‹ Pendant la guerreChapitre 2 sur 2 · GO · texte numérisé non relu

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l'on vient de parcourir. C'est une des plus singulières prétentions de la philosophie moderne de nier l'existence autonome de cette fonction spéculative :

prétention qui s'appuie surtout sur les résultats de la psychologie qui trouve des résidus d'action dans toute pensée ; mais ces résidus ne sont peut-être que des impuretés dont on n'est pas arrivé et dont on n'arrivera pas à la nettoyer complètement ; on les prend k tort pour l'élément constitutif. Il y a cependant dans la pensée spéculative un élément tout à fait original et distinctif ; à savoir un certain rythme qui lui est particulier ; l'activité spéculative est une activité qui vient et revient sur elle-même, qui a le temps, tout le temps devant elle, qui n'est pressée par aucune autre nécessité que sa propre nécessité interne, sa spontanéité.

Croire î

LES catastrophes sociales amènent à l'idée qu'il y a une part de la destinée humaine qui est toute renfermée dans l'individu, non sociale. L'idée du salut individuel n'est qu'une image concrète de l'attitude d'abstraction qui existe chez le penseur.

Le sentiment refoulé; deux caractères : lo une sorte de souffrance paisible et bonne, la joie de l'épreuve ; le plaisir de la résistance, de la lutte victorieuse

avec soi-même qui amené au jour un moi plus profond ; mais c'est là seulement le plaisir du stoïcien ; il y a S» une sorte de tension, d'attente, de mise en réserve de la sensibilité ; cette espèce de recueillement de la sensibilité, qui est tout autre chose que le calme de l'apathique.

Le sentiment, rétracté en lui-même, devient quelque chose de plus idéal : il semble qu'il fait partie d'un inonde autre que le monde réel. Cet état, chez certains, doit presque confiner à la folie. Il y a un fait, très remarquable, que l'on a constaté dans cette guerre, fait indéniable ; c'est la recrudescence du sentiment religieux ; selon moi, c'est une simple absurdité, une grosse erreur psychologique d'attribuer cette recrudescence simplement à la peur de la mort prochaine; je l'ai vu chez les plus

braves, et je ne l'ai nullement constaté chez les lâches.

Il doit y avoir autre chose ; selon moi, l'explication en est celle-ci : la destinée future dont la religion affirme l'existence est une espèce de dérivatif à toute la sensibilité refoulée; c'est une sorte de satisfaction idéale, alors qu'il ne peut plus y avoir satisfaction réelle, une affirmation de l'accord qui existe, dans la réalité la plus profonde et la plus permanente, entre les besoins de notre sensibilité et la réalité. De cette façon est supprimé ce qu'il y a de trop violent dans l'état de contrainte où nous placent les exigences de l'action.

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