‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 9 sur 73 · LA GUERRE ET L'ART · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET L'ART

4 novembre igi4^

Voici la première manifestation artistique collective au sujet de la g-uerre : (( La grande guerre, par les artistes », album périodique de huit planches sous une couverture. Il faut féliciter de cette initiative les maisons Berger-Levrault et George Grès, qui essaient de rendre ainsi à la librairie un peu de son activité. J'ai lieu de croire qu'une tentative analosrue se prépare dans une direction toute littéraire et philosophique. L'intérêt en ce moment-ci est moins de faire des choses absolument réussies que de faire quelque chose, de prouver au public et à soi-même qu'on est, dans des genres divergents, toujours capable d'effort et de

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bonne volonté. Il y a d'ailleurs beaucoup plus que de la bonne volonté dans la première livraison de cet album, qui séduira non pas seulement le passant et le curieux, mais aussi l'amateur. Il n'est pas mort, l'amateur. Il collectionne toujours, et cela est bon sig-ne. Mais qu'il sache que l'on a particulièrement pensé à lui et qu'on lui a fait des tirages de luxe, comme d'habitude. Il 'faut reprendre ses habitudes dans toutes les circonstances où cela est possible. Hier, par ce beau dimanche, il y avait sans doute beaucoup de monde dans les cimetières, il y en avait aussi beaucoup sur les quais de la rive gauche. On bouquinait, comme d'habitude. Les solitaires, les isolés, par goût ou par nécessité, sont très nombreux à Paris. Que feraient-ils des longues soirées s'ils n'avaient pas la lecture V Joignez à cela quelques images et les tristes heures passent moins lourdes.

LE GOUMIER VAINQUEUR

8 novembre igi4-

C'est une image donnée par un journal. A travers les rues de Furnes aux maisons découpées comme pouryétager des pots de fleurs, des cavaliers algériens conduisent un convoi de prisonniers allemands qu'ils ont probablement capturés eux-mêmes, et c'est vraiment une bien jolie réponse à la manière méprisante dont l'empereur allemand parla de ces braves g'ens. Mais peut-être commence -t-il à revenir sur leur compte et à trouver qu'il n'est point nécessaire, pour faire un bon soldat, de se nourrir habituellement de choucroute, de

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bière et de musique allemande. Seul, peutêtre, M. Romain Rolland est humilié, dans son patriotisme international, de voir la civilisation allemande mise à mal par des gaillards un peu colorés de ton, plus colorés, en vérité, que son style plâtreux. Mais comment va-t-il concilier son respect de la culture g"ermanique avec l'alliance des Germains et des Turcs ? Est-ce que nous allons toir Jean-Çhristophe renier sa patrie d'adoption qui s'est souillée avec le Bachi-Bouzouck ? Il le devrait pour être log-ique avec ses dernières idées sur l'échelle de la dignité humaine. Au reste, cela m'est parfaitement égal, ne m'étant jamais beaucoup intéressé à la logique des musicographes. Au l'ait, je ne mésestime nullement M. Romain Rolland, dont le nom ne m'est venu à l'idée qu'à propos d'un petit tableau militaire fort suggestif. Si môme il écrivait plus proprement, je lui ferais une place parmi les

écrivains recommandables. Mais qu'il médite sur le goumier menant en laisse un vaincu g-ermain, qui sait ? peut-être Jean- Christophe lui-même.

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