L'AUXILIAIRE
3o octobre igi4-
C'était, avant la g-uerre, une position militaire sans éclat, mais de tout repos. L'auxiliaire, quel que fût son âge, était celui dont on n"a pas besoin. On le laissait donc vaquer paisiblement à ses affaires et, pourvu qu'il se présentât à certaines revues annuelles et même plus espacées, on se tenait pour satisfait. Cependant rheure est venue où on a eu besoin de tout le monde et l'auxiliaire a été utilisé à toutes sortes de besog-nes, fort peu en rapport, la plupart du temps, avec ses occupations civiles. J'en connaissais un qui était professeur dans un lycée de province, myope, peut-être,
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mais robuste et de belle apparence. Mobilisé dès le premier jour, on le désigna pour l'emploi de fossoyeur et, depuis, mélancolique et sans gloire, à la suite des armées françaises, il creuse des tombes. J'allais dire que c'est une destinée shakespearienne, parce que je pensais à la scène d'Hamlet et du fossoyeur... C'est plutôt du Scarron ou du Lucien. C'est bien du Lucien, que la Ipesog-ne qui est échue à un autre soldat auxiliaire, connu dans les lettres. 11 fut soudainement mué en brûleur de café. Il fit ce que l'on voit faire dans les petites rues de Paris aux g-arçons épiciers : il tourne la manivelle parmi une odorante fumée.
Gela dut lui paraître bien drôle les premiers jours. Je suis sûr qu'il pensait à Philippe de Macédoine devenu savetier aux enfers. Puis il languit à ce métier improvisé, devint malade, faillit mourir. Pauvre auxiliaire ! \Sn fusil, peut-être, lui eût mieux convenu.
44 PÏNDANT l'orage