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Long développement où les triolets des temps, par leur insistance, prennent une fois de plus le rôle que la musique dramatique, dans les œuvres les plus variées, leur confie, aux instants troublés. Terribles sont ceux des bassons
et des HER (mais ils demeurent invisibles sur la partition piano et chant) sous ces mots de Golaud : « Vous allez me suivre à genoux! À genoux devant moil » Et Golaud, éclatant, chante avec une cruelle ironie : « Ah! Ah! vos longs cheveux servent enfin à quelque chose! » (Ex. 25).
Après ce ricanement, les trombones, tenus presque toujours en sommeil jusqu'ici, lancent deux accords brefs, qui soulignent les gestes de violence par lesquels s’assouvit la fureur de Golaud :
& “ + Golaud Ed o VAE
à droite AS, puis a gau - che
et quand le mari, aveuglé de colère, crie par deux fois : « Absalon! » un tutti orchestral, où tous les cuivres (trompettes, trombones, tuba) interviennent, encadre cette scène cruelle. Les cuivres encore (trombones, tuba et cors), mais “en teinte assombrie, en marqueront la conclusion, lorsque le vieil Arkel murmurera :
Si j'etais Dieu j'aurais pitié du cœnr des hommes
INTERLUDE. — On y reconnaît avec certitude que le thème de Golaud (ID) et celui de l’anneau
Maurice Emmanuez. — Pelléas. 13
de Golaud (VII) ne font qu'un : le premier n'étant que l’amplification mélodique du second:
B-----mmmmmrensrsmmsm—
Cela est conforme à l'esprit littéraire de l’ouvrage, et on n'imaginerait guère un symbole plus simple : le mari ét l’anheau conjugal qu'il a offert à l’épouse s’identifient et sont indissociables. Ils prennent ici une couleur dure, exaspérée ; elle va s’atténuant lorsque la soudure se fait avec le tableau qui suit et qui nous ramène à la Fontaine dans le parc. — D'abord, un charmant hors-d’œuvre : Yniold lutte contre un rocher derrière lequel sa balle d’or s’est logée et qu'il voudrait écarter, pour la prendre. En vain. Yniold entend pleurer les moutons qu'il voit arriver innombrables, et dont la course apeurée se traduit encore en temps ternaires, longues batteries, liées, qui passent des bois aux cordes ou s’y associent, et qui se ralentissent à la chute du jour; introduction doublement symbolique : le rocher qui résiste, les troupeaux qui pleurent et puis se taiseñt parce que ce n’est pas le chemin de l’étable; contraste de rythmes, de teintes, de timbres, avec la scène qui, dans Je même décor, va se dérouler et conduira les amants à la mort...
Les thèmes de Pelléas (V), de Mélisande (II),
de Golaud (II), de l’Anneau (VII) ponctuent l'entretien suprême. Des motifs nouveaux surgissent à chaque page, qui sont comme des nuances sentimentales. La déclamation est aussi variée que les émotions, douces ou tumultueuses, des personnages. Elle va du quasi parlé de « Jean-Jacques » à l'élan dramatique le plus ample, sans disparates et sans secousses, partout réglée par le sens verbal.
Quelques accents, d’une beauté singulièré :
Pelléas, avant l’arrivée de Mélisande : « Il y a des choses que je ne me rappelle plus... On dirait, par moments, qu'il y a cent ans que je ne l’ai plus vue ». |
© Pelleas
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La simplicité des grands aveux est caractéristique :
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Ces mots s’échangent sans l’appoint de l’orchestre : ils tombent dans le silence de la nuit. Mais ils évoquent un tel bonheur que le discours s’y assortit bientôt après, en un nouveau thème qui peut être dit de l’Amour déclaré (X): -
Pelléas
Le même motif (IX) accompagnera plus loin l'enthousiasme de Pelléas :
@ Pelleas
Le thème de la mort (X) s'annonce, au moment où les portes du château se ferment et interdisent aux amants le retour :
@ Cors V Iles 8
f FERRER à FRERE
et il fera peser sa menace sur les derniers instants de leur bonheur.
Quand Pelléas et Mélisande devinent que l’irrévocable a sonné, la terreur autant que l’amour les jette aux bras l’un de l’autre : là se fait un court silence, suivi d’un accord profond, lointain auquel participent les trombones (pp.) :
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Cependant Pelléas ne peut réprimer un élan de ce bonheur que les instants lui disputent, et il chante :
et c’est, pourrait-on dire, le thème de l’Amour éperdu; car, bien qu'interrompu par celui de la Mort, à l’arrivée de Golaud,
Contrebasses
il va servir à embraser toute la fin de la scène, La présence de Golaud, qui, derrière un arbre, épie ses victimes, est signalée par son motif, qui prend ici une allure implacable :
{à Pelléas, fl nous ob. serve.
La Mort s'approche et « toutes les étoiles tombent » sur les amants; le thème de Mélisande culmine au sommet de l'orchestre :
Et c’est une dernière explosion du thème IX j qui décide Golaud à consommer le meurtre :
€) Mélisande
Les cors disent l'instant fatal. Une grande clameur orchestrale s’élève à la fin du tableau, sur le thème de la Mort.
La tardive intervention des cuivres dans l’ouvrage, par une de ces volontaires restrictions dont Mozart, dans don Juan, a donné le modèle, produit ici l’effet souhaité. Des forces conte-. nues sont plus capables d'expression que des forces déchaïnées; et Claude Debussy, en tamisant son orchestre, durant de longues scènes où d’ailleurs la modération instrumentale s’impose à un artiste délicat, se réserve le droit et le pouvoir de nous secouer, au bon moment, par un grand bruit.