LES DEUX PEUPLES
/er septembre igi5 .
Dans un livre remarquable pour la largeur des vues historiques, Histoire de deux peuples, ^L Jacques Bainville nous met en carde contre certaines illusions de l'heure et qui seront plus grandes encore, quand notre présente tache sera accomplie. Ces illusions consistent à croire qu'après la guerre affreuse que nous subissons l'histoire sera finie et que nous pourrons enfin dormir en paix, vider nos petites querelles sans nous] soucierdes mouvements extérieurs des autres peuples. Un diplomate accrédité en Angleterre, Charles Gavard, résumait
ainsi la situation de l'an 187 1 : « Le peuple ang^lais comprend que cVst la guerre perpétuelle qui commence. » Par guerre perpétuelle, il ne faut pas entendre la guerre sansrémittences, sans repos, mais la perpétuité d'un certain état d'esprit dont nous avons vu les effets pendant plus de quarante ans, avant qu'il ne fasse l'explosion que l'on sait. Nous pouvons certes nous attendre, après la crise aiguë d'aujourd'hui, à une rémittence analogue à celle qui l'a précédée, peut-être même plus longue ; mais, si nous nous endormons encore, sachons Lien qu'il y aura toujours un coin de l'Europe où on veillera. Mettons-nous une fois pour toutes ce principe dans la tête : l'histoire n'est jamais finie. Ces réflexions rejoignent celles que je faisais l'autre jour à propos des vues de M. Eugenio Rignano. Nous ne sommes pas à un point capital de l'évolution. Nous en sommes à un point