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i. Entre autres ouvraL-es, Roiichcr piêta à madame de Bonneuil Clarisse Harlowe.
202 PENDANT LA TICRREUR.
c'était la vie du inoiule qui reprenait derrière les grilles des cachots.
Hubert Robert, le peintre des ruines, l'ancien élève de l'école de Rome qui s'était perdu dans les catacombes et avait failli y mourir de faim, élail, lui aussi, détenu à Sainte-Pélagie. Il était incarcéré pour avoir négligé de renouveler sa carte de citoyen !
Dans l'impossibilité de continuer ses travaux, il s'amusait à peindre, dans le fond des grossir-res assiettes, sur les tables ou sur les dossiers des chaises de la prison.
Roucher, qui le connaissait de longue date, fut heureux de cette rencontre ; sa première idée fut de procurer des livres à son ami.
Il écrivit à Eulalie :
Il faut prendre dans le corps de ma hihliotliLMiue qui ferme ta chambre, le Voyage en Egypte, de Savary. Un artiste célèbre dans un art que tu aimes, h\ citoyen Robert, est ici. 11 s'ennuie coniphMement ; car un peintre ne peut pas travailler partout comme un homme de lettres; il faut au premier de l'espace et du jour, deux petites nécessités de la vie dont nous n'avons pas ici notre suffisance. 11 veut lire, ne pouvant peindre ; et comme son imagination se plaît à errer à travers les ruines, à travers l'autiipiité qu'il a si bien l'art d'animer et d'éterniser, envoielui celte fameuse Egypte dont la vie jiassée se retrouve si bien dans Savary. Il faut, ma bonne amie, consoler le génie attristé. Les Golhs et les Vandales ne coimaissaienl pas cette maxime de goût et de philosophie; mais nous, mais toi, qui as appris à respecter la Heur de l'espèce humaine, fais, parla promptitude, hommage de ton adminilion. Je seiais miMue d'avis que lu ajoutasses un mut de ta main sur un ]>apier adressé à cet honnête et grand nrliste. Point d'cITort i)0ur cela ; laisse-toi aller, et tu iras bien.
Eulalie s'exécuta dans la lettre suivante :
LE l'OÈTE BOUCHER. 20.^
Au citoyt'u Huhcil,
Vos pinceaux, monsieur, ont oxcité souvent ma sentimentale, mais ignorante admiration. Combien de fois ai-je envié ce degré de savoir qui m'aurait mise à portée de les apprécier à leur juste valeur ! Un peu de goût, peut-être aussi quelques dispositions pour cet art charmiuit que vous professez, ont été mes seuls guides. Le vrai talent trompe l'ignorance, je m'en suis aperçue. En contemplant l'ouvrage du génie, on croit savoir quelque cliose ; mais bientôt on reconnaît l'illusion flatteuse, et la sotte vanité peut seule s'y méprendre.
Mon papa m'a appris hier que vous étiez son compagnon d'infoitune ; il ftuit tenir compte à la destinée du peu de bien qu'elle nous fait, au milieu des maux dont elle nous comble. Je lui sais donc gré de vous avoir donné Sainte-Pélagie pour prison, au lieu de toute autre. En tous lieux, dans tous les temps, le génie s'entend avec le génie ; ils parlent une même langue, et quoique leur carrière soit ditlérente, ils arrivent au même but. Vous me pardonnerez, sans daute aisénient, monsieur, l'éldge que je fais ici de mon père, si vous avez une lille. Je joins à cette lettre, faible témoignage du plaisir que j'ai éprouvé en regardant vos ouvrages, les lettres sur l'Egypte, de M. Savary, que mon papa m'a demandées pour vous. Tandis que votre imagination accoutumée à réaliser si bien les objets, vous transportera dans ce pays, aujourd'hui le vaste tombeau de tant et tant de merveilles, au pied de ces masses, orgueilleuses rivales du temps, de ces pyramides, vieux ossements dr l'antiquité ; tandis que vous suivrez, pas à pas, l'auteur dans ses aimables et riantes excursions à Rosette, et dans les environs du Caire, vous oublierez un moment les verrous et les grilles de Sainte-Pélagie.
Le grand artiste ne voulut pas être en reste avec la jeune lille et il lui répondit ' :