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devait être célébré. Vaines recherches ; il interroge un de ses amis, il lit et relit le poème et sur maintenant qu'il n'est pas nommé, il jette le livre avec dépit, en déclarant bien fort qu'il ne comprend rien à ce silence.
Roucher a connu cette anecdote; il ne l'a pas racontée; une lettre, retrouvée dans les papiers du poète, avait jusqu'aujourd'hui conservé ce secret*.
On était arrivé à faire tomber Touvrage. L'esprit voulut s'en mêler. Bussy, ayant reçu un exemplaire, remercia Roucher par ce quatrain :
De vos vers, triste destinée!
Les reprenant cent et cent fois.
Enfin, j'ai lu vos douze Mois Et je suis vieilli d'une année.
Il n'avait pas eu l'esprit d'attendre quelques mois et son accusé de réception était maladroitement daté du 28 mars 1780, c'est-à-dire d'un mois à peine après l'apparition.
On mettait autant d'acharnement dans l'attaque qu'on avait montré d'enthousiasme au moment des lectures. Quelques bons esprits, cependant, refusant d'entier dans la cabale, consolèrent Roucher du dénigrement de ses contemporains.
Dans les premiers jours, le poète, encore bien que rempli d'illusions, se déclare prêt à supporter courageusement tous les assauts. Le 6 mars 1780, il ésritau marquis de Tourny :
Vous parlez de la postérité à un enfant (jui vient de naître et que des serpents veulent ctoulTer. Si j'étais Hercule, ce serait
1. Luin (le s'en venger, d.ins nne lollre des Consolulions (t. FI, p. 188) où il raconte une petitesse de Buffon vis-à-vis de Linné, Roucher dit avec indiilirenre : « Qui sait si la jalousie n'a pas joué ici son petit rôle. Mais, chut! sur cette faiblesse du cicur humain, »
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moi qui les étoiilTciais; mais je ne le suis pas et l'issue de cette lutte est t>DCoie bien incertaine. Vaioqueur, je n'en serais pas plus fier; vaincu, je n'en serais pas plus malheureux.
Les jouissances de la composition l'ont déjà largement payé de son travail; cependant, il est sensible aux louanges du marquis :
Vous avez couru avec trop de distinction une autre carrière où Tdu pdursuit également la gloire pour penser qu'on s'y refuse, lorsqu'elle arrive. Ainsi, j'avouerai sans honte que je suis flatté que vous m'ayez jugé poète.
Mais Roacher est encore bien plus heureux du jugement qu'on porte sur son cœur ; c'est par là qu'il ambitionne d'être appr'cié, et qu'il « pense valoir quelque chose».
Parlant de l'essor qu'il a voulu donner à la poésie française, des A oies nouvelles qu'il a essayé de lui tracer et des critiques que cela lui attire, il en arrive à faire des auteurs classiques et de ceux du grand siècle un classement bizarre :
Homère serait le lion, Miltun l'éléphant, Boileau le Liœul, Corneille l'aigle, Racine et Virgile le cygne et, finissant par Molière à qui je donnerais presque toutes les qualités des autres, j'y ajouterais une forte dose de la finesse du renard.
Dans le post-scriptum, il donne ces détails sur l'une des gravures :
Madame de Tourny et vous, monsieur, vous mettez trop de prix à la gravure de votre rosière. Le dessin n'est pas ce que je voulais qu'il fût, encore moins ce qu'il devait être. Je le souhaitais de la main de M. Greuze; lui seul était fait pour traiter ce sujet, il m'avait promis de s'en cliarger. Mais ses
M l'EiNbAiVT LA TEilUEUR.
occupations l'oat empêclié de remplir sa parole. Alors je me suis vu contraint de m'adresser à qui j'ai pu'.
Tout concourait encore à entretenir Rouclier dans ses illusions. Sylvain Maréchal, dans le Journal de Paris, adressait des vers à la gloire du poète des Mois *, tandis que Girard et Pujos lui demandaient rautorisation de faire graver son portrait pour enrichir la Collection des hommes célèbres du siècle.
Roucher répond qu'il ne mérite pas cet honneur, lui que les critiques commencent à déchirer; cependant, ajoute-t-il, comme pour se consoler et se donner un témoignage à luimême :
Il serait bien extraordinaire qu'un ouvrage qui m'a coûté douze années d'un travail obstiné fût aussi barbare, aussi mauvais que l'ont voulu faire croire certains hommes de lettres qui, peut-être, ne le croyaient pas eux-mêmes-^
Monttbrt devenait un lieu de pèlerinage : Lacépède, Cabanis, Marmontel s'y trouvaient souvent réunis.
Roucher aimait ces visites; il appelait les poètes dans sa studieuse retraite. C'est là seulement, écrivait-il, à M. de Lœuillard, l'auteur d'un poème Sur les Maux de la servitude domaniale, « c'est à la campagne qu'on fait les meilleurs vers ».
A ce moment aussi, Roucher est choisi comme un arbitre
1. Ces lignes ne doivent pas faire croire, cepemtant, (lue dans ce poème des Mois, si luxueuscmcnl édile, les !,'nivares aient clé négligées : elles sont au nombre de cinq et sont signées des norus célèbres de Moreau, de Mariilier et de Cochin.