‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 68 sur 73 · LE TEMPS OUI PASSE · texte numérisé non relu

LE TEMPS OUI PASSE

.ue des minutes. Il n'y arrive pas dans les premières années de sa vie et d'ailleurs se soucie peu d'y arriver. Il sent que les unes s'éternisent et il croit que les autres fuient : bientôt viendra l'âge où toutes seront perçues pareilles, comme elles le sont en réalité. C'est l'époque de la résignation, l'époque où on ne connaît plus l'impatience que pour savoir que l'impatience est inutile et que tout arrive dans le délai voulu, et que tout se ressemble. Alors, il vient une autre illusion, c'est qu'en ne remuant pas, c'est qu'en ne s'agitant pas on communiquera peut-être aux heures quelque chose de son calme et la contag-ion de son immobilité. Mais rien de plus vain : les heures passent imperturbables, d'un pas ég-al et également ironique. (Ju'elles soient bonnes ou mauvaises, cela ne change rien à leur essence, qui est de durer une heure et rien de plus. Oui, il nous semble que l'ennui ou les sou-

cis allongent les journées et que le plaisir les abrège. Si c'était vrai, les peines vaudraient donc mieux que la joie? Mais ce n'est pas vrai. Les heures sont faites d'un métal inaltérable et elles tombent toutes d'un même poids, jusqu'à la dernière.

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