ACTE DEUXIÈME 2J
GOLAUD
Tu es malade ?... Qu'as-tu donc, qu'as-tu donc, Mélisande?...
MELISANDE.
Je ne sais pas... Je suis malade ici... Je préfère vous le dire aujourd'hui ; seigneur, je ne suis pas heureuse ici...
GOLAUD
Qu'est-il donc arrivé?... Quelqu'un t'a fait du mal?... Quelqu'un t'aurait-il offensée?
MELISANDE,
Non, non ; personne ne m'a fait le moindre mal... Ce n'est pas cela...
GOLAUD
Mais tu dois me cacher quelque chose ?... Dismoi toute la vérité, Mélisande... Est-ce le roi ?... Est-ce ma mère?... Est-ce Pelléas?...
MELISANDE.
Non, non ; ce n'est pas Pelléas. Ce n'est personne... Vous ne pouvez pas me comprendre... C'est quelque chose qui est plus fort que moi...
GOLAUD
Voyons; sois raisonnable, Mélisande. — Que veux-tu que je fasse ? — Tu n'es plus une enfant. — Est-ce moi que tu voudrais quitter ?
MKLISANDE.
Oh ! non ; ce n'est pas cela... Je voudrais m'en aller avec vous... C'est ici, que je ne peux plus vivre... Je sens que je ne vivrais plus longtemps...
GOLAUD
Mais il faut une raison cependant. On va te croire folle. On va croire à des rêves d'enfant. — Voyons, est-ce Pelléas, peut-être ? — Je crois qu'il ne te parle pas souvent...
Si, si; il me parle parfois. Il ne m'aime pas, je crois; je l'ai vu dans ses yeux... Mais il me parle quand il me rencontre...
GOLAUD
Il ne faut pas lui en vouloir. Il a toujours été ainsi. Il est un peu étrange. Il changera, tu verras ; il est jeune...
Mais ce n'est pas cela... ce n'est pas cela...
GOLAUD
Qu'est-ce donc? — Ne peux-tu pas te faire à la vie qu'on mène ici ? Fait-il trop triste ici? — Il est vrai que ce château est très vieux et très sombre... Il est très froid et très profond. Et tous ceux qui l'habitent sont déjà vieux. Et la campagne peut sembler bien triste aussi, avec toutes