Pèlerinages
Voici d'anciennes études, ou plus exactement d'anciens portraits griffonnés au hasard des souvenirs. La fantaisie et Vactualité les inspirèrent. Peut-être y trouvera- t-on maintes anecdotes inconnues et propres à fixer la psychologie des écrivains évoqués. Cet ouvrage devait paraître en 1914, et j'en avais déjà corrigé les épreuves. Tous ses chapitres, sauf un, furent écrits avant la guerre, entre 1904 et 1912. Il eût précédé une nouvelle série de « pèlerinages » commentant la vie et les œuvres d'auteurs disparus : Barbey d'Aurevilly, Verlaine, Tristan Corbière, Jules Laforgue, Arthur Rimbaud. Ce second volume est demeuré à l'état d'ébauche et peut-être ne par aîtra-t-il jamais. J'ai désiré garder au présent livre sa forme primitive, parce que j'ai connu la plupart des romanciers et des poètes français que j'évoque ici. On jugera peut-être qu'un tel recueil, malgré ses parties différentes, n'est pas
sans logique. Il m'a semblé, par exemple, que les noms de Dickens et de Twain se mêlaient sans heurt à ceux des précurseurs de chez nous. Notre littérature moderne doit beaucoup à l'influence des écrivains anglais et américains, tels que Dickens, Poe, Meredith, Kipling, Twain et Wells. Aujourd'hui, les aspirations des trois races sont les mêmes, et le défaut impardonnable du volume est de n'avoir réservé aucune place à un Carducci. L'époque Veut exigé. Dans cet ordre d'idées, le rappel du vieux Paris poétique ne paraîtra sans doute pas inopportun. Mais, à vrai dire, aucune pensée symbolique n'a inspiré ces brèves analyses ; je voudrais qu'on ne blâmât pas en elles ce que V amitié a pu me dicter de partial, et qu'on n'y distinguât pas autre chose que les sentiments d'un fervent des lettres accomplissant, à travers des décors et des œuvres admirés, de très sincères et très pieux pèlerinages.