AVANT-PROPOS
Les entretiens de Claude Debussy et d’Ernest Guiraud, dont les circonstances que je vais dire m'ont rendu témoin, ont été transcrits à l'instant même, par l'auditeur que je me trouvais être. Ils me paraissent si propres à élucider quelques-unes des questions que pose l’art de Debussy, que, ayant conservé mes notes, j'ai allègrement répondu à l'appel fait à mes souvenirs par Paul Landorrny.
Je n'ai point été le condisciple de Claude Debussy et je ne suis point devenu son ami. Réduit au rôle de personnage muet, dans des conversations nombreuses, auxquelles je me suis un seul instart mêlé, je fus secoué par l'intérêt qui se dégageail, intense, de ces colloques.
Le secrétaire général du Conservatoire, Em. Réty, en face du parti pris d’exclusion qu'avait à mon endroit adopté mon maître Léo Delibes, avait prié Guiraud de diriger, secrètement, mes dernières études. La cause de ma brouille avec Delibes, dont je fus l'élève pendant quatre années et à qui, malgré sa dureté pour moi, j'étais profondément attaché, est assez singulière pour que, tout en m'en excusant, je la relate ici. Elle expliquera aussi l'intérêt passionné avec lequel j'entendais l’auteur de la Damoiselle Elue exposer à Guiraud son esthétique, qui contrecarrait toutes mes idées, orientées vers le « diatonique » de l’art populaire.
Les: chansons des vendanges, en Bourgogne, m'avaient, en effet, enseigné que les aèdes populaires parlent une langue musicale plus riche que celle des professionnels. Emerveillé, j'avais entendu et transcrit leurs trois modes majeurs, leurs trois modes mineurs, tous rejetés par les musiciens de métier, à .partir du xvu® siècle, hormis un seul, le majeur moderne, devenu un tyran absolu.