CONCLUSION
Pouvais-je, au début et à la lin de ce livre, emprunter une autre voit que celle de la Poésie, dont le culte fervent a rempli l'existence de celui qui disait : « Les plus belles pensées de l'esprit humain sont en vei-
-t-ce pas la Muse qui. assise au berceau de l'enfant, exaltant sa jeunesse, soutenant sa virilité, l'assistant jusqu'à lécbafaud, a été l'inspiratrice constante de son génie?
Et si la postérité, ratifiant le jugement de ses contemporains, continue à l'appeler le poète [toucher, c'est que la réunion de ces deux mots peut seule faire comprendre l'unité morale du personnage.
Cependant, il ne faudrait pas oublier qu'aux jours de la tourmente, le poète, plus sage qu'Archiruède, interrompit son rêve et suspendit sa lyre, en attendant des jours meilleurs. Avec son amour du bien public, Roucher ne pouvait tenir à l'écart des affaires de la cité. Il devint le polémiste que l'on sait et si, en dépit des haines de La
I Harpe ou des jalousies de quelques-uns de ses contemporains, il est resté un écrivain estimable et connu, s'il occupe
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une place très honorable dans l'histoire des lettres françaises, il faut aussi se souvenir de son courage, de ses luttes contre les préjugés et contre la tyrannie, de sa captivité et de sa mort.
Roucher se présente à la postérité avec la double auréole de la Poésie et du Martyre.
A MA FILLK
De-, prisons île Sainte-Pélagie, le 1" novem<<
0 vous ! en qui la nature déploie Le jeu brillant des plus riches couleur* : Dans les ennuis où mon àtne est en proie, D secours quelle main vous envoie.
- charmants, fraîches et tendres fleurs !
Tant que Zéphir de m féconde haleine
A varié les grâces du printemps.
Tant que l'épi s'est joué sur la plaine,
Et que des fruits dont sa corbeille est pleine,
Pomone encore a mûri les présents :
Libre d'errer dans l'empire de Flore.
D'en observer el les moeurs et les lois. Vota m'avez vu, quand l'aube allait éclore. Jusqu'à l'instant où tout se décolore.
Linnée en maiu vous poursuivre à mon choix.
:harme pur! Quelles pures délices
- répandiez sur mes rapides jours !
Jetais heureux d'admirer vos caprices.
Et la corolle unie à vos calices.
Lit nuptial dUMé pour vos amours.
J'étais heureux dans les bois solitaires, Au bord des eaux, sur la croupe des monts J'étudiais vos traits, vos caractères, De vos vertus je sondais les mystères Et pénétrais l'énigme de vos noms.
Que sais-je encore? A l'aspect des prodiges
Dont vous frappez les regards studieux,
L'âme livrée à d'innocents prestiges,
Je projetais, amoureux de vos tiges,
De vous chanter dans la langue des dieux.
Mais qui dira l'intime jouissance D'un cœur ouvert au plus doux des plaisirs, Quand cette entant qui me doit la naissance, Ma fille, encor dans l'âge d'innocence, Par ses progrès devançait mes désirs ?
Elle était là, m'accompagnant sans cesse, Cherchant, comptaut vos pistils maternels, Les séparant, par une heureuse adresse, De l'étamine où mûrit la richesse, L'amas doré des germes paternels.
Elle était là, poursuivant la science,
De ses regards plus perçants que les miens,
Puis racontant, mais avec défiance,
Ce qu'avait vu sa jeune expérience,
Elle en semait nos doctes entretiens.
Ivre d'orgueil ensemble et de tendresse, Comme j'aimais à la suivre des yeux !
Dans mon délire, excusable faiblesse, Je croyais voir, un jour, dans ma vieillesse, De mon bonheur plus d'un père envieux.
Ah ! désormais sortez de ma mémoire, Tableaux riants dont je ne jouis plus ! Tableaux cruels, vous m'invitiez à croire Que mes plaisirs feraient un jour ma gloire: Gloire, plaisirs, tous mes vœux sont déçus !
Voilà qu'aux jours d'une innocente vie.
Un sort barbare a succédé pour moi.
Dans un donjon, l'injustice me lie.
APPENDICE. 'Ml
Et l'avenir, sur moo âme flétrie.
Pèse chargé d'un immobile effroi.
Quand du soleil la brillante lumière Me luit, obscure, à travers des barreaux, Je vois pleurer la vertu prisonnière ; - us des verrous, j'entends la nuit entière Des malheureux s'irriter de leurs maux.
Adieu, jardins dont j'espérais encore Cueillir les dons ; charmants jardins, adieu ! L'automne, en vain, de nouveau vous décore : Loin des beautés que ses pas font éclore, Il faut gémir dans cet horrible lieu.
i. je renais à la vie, à l'élu L'aimable aspect des branchages fleuri* Vient éclaircir ma noire solitude; Mi fille a su, dans sa sollicitude.
M environner d»> ces rameaux chéris.
naïve, ingénieuse.
A trouvé l'art de corriger mon sort.
beaux asters, à tête radieuse.
Et cette inule. à taille ambitieuse, Vont, sous me3 doigts, triompher de la mort.
un ! quand ces fleurs orneront le parterre Que la science ouvre aux plants desséchés. Oh ! puisse alors ma fille solitaire Sur ces rameaux bienfaiteurs de son père Tenir parfois ses regards attachés !
Puis, les baignant de ses pieuses larmes, Leur dire : « Vous qu'en ma jeune saison » J'osai cueiliir dans nos grands jours d'alarmes. » Je vous salue, ô fleurs, de qui les charmes Ont de mon père adouci la prison ».
Comme pour rendre hommage à l'amour de Roucher pour la botanique, un professeur à la Faculté de Montpellier a donné, en 1860, le nom de Roucheria à un nouveau genre de plantes découvert à Cayenne.
L'IMMORTALITÉ DP: L'HOMME