ACTE I
La PORTE DU CHATEAU. — Des servantes, de noir habiilées, viennent « laver le seuil, la porte et le perron ». « Oui, oui, dit le portier ; versez l’eau ; versez toute l’eau du déluge ; vous n’en viendrez jamais à bout ! »
Uxx Forêt. — Mélisande pleure au bord d’une fontaine, dans laquelle elle a laissé tomber sa couronne. Golaud, qui s'est égaré à la chasse et que ses chiens ne retrouvent plus, entend des sanglots.
I1 s'approche. « Pourquoi pleurez-vous ? » — « Je ne puis pas le dire. » — «D'où êtes-vous ? Où êtes-vous née ? » — «Oh ! Oh ! loin d'ici, loin, loïn... » —- « Venez avec moi... » — «Je reste ici... » — « Vous aurez peur, toute seule, toute la nuit... Ce n'est pas possible... Venez, donnez-moi la main... » — « Oh! ne me touchez pas. » —
«Ne criez pas... Je ne vous touckcrai plus. Mais venez avec moi. La nuit sera très moire et très froide...» — « Où allez-vous ? » — « Je ne sais pas. Je suis perdu aussi... »
UXE SALLE DANS LE CHATEAU. — Golaua à épousé l’inconnue, sans rien savoir d'elle. Par une lcitre, dont Geneviève donne lecture à Arkel, il prié son frère Pelléas de préparer son retour«et d'obtenir du roi, « le vénérable aïeul' » qu'il accueille avec bonté Mélisande ; qu'il l’accueille comme sa propre fille... « Qu'en dites-vous ? » demande Geneviève. Arkel répond : « Je n’en dis rien. Golaud a fait ce qu'il devait probablement faire. Je suis très vieux et cependant je n'ai pas encore vu clair, un instant, en moi-même ; comment voulez-vous que je juge ce que d'autres ont fait? Je ne suis pas loin du tombeau et je ne parviens pas à me juger moi-même... Il a passé l’âge mûr et il épouse, comme un enfant, une petite fille qu'il trouve près d’une source... J'avais cru le rendre heureux en l’envoyant demander la main de la princesse Ursule... Il ne l’a pas voulu. Qu'il en soit comme il l’a voulu... »
Survient Pelléas, les yeux pleins de larmes : son ami Marcellus va mourir et l'appelle ; le jeune prince veut partir. Son aïeul le retient: Pelléas doit attendre le retour de son frère.
DEVANT LE CHATEAU. — Geneviève, Mélisande et Pelléas regardent la mer, assombrie par un ciel : menaçant. Un grand navire s'éloigne. « C’est le navire qui m'a amenée ici, dit Mélisande... Je le reconnaît à ses voiles. Pourquoi s’en va-t-il ? Il fera peut-être naufrage P »