‹ Pelléas et Mélisande de Claude DebussyChapitre 2 sur 35 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

J'avais eu la naïveté d’avouer à Delibes mon enthousiasme, de lui exposer un plan d’études que je m'étais fabriqué et qui consistait à remonter, à travers l’art liturgique du Moyen Age, jusqu’à la musique antique (Gevaert venait de la rendre actuelle), de façon à trouver dans ces musiques successives, non épuisées, de « nouveaur moyens d’expression ». Celle phrase malheureuse avait eu le don d’irriter mon maître. Mais son mécontentement s’exaspéra lorsque j'eus l’audace de lui soumettre, en classe, au lieu d’une cantate réglementaire, une sonale pour piano et violoncelle et un quatuor où les modes populaires étaient employés. Mon obslination à trouver belles ces vieilles gammes et à les croire utilisables dans l’art moderne polyphone, me valut, de la part d’un musicien charmant, mais fermé à toute tentative extra-classique, — pour lui le classicisme élait une maison close, — une sévérilé qui se traduisit dans des notes d'’examen, et par le refus formel de me présenter au concours de Rome. De là l'hospitalité que m'ofÿfrit la bonté de Guiraud, et la nécessité de cacher à mon premier maître le secours tout paternel que je trouvai près du second.

Claude Debussy, retour de Rome, eut devant moi, avec son professeur de composition, les entretiens que je relate. Je n’y pris part active qu’une fois. Le chromatisme exposé par le futur auteur de Pelléas, était, sous la définition qu'il en donnait alors, inconciliable, — en apparence du moins, — avec la pluralité des modes dialoniques. Je réclamai pour ceux-ci le droit à la vie à côté de la gamme à 24 demi-tons. Debussy, qui devait le leur octroyer plus tard, était peu disposé alors à goûter les mélodies bourguignonnes que je lui « objectai ». Il n'y prit garde. J'eus, une seule fois, plus de vingt ans après, l’occasion de lui rappeler un dédain dont il s’élait amplement départi. Il sourit et, sans rien dire, me tendit une brochure qu'il avait dans ja poche : des mélodies populaires espagnoles, regueillies par Pedrell. D'un geste muet il m'exprima l'admiration qu’elles lui inspiraient, Il avait d'’ailleurs, dans Pellées même, comme on le verra,

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