‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 40 sur 73 · POÈMES DE FRANCE · texte numérisé non relu

POÈMES DE FRANCE

20 janvier igio

Les revues littéraires oat à peu près toutes cessé de paraître et celles qui ont persévéré s'ouvrent plus volontiers à des considérations politiques ou économiques qu'à la poésie. Cela faisait mal l'affaire de M. Paul Fort, dont la fécondité toujours en éveil avait besoin de se répandre. Alors ils a fondé les « Poèmes de France »,un petit bulletin qui, depuis deux mois passés, nous apporte tous les quinze jours quelques o ballades » douloureusement émues ou ironiques. Il faut entendre « ballades » au sens particulier qu'adonné Paul Fort à ce poème.

POÈMES DE FRANCE l43

Son premier recueil s'appelait fl y a là des cris. Les ballades qu'il a données depuis sans se lasser jamais furent toujours des cris : cris d'amour, cris de joie, cris qui sont des étonnements, cris qui sont des sang-lots, cris qui sont toujours de la poésie. Un autre eût appelé cela des chants ou des odes, mais il a si bien fait que l'on s'est habitué au mot (( ballade » et qu'il semble que rien ne convienne mieux à ces poésies jaillissantes où l'émotion est encore familière, même quand elle est héroïque. Les voilà, ces poèmes de la g-uerre dont on attendait le clairon et le sang"lot, le cri et le sifflement : u Halte! et dans la splendeur de l'automne empourprée,

— Joffre a laissé traduire au clairon son beau cri, — Qui vole matinal de Verdun à Paris,

— Sur le coteau, sous bois, au fleuve et par les prés ! » Ainsi commence la « ballade » de la Victoire de la Marne. Comment ne se trouve-t-il pas un riche amateur qui fasse

l44 PENDANT l'orage

envoyer aux armées cent mille exemplaires de ce Poème de France ? Cela leur serait un beau réconfort et, lu en face des « Autres», quel effet sur les cœurs !

Page 1