INDUSTRIES DE GUERRE
la pharmacie découvrit qu'elle détenait nombre de spécialités qui semblaient avoir été imag-inées pour assurer la santé de qui couche à la belle étoile. Il n'est pas jusqu'à un stvlographe bien connu qui ne semble avoir été inventé qu'en vue de la correspondance militaire. Et sous toutes ces formes apparaît notre ing-éniosité.
IIO PENDANT L ORAGE
L'HÉROIOUE BELGIQUE
22 décembre igi4-
Parmi les publications illustrées à la gloire de la Belsi'ique, le grand album intitulé r Héroïque Belgique est assurément le plus saisissant par son texte, dû aux meilleurs écrivains, par les nombreuses images dont il est semé. On y voit ce qu'ils ont fait de cette belle province européenne, que tant de personnes connaissaient , que toutes aimaient et admiraient dans son art, dans son histoire, dans la légende. La conduite des Allemands en Belgique les a déshonorés devant l'opinion du monde, elle a montré aussi la bêtise
L HEROÏQUE BELGIOGE I I I
orgueilleuse et cruelle de ce peuple soudain déchaîné. C'est à pleurer d'abord, c'est aussi à n'y rien comprendre. Ils ont la prétention d'annexer la Belgique et ils commencent par la terroriser, par l'incendier, par la détruire, par massacrer les habitants, par les affamer, par les ruiner! Au point de vue de la piraterie, c'est stupide. Le pirate qui a mis la main sur une riche cargaison ne la jette pas au fond de la mer; ce serait de la déraison. Mais on n'analyse pas un tel forfait et surtout on ne le compare à rien. J'aurais voulu, dans V Héroïque Belgique, quelques récits de témoins nous montrant les tueurs fusillant les populations, comme à Dinant, par exemple, mais ces choses n'ont paru que peu à peu dans les journaux, et à cette heure on ne sait pas encore tout. L'intérêt de cet ouvrage est surtout de nous faire regarder du côté des Belges, du côté des héros, car la
Belgique, devant les crocs du monstre, fut héroïque, c'est incontestable, et, si elle a provisoirement tout perdu, elle a g'ag-né du moins une épithète, que l'histoire ne lui contestera jamais.
LA w MÈRE-HENRY )> Il3
LA .^ MÈRE-HENRY o
26 décembre /gi4-
Enfin, nous savons à peu près ce que c'est que le signal de la Mère-Henry dont nous parlèrent plusieurs fois les communiqués. C'est un g-roupe de rochers isolés situé au nord de Senones, lequel est luimême au nord de Saint-Dié. Un journal en a donné la photographie. Il m'a semblé que l'on distingue sur la plate-forme du rocher principal une cabane ou une chaumière. On accède là par des passerelles fortement inclinées. Cela doit être une des curiosités du pays. Que de coins et de points pittoresques auront été ravagés au cours de cette guerre, et je ne parle ni des villes, ni des villages, ni de ces jolies habi-
Il4 PENDANT l'orage
tationsqui surg-issaientde partout dans cette France envahie si riche, et où la nature était si doucement domptée, si plaisamment asservie par un peuple intelligent, respectueux de la beauté naturelle, mais toujours disposé à la faire tourner à ses plaisirs ou à ses besoins ! Qu'est devenue la passerelle de la Mère-Henry, qu'est devenue la chaumière que je crois apercevoir sur la plateforme ? Le rocher lui-même est-il intact ? Il n'y a pas que les maisons qui constituent un pays civilisé, il y a la manière dont les habitants ont assuré la survie des éléments pittoresques fournis par la nature. Il y en a beaucoup dans ces rég^ions de l'Est et de l'Aisne. Quel aura été leur sort? Certes, une cathédrale de Reims, un hôtel de ville d'Arras sont des pertes irréparables pour la civilisation, mais le sig-nal de la Mère- Henry, s'il est détruit, ne sera-t-il pas déploré, lui aussi ?
l'irrédentisme ii5