ACTE QUATRIÈME
donne-moi tes mains... Oh ! tes mains sont petites !... Je ne savais pas que tu étais si belle !... Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau, avant toi... J'étais inquiet; je cherchais partout dans la maison... je cherchais partout dans la campagne... Et je ne trouvais pas la beauté... Et maintenant je t'ai trouvée!... Je t'ai trouvée!... Je- ne crois pas qu'il y ait sur la terre une femme plus belle !... Où es-tu? — Je ne t'entends plus respirer...
C'est que je te regarde...
PELLÉAS
Pourquoi me regardes-tu si gravement ! — Nous sommes déjà dans l'ombre. — Il fait trop noir sous cet arbre. Viens dans la lumière. Nous ne pouvons pas voir combien nous sommes heureux. Viens, viens ; il nous reste si peu de temps...
Non, non ; restons ici... Je suis plus près de toi dans l'obscurité...
PELLÉAS
Où sont tes yeux ? — Tu ne vas pas me fuir ? — Tu ne songes pas à moi en ce moment.
Mais si, mais si, je ne songe qu'à toi...
PELLÉAS
Tu regardais ailleurs...
68 pelle as et mélisande
mélisande.
Je te voyais ailleurs...
Tu es distraite... Qu'as-tu donc ? — Tu ne me semble pas heureuse...
Si, si; je suis heureuse, mais je suis triste...
PELLÉAS
Quel est ce bruit? — On ferme les portes!...
Oui, on a fermé les portes...
PELLÉAS
Nous ne pouvons plus entrer! — Entends-tu les verrous! — Ecoute! écoute!... les grandes chaînes ! ... Il est trop tard, il est trop tard ! . . .
Tant mieux ! tant mieux !
PELLÉAS
Tu ?. . . Voilà, voilà ! . . . Ce n'est plus nous qui le voulons!... Tout est perdu, tout est sauvé! tout est sauvé ce soir! — Viens! viens... Mon cœur bat comme un fou jusqu'au fond de ma gorge... Il T enlace. Ecoute! mon cœur est sur le point de m'étrangler... Viens ! viens!... Ah ! qu'il fait beau dans les ténèbres!...