‹ Pelléas et MélisandeChapitre 12 sur 49 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Un appartement dans le château.

On découvre Golaud étendu sur son lit ; Mélisande est à son chevet.

Ah ! ah ! tout va bien, cela ne sera rien. Mais je ne puis m'expliquer comment cela s'est passé. Je chassais tranquillement dans la forêt. Mon cheval s'est emporté tout à coup, sans raison. A-t-il vu quelque chose d'extraordinaire?... Je venais d'entendre sonner les douze coups de midi. Au douzième coup, il s'effraie subitement, et court, comme un aveugle fou, contre un arbre. Je ne sais plus ce qui est arrivé. Je suis tombé, et lui doit être tombé sur moi. Je croyais avoir toute la forêt sur la poitrine ; je croyais que mon cœur était déchiré. Mais mon cœur est solide. Il paraît que ce n'est rien...

Voulez-vous boire un peu d'eau ?

GOLAUD

Merci ; je n'ai pas soif.

MÉLISAxNDE.

Voulez-vous un autre oreiller?... Il y a une petite tache de sang sur celui-ci.

GOLAUD

Non, non ; ce n'est pas la peine.

Est-ce bien sûr?... Vous ne souffrez pas trop?

GOLAUD

Non, non, j'en ai vu bien d'autres. Je suis fait au fer et au sang...

Fermez les yeux et tâchez de dormir. Je resterai ici toute la nuit...

GOLAUD

Non, non; je neveux pas que tu te fatigues ainsi. Je n'ai besoin de rien; je dormirai comme un enfant... Qu'y a-t-il, Mélisande ? Pourquoi pleures- tu tout à coup?...

mélisande, fondant en larmes.

Je suis... Je suis malade ici...

Page 1