquels il se fit
faire des bains et une résidence luxueuse. C'est ce qui a donné à cet endroit le nom de Subiaco, qui vient du mot latin sub lacwm, sous le lac. Un jour, au milieu d'une orgie, la foudre éclata et brisa dans ses mains la coupe que Néron allait porter à ses lèvres. L'empereur épouvanté quitte ce séjour pour n’y plus revenir.
Quatre siècles plus tard, un enfant de quatorze ans, fils de patricien, de l’illustre famille des Anicius, qui par sa mère était le dernier rejeton des seigneurs de Nursie, arrivait en ce lieu devenu sauvage, pour y chercher le salut de son âme. Il fuyait le monde avec ses appâts séducteurs, il voulait expier dans les larmes etla pénitence, les crimes de ses contemporains.
Dans le flanc perpendiculaire de la montagne, il discerna une caverne, “un trou de rocher”. C'est le lieu qu’il choisit pour y “ méditer comme la colombe”. Trois années durant il y séjourna, pendant les chaleurs de l'été, malgré les glaces de l'hiver, ses membres délicats à peine vêtus de peaux de bêtes, nourri de la charitable pitance qu'un solitaire du voisinage, saint Romain, lui faisait descendre une fois la semaine dans un panier, seul moyen d'atteindre sa grotte de la partie supérieure de cette montagne taillée à pic. Quelques pâtres, égarés à la recherche de leurs chèvres perdues, le surprendront dans sa retraite, et le prendront pour une bête fauve. Mais il leur expliquera les vérités de la religion chrétienne, ils reviendront l'écouter, et la renommée de sa sainteté se répandra au loin.
— Bientôt des disciples, aussi illustres que nombreux, viendront se ranger sous sa houlette, et douze monastères surgiront comme par enchantement dans ce
lieu jadis désert, présage du merveilleux épanouissement de cet ordre monastique, à qui le monde doit les trésors de la science et des lettres, et l'Eglise, toute une armée de saints et de docteurs. ‘“ De cette caverne, dit Montalembert, sont issues des légions de moines et de saints, : dont le dévouement a valu à l'Eglise ses conquêtes les plus vastes et ses gloires les plus pures.”
Mais le jour décline rapidement, et il nous faut arriver bientôt au premier couvent, celui de sainte Scolastique, ainsi nommé d’après la sœur de saint Benoit ; car c'est là que nous devons recevoir l’hospitalité pour la nuit. C’est là que réside le Révérendissime Père Abbé Général de l'Ordre, et l’église de ce monastère est la cathédrale de Subiaco.
Un bénédictin français nous fait les honneurs de la maison, et pendant que nous nous réchauffons près d’un bon feu de cheminée, Dom Léandre nous raconte quelques détails de la vie de saint. Benoit, et nous fait en quelques mots l'historique du couvent, et de ses environs. Ce bon Père avait jadis appartenu au | monastère de la Pierre qui-vivre, en France, dont le fondateur, Dom Muard, vécut ici dans la solitude avec deux compagnons. C’est du lieu de sa retraite, au monastère vénéré de Saint-Laurent, un des douze fondés par saint Benoit, que Pie IX rappela Dom Muard à Subiaco. C’est après s'être retrempé dans la vie monastique aux sources même de l'ordre, qu'il alla, comme un autre saint Maur,
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