‹ Pelléas et MélisandeChapitre 14 sur 49 · ACTE DEUXIÈME 2Ç · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME 2Ç

ses forêts, toutes ses vieilles forêts sans lumière. Mais on peut égayer tout cela si l'on veut. Et puis, la joie, la joie, on n'en a pas tous les jours; il faut prendre les choses comme elles sont. Mais dis-moi quelque chose; n'importe quoi; je ferai tout ce que tu voudras...

Oui, c'est vrai... on ne voit jamais le ciel clair... Je l'ai vu pour la première fois ce matin...

GOLAUD

C'est donc cela qui te fait pleurer, ma pauvre Mélisande ? — Ce n'est donc que cela ? — Tu pleures de ne pas voir le ciel ? — Voyons, tu n'es plus à l'âge où l'on peut pleurer pour ces choses... Et puis l'été n'est-il pas là? Tu vas voir le ciel tous les jours. — Et puis l'année prochaine... Voyons, donne- moi ta main ; donne-moi tes deux petites mains. // lui prend les mains. Oh ! ces petites mains que je pourrais écraser comme des fleurs.. — Tiens, où est l'anneau que je t'avais donné ?

MELISANDE

L'anneau ?

GOLAUD

Oui ; la bague de nos noces, où est-elle ?

Je crois... Je crois qu'elle est tombée...

GOLAUD

Tombée ? — Où est-elle tombée. . . — Tu ne l'as pas perdue ?

MELISANDE.

Non, elle est tombée... elle doit être tombée../ mais je sais où elle est...

GOLAUD

Où est-elle ?

MELISANDE.

Vous savez bien... vous savez bien... la grotte au bord de la mer ?

Oui.

MELISANDE.

Et bien, c'est là... Il faut que ce soit là... Oui, oui; je me rappelle... J'y suis allée ce matin, ramasser des coquillages pour le petit Yniold... Il y en a de très beaux... Elle a glissé de mon doigt... puis la mer est entrée; et j'ai dû sortir avant de l'avoir retrouvée.

GOLAUD

Es-tu sûre que ce soit là ?

MELISANDE.

Oui, oui; tout à fait sûre... Je l'ai sentie glisser...

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