‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 56 sur 73 · LES OTAGES · texte numérisé non relu

LES OTAGES

/4 mars igi5.

Qu'une armée envahissante fasse des otages civils, cela se comprend à la rigueur, mais quel besoin est-il de les maltraiter, de choisir des vieillards infirmes et de les faire marcher à coups de crosse au pas accéléré d'un cheval, de choisir des femmes et de les entasser dans des chariots ou des wagons sans leur donner à manger, de tirer de temps en temps dans le tas un coup de revolver, de faire souffrir enfin ces innocents par tous les moyens dont peut disposer un soldat brutal ? Ce sont des crimes et non des crimes imposés par la guerre

aveugle, mais des crimes d'élection, des crimes perpétrés avec autant de sang"- froid que de stupidité. Un de leurs raffinements semble avoir été de séparer les mères de leurs enfants et d'ajouter ainsi à la torture physique un supplice moral presque insupportable. Mais peut-on vraiment considérer comme des otag'es ces g'ens emmenés en Allemagne sans autre but que de les faire souffrir, puisque souvent on les arrachait d'un villag^e que les troupes allemandes évacuaient après une brève occupation ?

Non, décidément, on ne comprend pas le but de ces mesures odieuses. C'est le mal pour le mal. Ainsi jadis le Peau-Rouge attachait ses prisonniers au poteau et s'amusait à les torturer. Peut-être pourrait-on y voir un but secret, celui de créer entre les deux pays une inimitié éternelle ? S'il en est ainsi, reconnaissons qu'ils ont réussi, cardes procédés si lâches ne peuvent jamais

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