‹ Pendant le terreurChapitre 18 sur 84 · Nnméro du 26 mars · texte numérisé non relu

Nnméro du 26 mars

3. 11 fut donné suite au projet de Girard ol l'ujos et le portrait de lioucher figure dans leur collection.

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du goût el de l'équité. Il encourage les jeunes écrivains avec l'autorité d'une réputation qui n'est pas encore atteinte. Dans une querelle entre Bartlie de Montfort et Fontanes, tout jeune alors, Rouchcr porte sur celui-ci ce jugement que Napoléon devait ratifier à Sainte-Hélène :

J'estime iDliniiiiotit, vous le savez très bien, ses grands et très grands talents. Je voudrais pouvoir rendre la même justice à son caractère qui me semble bien jeune encore.

Et ce conseil :

Si vous avez le malheur de voir clairement votre confiance et votre amitié trahies, n'éclatez point, ne faites aucun bruit, séparez-vous tout doucement de qui vous aura trompé.

Roucher, d'ailleurs, continue à être bien accueilli dans la haute société ; il correspond avec Turgot qui allait mourir bientôt et qu'il pleurera plus encore comme citoyen que comme ami.

11 console madame Necker, dont le mari vient de quitter le ministère : « Une grande bataille perdue, lui dit-il le 23 mai 1781, est moins mauvaise que la chute d'un bon ministre. » Ce n'est pas elle qui est à plaindre, ni son mari. C'est le peuple, c'est le roi, qui veut le bien et que l'on trompe toujours, qui seront les véritables victimes.

Au mois de septembre 1781, Duval d'Eprémesnil remerciait Rjucher de l'envoi de ses lacunes et il prolitait de cette occasion pour diriger contre Voltaire un réquisitoire des plus violents. Le poète lui répondait :

Je conviens avec vous, monsieur, que Voltaire a mérité 'es reproches que vous faites à sa mémoire et mon opinion sur lui est très connue d c ses enthousiastes forcenés. Je leur

ai dit un jour avec toute la franchise dont je suis capable que fêtais à genoux devant l'auteur, mais que je méprisais l'homme et que, si je trouvais son âme sous mes pas, je ne m'arrêterais pas pour la ramasser'^. Daignez lire, s'il vous plaît dans le IX" chant des Mois la remarque qui suit ce vers :

Poursuis donc Dupaty

Et vous verrez que, sans le nommer, je n'ai point trop ménagé Voltaire. Mais le juste ressentiment du mal qu'il a fait à son siècle ne doit pas nous fermer les yeux sur ce qu'il a fait de bien; avouons que nous lui sommes redevables de cet esprit général de bienfaisance, d'humanité et surtout de tolérance dont nous avions un si grand besoin pour nous sauver du fanatisme. Sur ce point même on peut l'accuser, je le sais, d'avoir passé les bornes; mais plaignons l'esprit humain qui, par sa malheureuse condition, est presque toujours en deçà ou au delà du bien. Remarquez encore, s'il vous plaît, que les qualités morales de Voltaire ne sont pour rien dans l'éloge que j'ai fait de cet homme célèbre et qu'on sentira davantage si l'on rap|)roche ma lacune du morctau qui la suit et que j'ai consacré à Rousseau. Je présente le premier à l'admiration des hommes, tandis que j'offre le second à leur amour. J'ai placé Vollaire parmi les chcfs-tïœuvre d'un Dieu; il l'était certainement par l'universalité de ses talents. Je me suis élevé contre le refus de sépulture qu'on a fait à ses restes; ce refus était illégal. Vous savez mieux que moi, monsieur, que nos lois n'autorisent ce refus que contre un homme déclaré schismatique ou apostat par le jugement exprès d'un tribunal ecclésiasiiciue revêtu de la sanction d'un tribunal civil. Ce jugement n'avait point élé ]u-onoiicé contre Voltaire vivant, on ne pouvait non plus le prononcer contre Vollaire

1. La même pensée, singulièrement audacieuse, est également venue à Victor Hugo qui, du reste, ne l'appliquait pas à Voltaire :

Et s'il trouvait cette ame au coin dos bornes, Il la diul.iiïrnorail!

LE POÈTE ROUCnER. 85

mort que par suite, d'une procédure et il n'y avait |)uint, de piocédure comuiencée. Ce refus était doue uue violation de nos lois; donc, (|iiiciin(iue veut vivre sous leur sauvegarde a dû s'aflliger de les voir ainsi méprisées. Je suis même persuadé que, saus VHistoire du Parlement, que vous avez raison de qualifier de libelle, ce tribunal eût été disposé à accueillir la plaiute que les parents du défunt voulaient porter contre le curé de Saint-Sidpice en refus de sépulture. Le parlement le devait, du moins, parce que le premier devoir des magistrats est de faire exécuter la loi, même en faveur de ceux dont ils ont à se plaindre. Je conçois la petite passion de la vengeance dans l'âme d'un particulier, mais je ne la conçois pas dans une assemblée aussi auguste que celle des premiers magistrcils d'un royaume. Vous voyez, monsieur, que je ne crains point de penser tout haut avec vous. Vous aimez tout ce (jui est honnête, bon et juste, parce qu'on aime tout ce qui nous ressemble. La voix publi(iue me l'avait dit et elle ne m'a pas trompé. Une de mes plus douces jouissances désormais sera de penser que je suis l'obligé d'un des hommes les plus éclairés et les plus vertueux de la magistrature. Oh! comme mon àme repose doucement entre vous et M. Dupaty. Ce sentiment m'élève et m'attendrit. Je ferai tout pour l'augmenter et pour l'accroître encore. J'en sais le moyen : c'est de tâcher de devenir meilleur tous les jours.

L'abbé de Bcsplas s'était chargé à la cour dos intérêts du poète. Voici les nouvelles qu'il lui en donne le 12 mars 1780. La lettre est datée ainsi :

Du séjour !... Dieux, quel séjour où Tamitié, la vérité, la justice n'ont pas ubi caput reclinent!

Vous êtes trop hardi, mou ami ; vous vous êtes fait par là beaucoup d'ennemis. J'ai pourtant dit à Monsieur (le futur Louis XVIIl) le mot de votre lettre : Flar/elhan non nppropinquabil tàiernaculo luo dont il a ri. Le roi vous a lu, au moins en partie, et les notes surtout l'ont intéressé... Job avait fait un

pacte avec ses yeux ; vous devriez en faire un avec votre plume.

Ce à quoi Rouclier répond par ces lignes d'un entrain tout méridional :

Eli! pourquoi voulez-vous que je retienne la vérité captive, vous prêtre d'un Dieu qui vous ordonne de la publier non pas à l'oreille, mais sur les toits ? Vous avez voulu plaisanter sans doute lorsque vous m'avez reproché de la hardiesse. Je sais que vous respectez les puissances, mais que vous respectez encore plus la vérité. Certes, la littérature ne serait plus qu'un vil métier si on ne la faisait servir au profit de la société. Pour tout autre, je craindrais de parler ainsi, parce que la franchise de ma haine pour tout ce qui opprime serait traitée d'esprit de révolte. On me regarderait comme un homme dangereux ; mais vous me connaissez : vous savez que mes intentions sont pures... Depuis qu'on écrit, qu'on imprime, le séjour que vous habitez n'est-il pas toujours « Dieux ! quel séjour ! » Je me félicite des ennemis (jue je me suis attirés. Une des neuf béatitudes est de souffrir pour la justice. Je laisse dire les critiques. Je vais peut-être plus loin qu'eux et voilà pourquoi je dors tranquille. Ils ont beau me jeter de la boue à la figure, viendra l'été qui la séchera ; alors, en me passant la main sur le visage, je me dirai : « Ils ne m'ont point fait de mal. » Est-ce que je n'ai pas attaché quelques plumes do plus aux ailes de notre poésie ? Ne l'ai-je pas un peu guérie de sa timidité ? N'ai-je pas corrigé la monotonie de sa chanson? Enfin, n'ai-je point forcé son indigence orgueilleuse à recevoir l'aumône? Que veulent donc dire ces alignements de mots que mille autres ont alignés avant eux? S'ils ont leur toise, j'ai la mienne. Pardon, en vérité, de cette explosion d'amour-propre. Mais vous concevez bien que si quehiu'un venait vous dire : « Vous êtes mort», votre premier mouvement serait de vous palper et que, tout votre corps répondant aussitôt à votre main, vous vous écrieriez : « Non, je suis en vie! »

LE PUÈÏE HOLCUEU. 87

Ghaptal écrit de Montpellier :

Lorsque je suis arrivé dans notre commune patrie, j';ii trouvé nue effervescence générale sur votre compte; vous avez contre vous des ennemis et des envieux ; mais les hommes éclairés et instruits se sont prononcés pour vous. M. Duché, ami de La Harpe, de Marmontel, de d'Alembert et C'« me disait de vous : « C'est un homme à tête toute poétique. Quelle dilTérence entre nos rimeurs compassés et sa large poésie ! >-

Et demandant à Roucher ce qu'il fait, il donne en retour quelques détails sur ses occupations :

Les femmes s'enthousiasment, suivent mon cours ; cela pourrait devenir à la mode. Qu'en sait-on ? Elles sont si inconstantes.

De son côté, Mercier lui dit :

Vous êtes un vrai poète ; la force, la grâce, la facilité, un jet libre et hardi, voilà ce qui caractérise vos vers. Laissons donc parler les schismatiqucs littéraires et ne soyons pas intolérants comme des théologiens. Le goût est comme la lumière. Il est susceptible de toutes les nuances.

Bailly ne peut non plus s'empêcher de protester contre la cabale ; sa lettre montre que le savant était doublé d'un littérateur :

Le reproche qu'on vous a fait d'imiter Ronsard me parait tout à fait ridicule. La plupart de ces enjambements si reprochés m'ont plu beaucoup :

Sur la roche sauvage où le chêne a vieilli J'irai lu'asseoir...

En revanche, quand il y a description ou récit tranquille, rcujambenieut me déplaît.

88 PENDANT LA TEKKEUR.

Je uaiiiic pas par exemple :

On dit qij'à ses regards rindulgente Immortelle Apparut, lui eourit...

Je n'aime point encore :

Pour couronner enfin les richesses qu'étale Des jardins renaissants la pompe végétale La tulipe s'élève...

Dans la nonjenclature des fleurs, Bailly préfère le cycla- Kjen, chanté poui- la première fois par le poète, à la frétilaire. Il termine en fai.'-ant des réseives :

Les mots anciens cjue vous avez fait revivre, les nouveaux que vous avez créés, les tours que vous avez hasardés, c'est de la hardiesse. Peut-être en cela vous étes-vous im peu pressé d'user du droit que votre talent peut vous donner un jour sur la langue.

Saint-Lambert et Roucher échangent des billets qui ne sortent pas de la banalité ordinaire des relations entre gens de lettres; avec Florian, les rapports sont naturellement plus affectueux, mais l'auteur des Mois ne fréquentait pas le même monde que le chantre d'Estelle, et les deux poètes ne se rencontraient que bien rarement.

La sympathie de Boucher était tout entière acquise à Chamfort qui la lui rendait. En apprenant que son ami vient d'être reçu à l'Acadéiuie, Roucher lui écrit :

C'est elle (pu- je lélicite. Pourquoi ne nomme-t-cllo pas toujours des Chamfort? Mais c'est (pi'il n'y en a pas.

L'auteur de la Jeune Indienne lui répondait :

I! faut que mon pliysi(|ue aille l,icn mieux, car je commcaci'

LE POKTE ROUCHER. 89

à être enchanté de toutes les sottises qu'on nie raconte et qu'on débite sur Mustapha. Je songeais déjà à me défendre d'un peu d'amour-propre lorsque votre billet trop obligeant m'est arrivé et m'a mis en danger d'une rechute...

Vos talents feront voir de plus en plus qno vous êtes bien meilleur à étoiilTor. J'ai du monde chez moi et je suis obligé de supprimer tout ce que je sens sur cela. Je vous embrasse, monsieur, de tout mon cœur, pour vous embrasser et non vous étouffer, en dépit des mauvais exemples que me donnent certaines gens.

Malgré tous ces témoignages, l'envie et la haine avaient fini par terrasser le poète. Bientôt Roucher se sentit en proie à cette crise que les anciens nommaient Tiediam vitse et que, de nos jours, Sainte-Beuve appelait la maladie de quarante ans. Heureux ceux qui peuvent y échapper et qu'un succès toujours grandissant a maintenus et conservés dans les illusions de la jeunesse!

Après un long silence, Houcher écrivait à Bailly pour s'excuser de sa paresse; une écritoire l'épouvantait, les livres l'endormaient. Mais il va mieux. « Je suis, dit-il, le convalescent qui visite ses amis. »

Et à San terre :

Jf \ais me remettre aux lettres. Il est vrai que je n'y apporterai puiut cet espoir de célébrité qui m'a leurré pendant près de douze années. En travaillant pour la gloire j'ai travaillé pour une ingrate. Plus sage dorénavant, je n'amai en vue que de cultiver ma raison.

Il vit isolé; il apprend à se passer des autres et à savoir se payer de ses propres mains.

Je vous jure que je suis très versé dans cette science et que, dans un besoin, j'en pourrais donner leçon... J'admire Deliiip

et je me place dans la catégorie de ceux à qui la gloire des autres ne fait pas de mal et qui sout assez justes pour louer même un injuste rival.

C'est en vain que Mercier cherche à le remonter : « L'ennui, écrit-il à Houcher, est la couleur noire; que celle-là seule soit proscrite ». Dans l'année 1784, la crise est encore hien forte. Un magistrat de Montauban, M. PoQcet-Delpech, lui avait soumis le plan d'un ouvrage, et Roucher lui répond :

Je me hasarderais bien à crayonner le tableau de l'homme, si je n'en avais d'autres de commeucés. Il me faudrait une longue vie, du courage et les illusions que j'ai perdues. Tai vu trop tôt la chimère de la célf'brité. Il me semble qu'elle ne vaut pas les frais qu'on fait pour elle. En province, on ignore ce qu'elle coûte; comment un caprice la donne et un caprice l'enlève.

Le travail, les douceurs de la vie de famille et quelques amitiés d'élite pourront seuls sauver le poète de cette épreuve cruelle.

Les lettres alTectueuses de Cabanis parviennent à peine à le distraire un moment. Le 13 novembre 1780, son jeune ami lui écrivait :

Je suis toujours malade et le plus frileux des hommes. C'est là ce qui m'a empêché d'aller faire mon pèlerinage de Moutfort. J'espère bien que vous viendrez cet hiver àParis pour voir madame llclvétius et Tabbé de La Roche. La gloire iiim'occupe plus pour mon compte, mais pour le vôtre. Soyez sûr que vous n'en aurez jamais, ainsi que de bonheur, ni autant que je vous en désire, ni (rapportez-vous-en pour cela à un siècle dénigrant) autant que vous en méritez... 11 me semble qu'Homère devait être tel que je vous ai vu dans nos dîners

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paisibles et dans nos promenades de Moutfort. L'Iioinine à qui vous ressemblez le plus parmi les modernes, c'est Miltou. L'envie chcrclie à vous rapprocher encore plus de ce modèle en vous disputant autant ijull est en elle une gloire que la postérité vous paiera avec usure. Vous n'êtes pas de voire siècle, mon cher ami; moi je ne me console d'y être né qu'en songeant que j'y ai trouyé quelques âmes comme la vôtre et quelques têtes à votre manière...

Foulez donc aux pieds toutes les opinions frivoles des eunuques de notre littérature.

Dans une lettre datée d'Auteuil, 2 avril 1781, Cabanis remonte encore son courage ; il lui conseille de travailler et de braver l'injustice du public envieux de Paris :

Garât m'a dit que vous renonciez au travail et que vous laissiez triompher l'envie qui ne demande pas autre chose. ... Votre ouvrage sera jugé un jour à sa valeur.

Puis, il en arrive à la mort de Turgot :

Parlons de la perte que nous venons de faire l'un et l'autre; vous avez sijrement pleuré M. Turgot ; c'était votre bienfaiteur, c'était votre ami; c'était un des hommes les plus distingués du siècle, c'était un des hommes les plus vertueux. Madame Helvétius a été surprise et aftligée que vous ne lui ayez pas écrit un mot au sujet de ce funeste événement. 11 a été pour nous un sujet de parler de vous ; ce que nous faisons souvent. Huit mois de temps nous ont enlevé l'abbé de Condillac et M. Turgot; de pareils hommes ne se remplacent pas.

Il envoie ses respects ù m.idame Roucher; ses sentiments à d'Aubanel, le frère du poète :

Mimi (Eulalie), ajoute-t-il, en méritera bientôt dont il ue faudra pas qu'on vous charge d'être l'interprète.

La paresse et l'indolence de Roucher sont vaincues, dès f(u'on fait appel à son cœur et à sa reconnaissance ; il répond <le Montfort, le 8 avril :

Oui, mon cher ami, j'ai pleuré la mort de M. deTurgof. <>t je la pleurerai longtemps encore. Je dois à cet homme rare le sort dont je jouis. Je me suis fait un honneur de le publier et je me ferai un devoir de le répéter à mes enfants afin que, pendant toute leur vie, ils bénissent sa mémoire. Madame Helvétius a raison de se plaindre de mon silence; rien ne pourrait l'excuser si c'était oubli ou indifférence de ma part ; mais, jugezmoi : mon activité n'est plus.

Il se plaint de cet état ; il est à charge à lui-même.

Défendez bien votre âme contre toutes les folles espérances de la vanité. Rousseau avait bien raison de dire que les passions factices sont les vautours qui dévorent notre bonheur! Je leur ai laissé dévorer le mien.

La solitude lui prse et il n'a plus l'espoir de rien faire de bien.

Dieu ne s'einl)arrasse guère de toutes ces petitesses de notre âuie. H nous a faits pour un boniieur moins idéal et plus facile. C'est notre afl'aire à nous si nous gâtons son œuvre.

Roucher est tout heureux de l'élection de Ghamfort, si supérieur à tant de ses confrères. 11 se rappelle au souvenir de madame llelvétius, de (larat, et de l'abbé de La Boclie.

Venez nous voir dans notre ermitage. Les campagnes sont déjà parées. Ma fenune qui vous appelle toujours son grand fils voudrait bien que vous le fussiez léellenuMif .

Roucher tenait donc une place fort honorable dans cctie

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société d'Aiitcuil', où il formait avec Cabanis, Marmontel, Destutt de Tracy, Coiulillac, Franklin, d'Holbach, Turgot, Ghamfort, Morolict, le premier noyau de ces Idéologues, dont l'opposition littéraire et pliilosopliique inquiéta lui moinont la loutopuissarice de Napoléon.

Malgré la divergonce des opinions politiques, la mémoire de Houcher subsista pure et intacte dans l'àme de Cabanis. Le 11 germinal an XTII, le nouveau sénateur écrivait à Eulalie, qui l'ayait félicité d'un récent ouvrage :

Oui, madame, le souvenir de monsieur votre père me sera toujours cher. Ses grands talents, ses uiaHieurs, l'amitié dont il m'avait honoré autrefois me feront toujours prendre un vif intérêt à tout ce qui lui a appartenu et je n'oublierai jamais les années de votre enfance où j'ai eu l'avantage d'observer les premières lueurs de cet esprit si distingué que vous avez déployé depuis. Votre suffrage, madame, et celui de vos amis est une digue récompense de travaux entrepris pour éclairer les hommes.

Un autre ami de Roucher, Lacépède, lui écrivait pendant ces années douloureuses pour l'encourager et le soutenir :

Que de larmes vous avez lait couler!... Continuez, mon bon ami, faites des odes et vous doublerez votre gloire. M. Dupai y a raison de dire que la nature vous a fait pour tout... Faites des vers à la Roucher et aimez-moi toujours.

Au poète qui tarde à lui communiquer ses travaux, il adresse cette requête délicate :

1. Dont l'histoire n'a jamais été écrite. L'auteur espère l'entreprendre; il a déjà recueilli de uombreui documents dans ce but. On sait qu'après 1800, les membres principaux de cette société furcut : Marie-Joseph Chéuier, Daiinou, Gin^'uené, Volney, Laromiguière, de Gérando et Maine de Biran.

Hâtez mes jouissances et euvoyez-moi votre manuscrit que je puisse promptement m'honorer d'une marque de confiance qui me touche et me flatte.

Et une autre fois, en donnant à Roucher le premier volume de sa Physique :

Vous verrez par mon ouvrage que, si je suis né sans talent pour la poésie, je n'en suis pas moins plein d'amour pour elle et d'admiration pour les grands poètes et particulièrement pour ceux qui, comme vous, chantent si bien la nature dont je cherche à expliquer quelques lois.

Parmi les académiciens, il en était un qui, outré de l'injustice systématique qui poursuivait le poète des Mois, s'était constitué son défenseur officieux devant la compagnie. A toutes les élections, il présentait la candidature de Roucher. Cet ami désintéressé était l'abbé Maury *. Au mois de mars 1786, désespérant d'arriver au résultat qu'il poursuivait, il voulut, du moins, faire obtenir au poète le prix d'encouragement de douze cents livres que M. de Valbelle venait de fonder. La noble fierté de Roucher se révoltait contre cette bonne volonté un peu importune. Dès qu'il apprit les intentions de l'académicien, il lui écrivit qu'il serait assurément flatté d'une récompense qu'il n'avait pas sollicitée; mais que, pour sa dignité et pour celle de l'Académie, il préférerait que la somme fût transformée en médaille. Maury, le jour même, approuve son idée :

1. Thomas comptait aussi parmi les défenseurs du poète. Il lui envoyait des billets pour l'Académie, « en attendant que Roucher put en donner lui-même ». Marmontel, l'abbé Morellet, MM. de Chabanon et de Guibert se réunirent dans toutes les circonstances à Thomas et à Maury pour donner leurs voix au poète.

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Votre lettre est pleine de sens et de raison. Je ferai part ce soir de vos observations à FAcadéniie sans vous nommer et je désire de tout mon cœur que tous mes confrères en soient frappés autant que moi'.

Il terminait on indiquant k Rouclier les objections que sa candidature rencontrait. Uoucher répond le lendemain même, 14 mars 178G; il remercie Maury et l'assure de sa reconnaissance; il est sensiijle à ses conseils, mais il n'aurait jamais cru qu'on puisse lui reprocher « une ivresse d'orgueil. Orgueilleux! et de quoi? D'une chute retentissante! » son silence, de l'orgueil! 11 est si peu ivre d'orgueil qu'il a besoin à chaque instant d'être averti par l'amitié d'avoir à se défendre du découragement. « Se plaint-on? c'est de l'insolence! Vous taisez-vous? c'est de l'orgueil! » En réalité, il est ami du repos; tandis que l'orgueilleux aime l'activité et la domination. Roucher s'excuse de cette lettre.

Mais la défense est légitime quand on est attaqué... 11 m'importe que vous me connaissiez. Mon apologie serait mal dans ma bouche. Dans la vôtre, elle aura le poids que votre personne et vos talents doivent donner à votre témoignage.

Il y avait plus qu'une sympathie littéraire entre le comte de Guibert et le poète. Le général- académicien, intelligent et ambitieux, était un original qui se lançait dans les afl'aires les plus compliquées pour s'elfrayer ensuite des responsabilités qu'il pouvait encourir. Dans ces cas-là, il songeait aussitôt au fidèle et sage Uoucher et un billet

1. Roucher obtint le prix; mais il ne m'a pas été possible de savoir si la substitution si désintéressée qu'il avait proposée avait été accueillie.

2. A treize ans, il avait fait ses premiùres armes pendant la campagne de Sept Ans.

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appelait auprès de lui « l'homme dans le sein duquel il pouvait s'épancher avec confiance ».

Au Journal de Paris comme au Mercure, Houcher alîordait les sujets les plus divers. Il s'y rencontrait avec Marie-Joseph Chénier, Marmontel, Bailly, Irabert, d'L'ssieux, Lalande, Fontanes, François de Neul'château, Vicqd'Azyr, Pinel, Malet du Pan, Betlroi de Reignies, etc.

Livres nouveaux , questions d'art ou de littérature , réflexions à propos d'un simple fait divers, souscriptions charitables à ouvrir, tout objet soHicile sa plume *.

Ainsi, Roucher tenait encore au monde par les discussions littéraires ou artistiques, en même temps qu'il se consolait de ses désillusions par mille travaux d'un genre plus sérieux.

1. Mercure, l^r mars 1780. La littérature et les arts ne sont si négligés dans le midi de la France qu'à cause de réloignement de Paris.

Journal de Paris, 6 août IISO. Roucher défend la mémoire littéraire de Dorât.

28 mars 1781. Sur un enfant iiui s'était sauvé de sa pension.

Avril 1780. Sur la richesse de la langue française.

Juin 1784. Roucher approuve le projet des statues à élever dans les galeries du Louvre à Jeanne d'Arc « qui sera vengée ainsi du ridicule que le génie n'a pas cramt de répandre sur elle et d'attacher à son nom », et à saint Vincent de Paul « le citoyen le plus vertueux qu'ait produit la France parce qu'il en fut le plus utile ».

Juillet 1782. Sur un jeune sculpteur de talent, Lucas Montigny.

Janvier 1783. Supériorité de la langue française pour les inscriptions à mettre sur les monuments publics. La polémique, renouvelée de Santeul et de Perrault, dura plus de deux mois.

— A propos de la souscription charitable qu'il avait provoquée, Roucher avait reçu de Gubièrcs, avec une obole généreuse, ces vers qui furent insérés dans le Journal de Paris :

J'ai vu des palmes du talent S'orner ta jeunesse paisible.

A notre estime il a des droits Le vert laurier qui te décore.

Le ciel te gardait toutefois Un triomphe plus doux encore

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On retrouve dans tontes ses poésies la trace des préoccupations du luoiuent : doctrines nouvelles, linances, découvertes de la science, édilité même, tout a un écho dans ces vers. Rouclier, qui avait une énergie de travail prodigieuse, gênée par une grande difliculté de versilication, — ses manuscrits en témoignent, — s'entourait consciencieusement de tous les documents qui pouvaient éclairer son œuvre.

Pour écrire avec toute la perfection que sa conscience artistique réclame, il ne cesse de traduire les poètes anglais, italiens ou latins.

Se défiant de ses forces, il communique ses essais à des critiques auxquels il demande de ne pas se laisser distraire par l'affection. Et ceux-ci de lui écrire comme faisait Marmontel en 1787 : « J'y répondrai par une sincérité sans réserve, bien persuadé qu'il faut être, comme disait Fonlenelle, ami des imprimés et ennemi des manuscrits. »

\J Almanach des Muses, les Etrennes de la vertu, sont remplis des productions du poète.

Au mois de juillet 1784, Gustave III vient à Paris, et, le lendemain de son arrivée, Roucher lui adressait une ode avec celte épigraphe tirée de Virgile :

Quis novus hic noslris succes^ii sedibus ftospcs ?

La guerre de l'Indépendance américaine échauffe son patriotisme et, dans le Rétablissement de la marine française, le poète nous présente un tableau consolateur :

D'Eslaing, Bouille, Suffreu se lèvent Qui, d'un bras triomphant, relèvent L'étendard pompeux de nos lys!

L'ode sur les Embellissements de Paris lui fournil

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l'occasion de célébrer chez Pelletier de Morfontaine, et le prévôt des marchands et l'ami de Turgot.

La mort d'ÉUe de Beaumont, que Voltaire tenait en si grande estime, inspira les Leçons de la Mort que Roucher lut à la loge des Neuf Sœurs.

C'est encore devant la même société et dans une autre cérémonie funèbre* qu'il avait déclamé son Immortalité de V homme, cette ode admirable, inspirée par le plus pur spiritualisme et où Roucher revenait sur quelques-unes des doctrines qui lui étaient chères.

Nos passions ont fait notre incrédulité,

y disait-il. Et la pièce se terminait par ces vers qui expliquent l'intrépidité du poète en face de l'échafaud :

Si riiomnjc veut régner, il faut que l'iiommc expire; Au delà de la tombe est placé son empire : C'est la mort qui l'enfante à llmmortaiité.

Ce fut encore dans une circonstance semblable que Roucher composa et lut, en 1788, son ode à la Mémoire du président Dupaty.

Le poète se délassait de ces œuvres sérieuses par des pièces moins longues qui ont été publiées dans les recueils du temps.

Quand la marquise de Tourny, la charmante châtelaine de la Falaise, fut emportée par la petite vérole, Roucher célébra ses vertus dans une épitaphe en vers qui fut gravée sur la tombe de cette femme de bien.

1. Devant quatre ou cinq cents personnes présidées par Lalaude. — Cette « pompe funèbre » était donnée en l'honneur de M. Court de Gébelin, auteur du Monde primitif et du comte de Milly, de l'Académie des sciences (Mars 1785).

LE POÈTE ROUCnER. 99

Sa muse allait jusquà aiguiser l'ôpijiîrarame et dans un recueil quMl intitula l'Archi-sot, mais qu'il voulut toujours conserver manuscrit, Roucher attaquait, non sans verve, l'Académie, où il faisait entrer son héros, parce que les sots n'y sont pas encore asse^ nombreux, et les jésuites, si décriés à cette époque.

Ces vers légers, ces odes même, succès de sociétés particulières, ne suflisaient pas à l'activité du poète, et, malgré ses désillusions, il pensait à des sujets plus relevés. L'Astrouomie, les Jardins, Gustave Wasa, la Rhodéide, etc., furent le fruit de celte pensée. En 1789, Boucher n'avait pas moins de cinq grands poèmes sur le chantier.

Dans la Rhodéide, qui devait compter six chants, dont cinq seulement furent composés, Roucher voulait célébrer la conquête de l'île de Rhodes par les chevaliers hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem; il en avait annoncé l'intention dans son Mois de Juin :

Me trompé-je? de llhode, au fond de ce loiatain, Ne vois-je point d'ici le boulevard hautain? Oui, c'est lui-même : un jour il deviendra ma proie, Qtiani rai muse, cnfautaal une seconde Troie, Y coûduira vainqueur ce peuple hospitalier Qui monta dans Solyme au rang de chevalier. Que tes rayons alors, soleil, dieu de la Lyre, Jusqu'aux trausporls d'Homère échauffent mon délire!

Le manuscrit de ce poème est égaré, comme bien d'autres [uoductions de Roucher que la veuve du poète conlia, après sa mort, à des littérateurs amis qui, par négligence ou par oubli, ne les rendirent jamais.

En écrivant un poème sur les Jardins, Roucher ne voulait pas surpasser Delille, mais reprendre « les fleurs que celui-ci avait négligées » :

«'fc.'OTh'fCA

■100 PENDANT LA TRRHEUR.

Et sur le même sol enibe'li par ?es mains

Vers la gloire, après lui, s'ouvrir d'autres chemias.

Ce poème devait compter quatre chants. Le second est perdu.

Le poète se proposait de faire revenir les grands sur leurs terres, au railiou de leurs vassauv dont ils seraient les bienfaiteurs.

La muse champêtre de Roucher était faite pour cette poésie et bien des vers sont délicieux et charmants. Un critique appelé à examiner le manuscrit avait mis à la fin du premier chant cette note bien vraie :

Vieille poésie, si l'on veut. Mais en est-il qui fasse mieux aimer l'auteur et éprouver le ciiarme attaché à tout ce (ju'il décrit? i\"y seat-on pas combien Roucher était bon, sensible et v<;rtueux !

C'est dans ce poème que Roucher a décrit les ruines grandioses du vieux château de Montlort-l'Amaury :

Ces tours qui, de nos preux, ont vu fleurir la gloire, Ah! respectez ces tours. Hoban, Bouillon, Mailly Défeodirent ce fort par de Nesle assailli ; Ces glacis, c^s fossés ot leur eau prisonnière Ont vu des Liguoville ondoyer la bannière. Sur ces angles, Sabran luttait avec d'Osniond, Montmorency pour frère adopta Baurfi'emont; Près de ce pont uiouvaut, un jour, Aliénore Au sortir d'uu toiiruois dont leur amour s'iionore Des faveurs d'uue ècharpe accueillit uu Cuoiaeul. Loyaux adorateurs de la beauté d'iseul, D'AuburSO 1, Fézeusac la choisirent pour dame. Ce portail fut témoin tics secrets de leur flamme, Alors qu'eu s'embrassait ils jurèrent fous deux D'aller le mériter par des faifs ha«arde 'X.

LE POÈTE ROUCHER. iOl

Entrez dans ce salon; c'était à ses murailles

Que le prix des tournois, des joutes, des batailles,

Les casques, les brassards, les lauces, les écus.

Les drapeaux des vaiuqueurs, les drapeaux des vaincus

S'appendaient en triomp'ie et disaient les servies

Dont les vieux chevaliers enflammiient les novices.

Et cette voûte encore, au siècle des Nemours,

Couvrit le tribunal où siégeaient les amours.

Ici, de la constance on créait les modèles;

C'est d'ici que, honteux, sortaient les infidèles,

Lorsqu'en un vœu commun tous les vœux rcuviis

l\euvoyaient les ingrats et jugés et punis.

Victor Hugo, au mois d'octobre 1825, logeait à Montfort dans la maison même qu'avait habitée le poète des Mois. Dans un cénacle d'amis, il y lisait la Fiancée du timbalier qu'il venait de composer ; et le lendemain, après une promenade aux ruines, il rentrait dans cette maison déjà visitée par la Muse, et portait en lui les premières ébauches de la pièce qu'il allait consacrer aux ruines du château de Montfort.

('/est dans la fréquentation de Bailly que Roucher avait puisé l'idée de son Astronomie.

\j Invocation à la A'uit qui ouvre ce poème contient quelques beaux vers.

Roucher essayera de

...Révéler quels accords Du monde planétaire animent tous les corps; Attachent les soleils aux plaines de l'espace. Précipitent vers nous la comète qui passe Et tracer le tableau vaste et prodigieui, Des biens que l'ho-ume doit â l'étude des cieux!

Sans doute; il aura à lutter contre la pauvreté du langage français :

A la hauteur des deux comment lancer mon âme Et du génie éteint ressusciter la flamme? N'importe

Gustave Wasa, ou la Liberté de la Suède, devait être, comme le titre rintlique, un poème épique. On n'en trouve aucune ébauche dans les papiers du poète ; le projet cependant est positif, car Roucher y faisait allusion dans un article du Journal de Paris et dans une Ode sur Léopold de Dimriswick. Les amis et les confidenls du poète concevaient les plus belles espérances sur le succès de Roucher dans ce genre nouveau pour lui. En i786, Cabanis lui écrivait :

Votre yVasa avance-t-il ? Je ne vois que l'intérêt vif d'un travail intéressant qui puisse vous faire oublier toutes les tracasseries des libraires et des critiques. Précipilez-vous dans le délire de la composition et, perdu pour le bas monde, oublieznous tous tant que nous sommes.

Les Amants de Lyon, qui, suivant la mode du temps, s'appellent encore V Héroïsme de Vamour ou Thérèse et Faldoni, ou le Despotisme paternel, sont en germe dans ces quelques vers des Mois :

Et lorsque nos enfants qu'unit déji\ l'amour Demandent que l'hymen les unisse à son tour Nous repoussons leur vœux! l'avarice d'un père Mettra sur un autel leurs destins à l'enchère. Barbarca! si nos mains les vendent au malheur Ah! permettons du moins la plainte à leur douleur.

Telle était la thèse que Roucher, après Shakspeare, voulait soutenir ' ; l'œuvre est loin d'être parfaite. Les amis de

1. Grimiu (VI, p. 4;i."j, édition de 1S29) raconte le fait réel qui donna à Jean-Jacques Rousseau, à Léonard, à Haptlé et cnlin à Roucher l'idée de traiter ce sujet.

LE POÈTE ROUCllEH. 103

l{oucher, dans rinlérèt de sa réputation, furent les premiers, suit de son vivant, soit depuis sa mort, à combattre la publication de cet ouvrage pour lequel Koucber semblait avoir une certaine prédilection, si on en juge par quelques passages refaits avec amour. Quelques vers sont gracieux ; mais, malgré tout, ce mot d'un ami du poète reste toujours juste : « Gène sera jamais qu'un roman et non un poème ^ «

Ces divers travaux témoignaient chez Boucher d'une grande fécondité, d'un labeur immense, et d'une imagination toujours en mouvement.

En prose, il recherchait l'honneur d'être utile à la littérature et à l'instruction générale de ses contemporains. Si pour vulgariser dans les hautes classes les doctrines économiques, Roucher songeait déjà à traduire l'ouvrage de Smith sur la Richesse des Abattons, il n'oubhait pas non plus les femmes, pour lesquelles, avec Lacépède, Lalande et Imbert, il créait cette Bibliothèque tmiverselle des Dames, où il s'était réservé un petit cours de philosophie à l'usage de ses belles lectrices.

Il collaborait aussi avec Panckoucke, Berquin, Imbert, mais surtout avec d'Ussieux et Ducliesnay, à la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France.

Enfin, il avait organisé, sous la présidence de Gondorcet, une société littéraire pour la publication d'un Voyage U7iiversel ou Fncycloj^édie des voyages. Ge projet, qui a été repris avec succès, fut entravé parla Révolution; en effet, une convention datée du 29 septembre 1789 portait qu' « il a

1. A la lin du (luatrième chaut, Roucher avait mis ci'tic mention : << Achevé à Motitlort le2desei)tembre 1185, daiii le pavillon du Jardin extérieur de Reine Blanche. >- Sainte-Beuve raconte ^Lundis, X, p. iiCO) que le philoiophe inconnu, Saint-Martin, à la lin d'une de ses œuvres, le Crocodile avait écrit : « Terminé le 7 août 1192, dans le petit cabinet de mon appartement de Petit-Bourg, donnant sur la Seine. » Quelle singulière coïncidence!

été convenu \}nB.n\mp,mentqn attendu le malheur di;s temps et la cessation du commerce », la pul^lication serait remise au 1" février 1790, si un nouveau délai n'était pas nécessité par les mêmes circonstances à cette date '.

Une anecdote littéraire des plus curieuses se rattache au souvenir de l'une des œuvres de Roucher.

Le 27 avril 1785, Maximilien-Léopold de Brunswick périsssait dans l'Oder, en cherchant à sauver des paysans, menacés par l'inondation.

Le comte d'Artois proposa un prix de trois raille livres que l'Académie française devait décerner à l'auteur de la plus belle pièce de vers sur cet événement. Roucher se mit sur les rangs; ses concurrents étaient nombreux et choisis : Ginguené, Grouvelle, RioulTe, Marraontel, l'abbé de Barrai, madame Levacher de Yalincourt, etc.

Roucher, satisfait de l'ode qu'il avait composée, redoutait cependant l'examen de l'Académie et ses amis partageaient ses craintes. Lacépède lui éciivait le 14 juillet 1786:

Vous craignez, mon cher ami, de n'avoir pas le suffrage de rAcacléinie. Tant pis pour elle, si elle no vous décerne pas la couronne. Ce sera un mauvais feuillet de pkis à ajouter à sou histoire, et un trait de ressemblance que vous aurez de plus avec le giand homme que vous avez immortalisé une seconde fois.

Les craintes du poète n'étaient pas vaines; il n'eut qu'un accessit et Ginguené une mention. Le prix était décerné à M. Tcrrassc-Desmareilles, officier de la maison royale!

1 Rourher fit encore une grammaire anglaise qui c?l restée manuscrite dans ses papiers; mais qui n"était peut-être destinée qu'à l'éducation d'Eulalie. — 11 collabora aussi à la Bibliothèque étrangère qui donnait la traduction des ouvrages célèbre»; Roucher y traduisit les Saisons de Tlioiuson.

LR l'oîrrr, nouciiF.n. 105

Voici ce qui s'était passé : la reine écrivit trois lettres à l'Académie en faveur du courtisan, mais sans le nommer, et en désignant simplement la pièce par la devise. L'Académie s'imagina que le comte de Provence qui aimait la littérature avait eu la noble émulation de concourir. Sans pousser plus loin l'examen et trouvant la pièce passable, les juges lui décernèrent le prix. En ouvrant la devise et en n'y trouvant que le nom d'un simple officier de la reine, les académiciens furent consternés, mais il n'était plus temps de se dédire!

Roucher était chez madame Helvélius, à Auteuil, quand on apprit la première décision de l'Académie. Le poète n'était même pas nommé.

Vexé, il débita ses vers devant toutes les personnes présentes; à l'unanimité, on les déclarait très bons, quand Cliamfort affirma qu'ils n'avaient pas été lus devant l'Académie. Roucher se plaignit; on fit une enquête et il fut démontré que La Harpe avait dissimulé l'œuvre de Roucher derrière un meuble. Une seconde lecture fut ordonnée. La Harpe interrompait constamment; il voulait empêcher toute discussion. La justice, — justice toute relative, — finit par l'emporter el Roucher obtint l'accessit qu'il avait ainsi doublement gagné.

Tous les concurrents d'ailleurs en appelèrent de l'opinion des Quarante à celle du public. Rs firent imprimer leur poème, et la ville fut d'accord avec la cour pour reconnaître que l'Académie avait commis une véritable injustice.

Roucher adressa son ode à la duchesse douairière de Brunswick-Lunebourg, mère du jeune prince et sœur du roi de Prusse. Kn même temps, il en faisait parvenir une copie au grand Frédéric, à ce « roi qui, législateur, conquérant et pliilosu|)he, avait, comme le disait Roucher, réuni dans sa persoime tous les genres de gloire ».

Dans son intérieur, Rouclier montrait des qualités charmantes. Il avait des mœurs irréprochables et l'union du ménage ne pouvait que s'en ressentir.

Sa correspondance avec sa femme est pleine de cette douceur et de cette intimité qu'on ne saurait raconter, parce qu'elle est faite de ces mille riens, petits ennuis et petites joies, qui n'intéressent pas le public.

Si Roucher était affligé, sa femme le consolait :

Tu seras vengé tût ou tard, lui écrivait-elle, de toutes les injustices qu'on t'a faites. Adieu, mon bon ami, du courage et tu écraseras l'envie.

De son côté, Roucher l'entretenait de ses travaux :

Je ne me sens pas, disail-il, cet appétit de travail qui me charmait autrefois. Ma raison est toujours là, surveillant mon entliousiasme, et peut-être aussi lui rognant les ailes. On prétend que les ouvrages doivent être ainsi faits pour être bons. Passe pour les ouvrages, mais je regrette pour l'auteur les plaisirs de la composition.

Il lui envoyait les parties achevées, les ébauches de ce qui restait à faire et la femme distinguée tantôt blâmait un passage et tantôt s'extasiait et admirait sans réserves.

Dès que j'ai vu des vers, je mi\ suis mise à pleurer comme un enfant avant de les avoir lus. Dis-moi pourquoi, mon ami. C'est sans doute parce qu'il y avait longtemps que je n'avais rien reçu de toi en ce genre; c'étaient des vers de mon mari. Je ne sais, mon bon ami, mais j'ai éprouvé une sensation délicieuse qui tient aussi sans doute à ce qu'il me semble te voir renaître à la gloire et à la vie. Tu le porteras mieux après, je crois, ils sont délicieux. Je viens de les relire el je pleure encore. Je ne sais si c'est de l'enthousiasme, mais ils me

LR POKTK ROUCllER. 107

paraisscQl doux et frais cotniue les fleurs dont tu parles. Courage, mon bicn-aimé, courage; tout ira bien. Je les relirai plus d'une fois, car ils nie font bien plaisir.

Par goût, Rouchcr aimait la politique. Ses lettres sont curieuses sous ce rapport : elles intéressaient sans doute aussi le cabinet du lieutenant général de la police, car, à tout instant, Roucher se plaint que ses correspondances aient été interceptées ou du moins retardées.

Le 13 mai 1788, au lendemain du coup d'État de Loraénie de Brienne, après l'emprisonnement de d'Éprémesnil et de Montsabert, Roucher écrit à sa femme :

On ne vous a pas donné de fausses nouvelles de la catastrophe générale. Le tout n'est (pie trop vrai! C'est un bouleversement universel! Adieu les droits de citoyens! Adieu les droits d'hommes! Plus d'intermédiaires, de réclamants entre la nation et celui qu'elle a fait souverain. Il en arrivera ce qui pourra, mais tous les gens sensés et patriotes gémissent en secret. Il faut dire comme Joad dans Athalie... Je ne te dis rien des opérations de la cour. La prudence impose la loi de se taire et je me tais. Reste à savoir qui l'emportera des volontés de la cour ou de l'iatérèt de la nation.

Le 2^ mai, d'Ablon, où Roucher est en villégiature chez son ami le président dOrmesson :

Il est question aujourd'hui d'une déclaration du roi qui rétablira les choses sur l'ancien pied, par provision, jusqu'il la ti'uue des étals généraux, iudi([uée pour le mois de janvier prochain. Tout serait peut-être déjà achevé, si l'on ne bataillait pas, d'un côté, pour obtenir les quatre magistrats exilés, de l'autre, pour ne pas les rendre. Cette nouvelle est trop belle peut-être pour être vraie.

Tout le monde, même dans le camp de l'opposition, — et Roucher en laisait partie, — rendait hommage aux bonnes intentions du roi.

Les affaires publiques, écrivait-il le 31 mai, sont toujours en stagnation. On voudrait faire accroiie qu'elles ont pris du mouvement; mais il n'en est rien. On imprime des mensonges, et à leur faveur on trompe celui qui est à la tête et qui serait effrayé s'il savait la vérité :

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la vengeance céleste!

Le 7 juin, les troubles de Bretagne lui arrachent cette prophétie :

Tout cela est alarmant et Dieu veuille qu'on n'aille pas plus loin.

Roucher était naturellement bon et généreux ; un jour, avant son mariage, rencontrant un ami réduit à la misère, il avait, pour subvenir à ses besoins, vendu ses boucles d'argent; et, depuis, chargé de famille*, il avait recueilli chez lui le pauvre Bitaubé, que ses traductions d'Homère n'avaient pas enrichi 2.

Y avait-il parmi ses amis quelque sujet de brouille ou de discorde, il s'employait pour le faire disparaître et n'était satisfait que lorsqu'il y avait réussi.

1. Roucher avait deux filles dont une mourut un peu avant 1789; de plus, son père, en mourant, l'avait désigné pour le remplacer auprès du dernier de ses enfants, Roucher d'Orseranue. Ce jeune homme, d'une intelligence remarquable, mourut subitement chez le poète, en janvier 1789. Il avait vingt-deux ans.

2. Une autre fois, Roucher choisit dans sa garde-robe tout ce qu'il avait de mieux et de plus neuf pour en habiller Piccini qui n'avait pas de vêtements convenables.

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(liàce il son Iruviiil, à ses liabitiidos lioidre el de régiilarilé, Hoiiolier (|ui n'avuit aucune l'oitune en se maiianl. juiiissail, en 1789, d'une aisance honorable'.

Il avait trois domestiques et même un secrétaiic Médéric Messent, l'un des associés de l'entreprise du yot/age universel.

Madame Kouclier pensait réaliser bientôt le rêve de toute sa vie; elle aurait une maison de campagne et le l):)ète, qui venait de l'aire son budget, lentretenait dans cet espoir-.

Avant que la Révolution détruise tout ce bien-être Moucher en mourant ne laissait pour toute fortune que quatre cent quarante-sept livres en deniers ou en assignatsi, entrons un instant dans l'intérieur du poète.

Le mobilier était confortable; les meubles ornés de ces ;ip[)liques de cuivre ciselé qui domient tant de prix aux cliilloimiers et aux commodes de celte époque ; le salon recouvei't de velours d'IJtrecht craujoisi, avec bois peint eu LM'is.

I. Les Mois, nialgn'; leur insuccès, s'ctaieul bien vendu?, |inis(iu'aii rii'.iis (le janvier 1784. il restait à peine riiez rédileur iineNiues exeml'iaires des iIouï éditions du poènie.

'2. Vn projet de bail février 1181 . iiuur un ajtparlenient dans une maison située rue des i"ussés-Monsieur-le-l'rince, n» tl7 et qui appartenait au collège d'IIarcourt, montre, quelles étaient, à cette date, les conditions d"uue habitation bourgeoise ii l*aris; c'était un eniresol comprenant cinq pièces dont la cuisine donnant sur le derrière, sur le devant une chambre el un salon éclairés par tenèlrcs a balcon, de plus une chambre de domestique au quatrième et deus caves, le tout moyennant six cents livres jiar an, les termes aux < quatre quartiers de l'an ordinaires et accoutumés». — Les bailleurs s'obligent : 1° à ouvrir ou faire ouvrir a toute heure du jour et de la nuit la grande porte d'entrée: 2'' à faire jouir les preneurs de l'usage île la fontaine d'eau d'.l/r»e(7, sise dans la cour de ladite maison. Cette dernière stipulation prouve que, dès celte époque, les maisons qui n'étaient pas alim'^nlées en eau de Seine avaient une plus-value.

ilO H F. Ml A NT LA TER RE un.

Le cabiiu'Ulc Uavail c-Uiil en bois de palitsaiidie : sur quatre colonnes Uonquées, les statuettes originales de \'oltaire, Molière, Racine et Grébillou par Lucas Montigny. Le 8 Tlienuidor, le délégué révolutionnaire, ayant reconnu quelles étaient <- dun bon artiste», lus mit à la disposition de la comrijission des arts, en vertu de la loi de contiscation. Aux murs étaient pendues cinquante-cinq gravures, de différentes grandeurs, qui représentaient des poètes, dfs personnages célèbres et quelques sujets de fantaisie.

L'inventaire des lial)its n'est pas moins curieux à consulter. Houcher possédait entre autres choses : un babil i!e pelucbe de soie doublé de velours; une vesie assortie audit habit : habit, veste et culotte de velours de printenqis doublé de taffetas jaune ; habit el veste de soie ; un habit de ratine bleu de ciel, doublé de satin blanc, el sa veste assortie ; gilet et culotte de Casimir chamois.

Tout ce luxe était indifférent au poète qui avail mis dans sa bibliollièque toute sa toi-tune. Sur les rayons de ce meuble « à trois corps, à deux portes garnies de verre de Bohème », on rencontrait au hasard des formats ou des lectures : \j Initial ion de Jésus-Chrisl et le Ihman de la Hos'\ — le Dictionnaire de Trévoux, — des recueils d'histoire naturelle, d'économie [»olitique à ciUé des voyages (le Cook ou des romans de l'abbé Prévost, — la collection des auteurs latins dite de Manhcim, — trente-quatre volumes de poètes italiens, — la Ucnriadc. — l'Iliade.

— Perse et Juvénal. — Horace. — les Serinons de l'abbé Poule, — (lessner, — tout La Fontaine, — les œuvres du roi de Prusse, — vingt-huit volumes sur le magnétisme,

— les Confessions de saint Augustin, — le Mercure français, — Pline, — les Annales de la monarchie, — ['Histoire de Charles-Quint, --la Itible, — .Montaigne.

— tout Voltaire, — Matlanu' de Séxigné, — d'Alemiiert,

Li; 1'oi;ti: hol (.mi. k. 1 1 1

— l*liikii(|ti('. — Haht'lais. — H(J^î^u^(l, — Jcim-Juiquos lloiijïcau, — Féniiloii, — Corneille, — Lu Bruyère. — Li lîochefoucauki. — les Mémoires de Sully.

Mirabeau puiiit par lui-méini', — In tt>: publique, <li' iJoilin, — l'Histoire p/iilosophiquc, de llaynul, — plu? de mille brochures relatives aux travaux de l'Assemblée et à 50!i céréiuonial rapjtelaient l'époque tourmentée où Ton vivait.

Huelques livres d'une grande valeur, — des incunables (lu Wï" siècle, — les ravissantes éditions de Berquin et (le Marmonlel, enrichissaient une bibliothèque qui, maigre la dépréciation générale, rejiri'sentail encore en 1794 plus de six mille livres.

De 1780 à 1780, Uoucher dépensa plus de mille livres par an jiour augmenter celle collection.

Une lille dont >' les progrès devanraienl les désirs palcrm.'ls « égayait la maison du poète qui n'avait plus dautre ambition que de faire d'Euliilie une jeune fille accompde et qui serait « son plus bel ouvrage ».

A cette enfant de treize ans qu'il appelle son petit secr('t;iire. il parle de la IJeuriade et des jjcaulés d'Homère. Il lui apprend le latin, l'anglais, l'italien; il surveille ses travaux de dessin et de musiciue; chaque jour, il lui fait réciter quelques vers de Boileau, de La Fontaine ou de Haine: — cliaque jour, il corrige le style de l'enfant, et, en même temps qu'il forme l'esprit de sa fille, Boucher no néglige ni sou caractère ni «on cicui' ;

Tous les matin>, en te lovant, il faut te dire ;

Jo veux (jue co jour ne passe point sans profit ])ùur moi. Il faut ([uo j'attafjue tel déf;mt it l'attaquer ainsi jiis(|u'à ce que tu le sentes currigé leiit à fait eu loi. Tn jour viendra et jj n'est

112 rKMiANT LA TEUHKLK.

pas loin où il faudra qiir ji- iiifUc iiu iulrrvalli' <!•• paix l't d'> ropos putrp la mort et la vio active. Kli bion! c'est dans crt intorvallo qu'il me sera si doux de te rencontrer... Je veux être ton ami; tu seras mon amie. Fais que je puisse dire réellement de toi ces vers que tu as lus l'année dernière à ton retour de Houilles :

Sur toi de mes vieux ans le bouLeur reposait.; Je sondais rdvenir et mon cœur y lisait Oue ma Miufttc, un jour, d'une main caressante. Couronnerait de fleurs ma tête blancliissante!

F.a femme, lui écrit-il une autre fois, doit être distiniruée uui(|uement par les vertus, et parmi les vertus les qualités de l'intérieur tiennent une large place. Il y a dans un des plus beaux psaumes un mot d'élernelle vérité : Toute la gloire d'irir femme vient de son intrrieur. C'est cet intérieur qu'il faut s'appliquer à embellir.

Houcher jugeait avec raison que l'application aux clioses du ménage ne doit pas être plus négligée que la culture raisonnable de l'esprit.

Quand le poète, en 1788. perdit son père, il annonçait cette nouvelle h Eulalie dans des termes émus que nous connaissons déjà et il ajoutait : « Conserve avec respect de l'araour pour sa mémoire. C'est la rclifjion que je l<demande. » C'est la seule fois, dans cette éducation tout empreinte des souvenirs de Jean-Jacques, que ce mot fui prononcé devant Eulalie.

Rouclier,on le devine, était lier de sa lille. Madame Ilelvétius, — Notre-Dame d'Auleuil, comme on l'appelait — adorait l'enfant et élevait pour elle, dans sa propre chambre, de jeunes oiseaux qu'elle destinait à la volière d'Eulalie.

A ton retour, écrivait Houcber, tu trouveras ces nouveaux lintes privés d'une main (|ui doit le li'< rendre plu^ cliers.

i.i: l'MiVir. Moic. iii;i{. II.T

MoMlainos Aicylie el de Montaleinhert, la piiiict.'ssc de I.isïonois demandaient à la voir, — Cabanis, Lacépède, Marmontel ne ptiiaient dKulalie qu'avec enthousiasme.

lît'njuiu, lui écrivait son père, a élé bien scn-^iblc à Ion souvenir. Il t'i'U nMiicrcii'. Je l'ai vu hier à la Coniédiel'iauçaise. On diinnait rOpliiiush'. I.'hivi'r proclinin jf te h' ferai voir. C'est un ouvrii^e cliiirniiuit cl (|ui, siu-eincnt. le ilminera du jilaisir.

Kn dehors de ces consolalions du foyer, Roucher en trou- \ait d'autres dans sa correspondance avec Dupaty et dans s;i liaison a\ec Ouyot-Desherbiers.

Au président qui venait d'être frap[ié d'une U(»u\elle persécution, Houclier rappelait, le li) janvier 17SU, ce \eis qu'il avait écrit autrefois :

Kl IniiJDiiif :iux vdliis If malliriu' réuni

cl aussi celui du poète des philos(»plies :

.Yo/( Sfirti/ier iinlir''s unhihiK his/iiil'i': ninnaiiL in tiffvos.

On n'a pas impunéinenl une ;nne cl une raison su])érieures, a;oute-t-il. l/envie ne s'en accommode poini, maia sa haine est liien maladroite. Elle fortilie ce (prdle voudrait étouffer et liiiil par être étouffée elle-même. Il faudra hien qu'on liuisse |);ir l'enregistromenf. A coup sûr, ]o roi ne reculera pas. Il vuus a donné des provisions. I. 'honneur de son autorité veut quelles soient eureiristrées. Dans létal d'asservissement oij la dernière révolution a mis la magistralure, il n'est plus possible de dire: Je ne veux pas, rpiand le roi dil : Je veux. Il faudra batailler, je le sais bien. Vos ennemis me paraissent des jreus qui ne céderonl (pi'apiès avdir été forcés d:in> leurs ileruieis relranchemenls.

IM l'RxnwT i.A Ti:iii!i:in.

Ci'la disirait le pirsideul de la niorl de sa mère, et c'est ainsi qu'on peut dire ([u'iin m il est pu-fois un bien.

Lo hasard qui est si sage ([uclquefois vous a doubjemeul frnppé, en mèine temps, comme pour vous affliger moins.

Au lendemain des Moia. le 2o février 1780, il éf,rivait encore au président :

Pourtpioi ihe laissoz-vous saus réponse, mon cher ami, c'est-à-dire dans des iD([uiétudes mortelles ? Pouvez-vous croire que je vive tranquille, taudis que j'ignurerai qmd succès a eu la cahale de vos envieux? Vous suis-je devenu si indifférent que vdus n.^ jugiez pas nécessaire de m'inslruire de ce que vous faites? De grâce, mon bon ami. un mot et pas davantage si vous n'en trouvez pas le temps; mais un mot. Cesl souvent nue grande consolation. Songez que vos succès, vos cliagrins soûl les miens. Mon cœur a épousé vos intérêts pour tituto ma vie. Apprenez-moi que vous êtes enfin tranquille, que vous le serez bientôt du moins et, si vous n'es- |)éri'Z pas ce jour de sitôt, mettez-moi avec vous on piul d'inquiétude. Songez que dans l'ignorance de tout, j'iuja- :;ine v{ cniins tout. Je n(> vous juirlerais pas des Mois si le Journal de Paris ne vtuis avait déjà instruit qu'ils ont paru mercredi dernier, i'.i du courant. Je suis confiné à Mont fort pour me tenir loin de tout ce qui pourrait me faire enlendrt' les détracteurs, si je mérite d'en avoir. Je ne sais rien de mou sort, sinon que la vente va bien. Je voudrais, si vous êtes toujours persécuté, que l'ouvrage fût déjà à Bordeaux. Le juste hommage que je vous ai rendu humilierait peut-être un peu vos ennemis, si toutefois ils savent rougir encore. Oh! que ne puis-je alb'r vous voir! Que j'aurais du j)laisir à vous embrasser, à vous presser sur mon cœui-, à me sentir pressé sur le vôtre! J'ai besoin de vous iumer et d'être aimé de vous. Nos àuies s'euteudent, et la mienne s'élève et s'atlendril avec la vùlre.ll f;dl;iil ()ue je vou> écrivisse, mon cher ami. pour le plai-

i.i: l'iiKTi; iiDi r.iii;i!. Il."i

Ml- siMil (II- vous ('•ciiro. Je l'ai l'ail cl il iiii» seiiilili' ([lio ji- suis (li'jà plus Iranqnillf sur voire sorl.

L'amitié a-t-clle jamais parlé un plus beau langage et une pareille lettre ne fiM'cerait-elle pas la sympathie des plus sceptiques'?

Dupaty répondait à cette alfection par des témoignages non moins touchants, et cependant, pendant quelques mois. Hoiicher négli|:ea même Dupaly. (iarat cciivait au po(''te :

Je voudrais vous éparguor des huis qui .•~oal ilaiis voln- cuuikiitc, sans être dans votre cicur, mais ipic toul le uionde vous rcjjrochera, mon cher Rouchcr, parce que tout le monde ne sait pas distinguer les senliuients et la conduite d'un homme; il n'y a ([ue Dieu et les amis qui sachent faire relie distinction.

Dupat\ s'est plaint à madame Suard et à Tlarat du silence de son ami :

Lui (pii est accahié de uialheurs et de travaux, continue Garât, il vous éerii, et vous qui vivez dans le repos et la solitude d'une petite ville, vous ne répondez point. 11 est indignement persécuté, il est menacé d'un décrel et vous lui refusez les consolations (|ue vous pouvez lui donner...

Les tristesses, la haine qu'il rencontrait de toutes parts emportèrent prématurément le magistrat intègre et respectahle. Roucher fut si profondément affligé de cette mort, arrivée en 1788, qu'il tomha lui-même gravement malade, (luéri, il se donna la seule consolation qui lui restait.

Dans une ode qu'il fit à sa mémoire et qu'il avait fait précéder de celte épigraphe :

Solalin Inclus nif/cntis

Houchei' céhdirail le philosophe ('claire, le niagislral

110 ri:Nii\Nr i.a tt. imski'I!

honnête, l'horame excellent que son aniila' plmirail (Micorc Lors des premiers excès de la Hévolution, le poète, resti-

fidèle à la mémolie de son ami, disait de lui « qu'il en

serait mort de douleur s'il n'en avait pas élé la première

\ictime* ».

Il \ouIut consacrer encore le souvenir de celle affection

par cette belle dédicace qu'il mit en 1790. en t'io de sa

traduction de la liichoase des .Xalimis :

A la méinuiie de M. le prcsidcul Dupaty. ontleur éloquent, mngislial inlègie, pliiiosoplu' eouiageux, enlevé avani le leiups à la législation, aux letlres, aux arls et à l'auiilié. Col liiuiiuiage n'ajoute rien à la gloire d'un grantl citoyen : il adoucit la douleur d'un ami.

HoiCHKU .

Après Dupaty et an second plan, l'amilié de Tluvol- Desherbiers a joué dans l'existence de Houcher un rôle important. Les deux aujis demeuraient dans la in.'me maison, rue des Noyers, c'est pour cela que souvent, dans les ^o«so/a^/o/^s',Desllerbiers est appelé le coishi di( (roisi^nie (ta l'oncle d'ar/iilie.

Dans cette intimité. Houcher trouvait à satisfaire ses goûts littéraires, en mèuie temps que son cœur o'épanoui<sail à ce contact d'une famille éclairée et respectable.

Desherbiers, dont la figure respirait la finesse, l'enjouement et la bonté, aimait beaucoup la littérature^: c'était un

1. '< Aiiv Jinus (le deuil et île sang, j'ai souvent entendu mon père ié|jéler ces paroles. » (Kulalie, éî)aiiclies d'une notice sur son père'.

2. Il a conipos(!' de nombreuses poésies qui sont résilies inédiles, mais dont quehpies-unes et pailiculiéremeut son poème sur /es CIkiI.-i auraient méril(!' les honneurs de l'impression, il y a dans cette poésie et dâUr cette gaieté (|iieliiiif iliu-e qui présage déjà, à deux générations

i.i: l'di:!!' itiiLCiii;i!. tIT

lies lioinmos les plus j^ais et les plus disliuils et lu» dit que Picard, son ami, le prit comme type de sa cliannanle comédie, Monsieur Musard. Deslierliiers recevait chez lui Mariiioiitel, Berquin, Lalande, Morel, Parny, et dans ce luilieu Rouclier occupait la place éiuiuenle due à sou caractère et à t^es talents.

C'est ainsi que le travail, les charmes d'une union assorl'e, les devoirs paternels et les alVections de lintimilt' avaient sauvé Houcher de la crise terrible qu'il venait de traverser. n.

A la loge des Neuf Sœurs, de nombreux devoirs occupaient ■ If paète. Les fonctions d'orateur consistaient moins encore j à prendre la parole dans les assemblées qu'à diriger tous ; ks jours l'administration de la société dont Roucher était^ en réalité, l'archiviste et le secrétaire. \

Ce fut Houcher qui eut à faire l'éloge de Dupaty quand ce magistrat, renonrant à une des dignités maçonniques, l'ut remplacé par « le premier astronome de la nation et de son siècle », l'illustre Lalande.

D'autres fois, reprenant le programme de la régénération \ de l'homme par le bonheur et par la vertu, il en arrivait à I fulminer contre le despotisme et à proclamer, avec une har- ' diesse pcditique qui ne se montrait encore que dans les sociétés secrètes, l'avènement prochain d'une république j idéale !

Et cependant Houcher. connue s'il avait le pressentiment du lendemain, s'elfonait de limiter le rôle politique de la loge. Rappelant à ses auditeurs la Société royale de L(ui-

rle 'li^laiice, l'autour de» ('omi'(lip> l'I l'rorprfii"!. Juri^Jiûiisulle avant llti'J, Guyol-Iieslieibiers se lit remarquer dans les assemblées primaires ' i\'^ la liévululion par la faeililé de sa parole et l'énerjiie do ses convielions lionnètes; mais, plus heureux quo K<iu,her. il traversa la louruiénle et di-vint. in ll'.IS, memiire du cou-^eil des Ciiiq-Onls.

IIH l'EMiANT I.A TFnRElIÎ.

I ' dres qui réunit tons les savants et tous les littérateurs du pays, il aurait voulu que rassemblée des Neuf Sœurs fût j dirigée par le même esprit, et que, sans abandonner les I principes maçonniques, elle devînt surtout un centre où, dans les charmes d'une douce intimité, des hommes intel- I ligents pourraient trouver le moyen de ?e tenir à l'abri du I vulgaire.

I Houcher terminait en rappelant la Grèce où u la coutume

I et les mœurs permettaient aux Appelle, — j'allais dire 1 aux Vernet, si cette Grèce si fière avait eu la gloire d'en \ posséder, — la coutume et les mœurs, dis-je, permettaient I aux Appelle d'exposer à leur porte les oeuvres du pinceau -; et d'interroger, sans crainte du ridicule, l'opinion de la l foule, même celle de l'ignorance, parce qu'il est des beautés I qui ne peuvent ressortir qu'au tribunal du sentiment ". j Rome adopta ces usages. Les académies françaises, au I contraire, ne répondent pas à ce but; que la loge le fasse; qu'on y mette les lumières en ronuuun; qu'on discute, qu'on . critique; « que le talent qui commence se fortifie ici de la I vigueur du talent qui est arrivé à la perfection et que celuici y trouve ces modestes observations (|ui l'averlissent du moment où le génie a sommeillé ■.

On trouve dans les papiers de Uoucher une lettre dos } plus curieuses qui se termine par ces mots : î <i Je vous prie de me pardonner l'usage d'une main

I étrangère. Klie de Beaumont. »

[ Le grand avocat des Sirven et des Galas, l'ami et le colla-

l borateur de Voltaire, n'avait pu que tracer ces quelques i lignes au bas d'une lettre qu'il avait dictée le 9 janvier I78ti.

le matin même de sa mort.

! Ce jour-là, Beaumont devait lire, devant la loge des

I Neuf Sœurs, un travail important; la maladie l'asait terrassé subitement la nuit précédente :

i.i: l'oi"; ri: ititicii i; n. I l!i

Il u'i'sl pas [lossiblo, disait-il, il'" souiTrir plus ([iio j'ai soulïort depuis Jiicîr soir jusqu'à présent et surtout cette nuit où je n'ai pu fermer l'œil.

11 priait donc Rnuchcr de faire remettre à une séance ultérieure la puldicalion de son rapport; mais, en même temps, il le suppliait de veiller à ce que sa lettre ne tombât pas sous les yeux de son fils, qui faisait aussi partie de la loge. En outre, il demandait qu'au repas, son enfant fût placé à côté de U(uu'h('r et d'un autre fiére sérieux pour ([u'il ne prît pas une indigestion, « ce qui pourrait être mauvais pjur lui, ajoutait ce père stoï(pie, s'il venait ù apprendre ma mort en se levant de talile ».

C'était un caractère bien trempé que celui d'Klie de Beaumont, et l'amitié d'un tel homme honorait singulièrement le poète des .Vo/.v'.

Uouclier, l'épreuve passée, retournait dans le monde où il retrouvait les succès de sa jeunesse.

Dans la fameuse prophétie de Gazotte, il tient une |(lace qui montre — l'anecdote ne fût-elle pas vraie, — dans quelle société il fréquentait.

On se rappelle ces lugubres prédictions faites, au commencement de 1788, à la table d'un académicien grand seigneur qui réunissait chez lui la meilleure société de l'époque. H y avait des femmes comme la duchesse de Gramont, des hommes de lettres comme Gondorcet, des savants comme Bailly; quand ceux-ci, et t^hamfort et Nicola'i et Vicq-d'Azyr et Malesherbes furent fixés sur le triste avenir- qui les attendait :

— Ali! DiiMi soi! béni, aurait dit Rnucher dans sa gaieté en-

1. Le fils d'Élie de Beaumont, dont il est question dans la lettre li-

-<us. époii5,i, qtip|i,ues années après, la tille du président Dnpaty.

liO l'KNIiANT l.\ Ti:i'. lil'Ul;.

iliablée, il paraît que inousieur u\'ii veut qu'à l'Acadéuiie. Il vient d'en faire une triste cxéciilion et moi, grâces au ciel...

— Voii>, iiionsicur, reprit Cazolte, vcius périrez sur l'écliafaad.

La correspondance deRoucher avec sa femme nous introduit dans ce monde que le poète se reprenait tous les jours à aimer davantage.

Aujourd'hui, M. de Montalendjert le présentait à la cuuitesse de La Touche, l'emme de chambre du duc d'Orléans, et Uoucher ne dissimulait pas qu'il en concevait les plus grandes espérances.

Le lendemain, c'était nue lète chez la princesse de [j'stenois. où le poète était convié.

A la campagne, Roucher séjournait des mois entiers chez le président d'Ormesson, le conseiller trop peu écouté de Louis XVI, le médiateur estimé eutn* le roi et le parlement, lors de la querelle de 1788.

On se rencontrait aussi chez mademoiselle de Sully, la descendante du grand ministre, amie intime du poète, marraine du fils qui va naître auxpremiersbeau\ jours de 1780, de ce lils (jue Roucher appellera Kmile en souvenir de Jean- Jacques, couune il a\ait donné ù sa lille le surnonj de .1//iiettc que madame Helvétius, — quand elle nélailencore que mademoiselle de Ligu(i\ille, — portait a\ec tant de grâce et de charme dans les salons de sa tante, madame de Grafligny. Turgot, qui avait connu la belle jeune lille, plaisantait plus tard sa vieille amie sur ce surnom de sa jeunesse et Roucher, présent à ces jo\eu\ entretiens, avait facilement ii|)lenu de baptiser sa lille île ce nom, autrefois si aimablement illustré.

Les liislorieus de la Sociclé friuiçaim' prudanf lu /Icrolndon ont retrace le tableau de ces dei'uiers salons de l'ancien réeime :

i.i: i'ni:TK itoiFciiKi!. 1-21

Il y ;i\;i:l ;!!i|)i('s df Paris connut' uuc cliajjolk' m'i rmi L-anhiit souvenir dos saints de \'Encyclopi!die. C'était à Autcuil. en ci'tlc maison clianipètrc où niadanu* Ilelvétius « trouvait tant do bunlioiir dans (|u;itre arjx'nts de lorrc », où Franklin avait passé et donné un nouveau baptiMue aux filles de madame Helvétius, madame di- .Mun et madame d'Andlau, iiu'il a|t|Hdait h-s Klnihy.

Là se léunissaiciit labln' Sii-yès, Vidiiey. [{(tiiclu'r, Bergasse. Manuel; Chamfort, alors dans toute sa ferveur révolutionnaire, y apportait sa verve impitoyable et prodlirieuse. L'abbé La lidilie, le commensal de la maison, se |)romenait, reganbiiit pir les fi'nêlres les beaux jardins de madame de l^oiifflers; f'.abanis jetait sa parole ardente et madame H(dvélius,le rej^ardant, disait : <> Si la doctrine de la transmijrration était vraie. |e serais tentée de croire que Tàme de mon lils est passée dans r.ime de Cabanis. »

Cliez madame Necker, Itouelier était aecucilli plus encore en ami ([u'en lillérateiii-.

Iii salon s'ouvre bientôt, plus éyayé, moins sévère, le salon d.' linlime amie de madame de Condorcet, de celle. {|u'on ;ip|ielait tout à 1 beure Julie Soubise, ([ui est maintenant Julie ïalma et ([ui amène toute sa société au joli liûtel de la me Cbanîereiue. Dans la 1,'alerie de la maison, toute garnie de yatagans, de (lèclies et d'arnu'S anciennes, de ces tropbées dont David a donné le goût à Talma, vous verrez passer les poètes lie la Hévolution: Vergniaud, Ducis, Hoger-Ducos, Cliénier. Cet liomme aux longs cbeveux bouclés, c'est Creuze qui, insou- 'ieux des temps, passe ces années agitées à peinilre Marie l'Kfl\l}tt'tn\nc. Lavoisier cause avec Houcber; ils ue se retrou- \eront (luau cimetière de la Madeleine '. I*uis ce sont Roland,

I. M.M. «If (Idiir.iiiit ont, ici. romniis une léjfère erreur. liuiiclR-r, fxériilé place (in II une, fui eiiterr.' ;'i l'ifpus yvec Mont.iioniltcrt, (Jvi|iii. MdiiliiiiHiiiry fl M\<A nvor C.lniiii'r. qui v;iut liicii loui rf-; sfiaiicN

\Û2 l'KN h A N r I. \ 'rRRiiKL'i;.

Lebrun, Legouvé, Lcmercier, bilaubt- — ci RiuuHV ciui ivJeinandera ces heures si courtes des soirées de Julie Talma aux heures si longues des prisons de Robespierre.

Toul près de ces grands salons où les pensées s'échauffent plus que de raison, où le paradoxe s'étale vainqueur, il y a le cénacle, la maison amie où, dans les intimités et dans une atmosphère recueillie, les poètes, dédaigneux du vulgaire, se confient entre eux le secret de leurs espérances.

On se retrouvait chez les Trudaine ou chez madame de r.hénier et là, quand Roucher,le doyen de l'aréopage, avait lu quelques vers de son Astronomie ou de ses Jardins, André se levait et, comme le poète antique, il improvisait à haute voix les vers enflammés de V Hermès ou de V Aveugle. tandis que Marie-Joseph, Lebrun, de Pange et Brazais, assistaient religieusement à ces amours superbes de la rause et du poète.

Mais voici que les événements politiques s'accentuent: Roucher laisse à son frère d'Aubanel la recette de Montfort ; il veut être définitivement et uniquement bourgeois de J'aris.

Les premiers jours de 1780 apparaissent comme l'aurore d'une vie nouvelle et le recommencement dans l'âge mùr des illusions de la jeunesse.

La littérature et la poésie l'occupent encore; mais on sent que, dans sa vie comme dans les salons, il y a aujourd'hui im nouvel élément. L'enthousiasme général a eu un contrecoup au foyer tranquille du poète. Les leçons paternelles vont embrasser dès aujourd'hui la politique aussi bien que la morale; c'est une heure bénie de joie indescriptible et dont

noms. Dans ce terrain qui appartient aux familles des victimes, le tçénéral de La Fayette, ironie du sort, repose à côté do ceux qui n'onl connu de la Révoiutinn que les anierlumesl

IJ-: iMiiVri; hult. iii:i!.

Houcher, en homme du Miili, prendra liuironicul sa paît. L'fispérance l'agite, comme eu 1780, à la veille des Mois: mais elle a un objet plus élevé. Roucher ne pense plus à la gloire pour lui-mt*me; il n'a plus (ju'un but rt qu'un n've :

LK 130.\III:L'II du l'ELl'I.E.

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