ACTE TROISIEME
GOLAUD
Ils ont peur ?... à quoi vois-tu qu'ils ont peur ?
YNIOLD.
Ils pleurent toujours dans l'obscurité.
Ah!ah!...
YNIOLD.
Cela fait pleurer aussi...
GOLAUD
Oui, oui...
YNIOLD.
Elle est pâle, petit- père.
GOLAUD
Ah! ah!... patience, mon Dieu, patience...
YNIOLD.
Quoi, petit- père?
GOLAUD
Rien, rien, mon enfant. — J'ai vu passer un loup dans la forêt. — Ils s'embrassent quelquefois ? — Non?
YNIOLD.
Us s'embrassent, petit-père? — Non, non. — Ah! si, petit-père, si; une fois... une fois qu'il pleuvait...
50 PELLE AS ET MELISaNDE
GOLAUI).
Ils se sont embrassés ? — Mais comment, comment se sont-ils embrassés ? —
YNIOLD.
Comme ça, petit-père, comme ça!... Il lui donne un baiser sur la bouche; riant. Ah! ah! votre barbe, petit-père !... Elle pique ! elle pique ! Elle devient toute grise, petit-père, et vos cheveux aussi ; tout gris, tout gris... La fenêtre sous laquelle ils sont assis, s'éclaire en ce moment, et sa clarté vient tomber sur eux. Ah ! ah! petite-mère a allumé la lampe. Il fait clair, petit-père; il fait clair.
GOLAUI).
Oui ; il commence à faire clair...
YNIOLD.
Allons-y aussi, petit-père...
golauu.
Où veux-tu aller ?
YNIOLD.
Où il fait clair, petit-père.
GOLAUD
Non, non, mon enfant : restons encore un peu dans l'ombre... on ne sait pas, on ne sait pas encore... Je crois que Pelléas est fou...