Con.tnlations, U. p. m et
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nul iiiD- |.liysionomie extraordinaire. Eu un mot, il a réalisé Ossiaii, rilomère des anciens bardes, à un tel poiiil, riue le vrai Ossiaii ne jjaraît pas avoir été autre chose.
De là, on saute à Molière ou à la Mélromanlp.. C'est Eulalie qui écrit:
La grande tante nous a menées hier au théâtre de la Répuhlique ; on donnnil un chef-d'œuvre en comédie : la Méiromanie. Ouoi(iue je l'eusse vu deux OU trois fois, j'ai eu autant do plaisir qu'à la première. Se lasse-t-on de belles choses en ce genre? Molière sera toujours Molière, et Piron toujours Piron, en fait de Méiromanie.
A demain ma réponse à la lettre retrouvée, elle inéiite attention et réilexiùii. Je ne puis lui donner tout cela aujourd'hui, e'esl-à-dire avec profusion et sans retenue aucune. J'aime nneux dilTérer d'un jour mon plaisir, et faire bien les choses. Adieu, mon cher papa ! pardonnez à cette dissipation momentanée. Mon esprit, quoitpn' à la Mélj'omanie, ou ailleurs, il n'importe, n'a j)oint quitté pour cela Sainte-Pélagie. Il est à poste lixe dans la petite cellule,, et suit le long de ce corridor ce tendre père, ce père chéri. On se reproche tout ce qui n'est |ioinl à lui ou pour lui.
S'il y a un passage diflicile dans Thomson et que les prisonniers ne soient pas d'accord sur l'interprétation, on choisit Eulalie pour les départager.
Cherche dans Thomson, lui écrit son père, page 102de]iuis may mjj jus(|ir;i cotDiciom ei/e, c'est-à-dire (|uinze vers et traduis-les-iuoi tout de suite et de Ion mieux. Nous sommes ici quatre anglicans qui ne nous accordons pas sur le sens de ces vers. Les trois derniers surtout sf)nt singulièrenieut difliciles. Allons, vite h l'ouvrage.
Si Eulalie se prononce sur la nécessité poin- un
homme de savoir le latin, son père l'approuve en ces termes :
Je suis ploinemeiit de Ion avis, ma riièrc; (ilie, sur la nécessité indispensable pour un homme de savoir la langue latine. Oui, toute éducation est incomplet»' qui n"a point donné ct-t iivaulai^'i'. C'est dans les fameux classiques latins que vivent les fiiands modèles du goût et de la perfection de l'esprit liumain. S"agit-ii d'élu(juence parlée ? étudions les harangues de Cicéron. Veut-on arriver à la grande poésie? Lucrèce, Virgile, Horace doivent servir de guide. Se desline-t-on à écrire l'histoire ? Rien ne peut suppléer Tite-Live, Suétone, Salhisle, César el siutout Tacite, celui de tous les historiens anciens et modernes (pii a ])énétré le plus dans l'àme humaine.
Tacite siii-pruiiuit de sus yL'UX péiiùtraiis Tous les crimes cacliés dans l'âiui; des tyraus.
Les Tibère, les Néron sont chez lui dans toute leur liideui'. Si ces grands scélérats se voyaient là, ils auraient horreur d'eux-mêmes.
Mais le poète philosophe en revient toujours de préférence aux esprits qui sont de sa famille. Le 25 frimaire, il écrivait à son ami Desherhiers, et, de suite, le nom de Sénèquese présentait sous sa plume.
Que de leçons faites pour élay<'r dans le mallieur! lui disailil. I*lus j'en examine l'aclion sur moi el plus je louche pour ainsi dire au doigt les raisons (pie Monlaigue aval! de le piéférer à Cicéron.
Nous avons lu. Télé dernier, les voires, ma lille et moi, le traité De Officiis, et, il ne faut pas tergiverser ])Our l'avoue.'-, à ([uelques paragraphes près, qui sont aussi beaux (|ue peu n(uul)reux, cet ouvrage est bien mince de choses ; la morale ui'u esl pas rigoureuse. H m'a siMublé même qu'en certains
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fjuiiroits If sagi' de Cicôroii lu' sciait hoiiuôlt' liomine, jusU; «lUi' cf (|ii'il faut pour ii'ètro pas pcudu. D"aill<nirs, les temps où Sénèque a vécu ont quelque chose de plus attiraut pour moi que ceux où vécut Cicérou ; et ces temps, on les retrouve sans cesse dans les ouvrafics dont je vous parle. Ici, par exemple, j'eutends tantôt d'uue hoiiclie, taulùt d'une autre, des faits, di's anecdotes de tout genre. Oii 1 si l'on avait tout ce ([u'il faut poiu' recueillir celte uuiltitude de petites causes (|ui ont produit de grands événements ! Quelle ample moisson piiiu- riiistoire de France, et surtout de l'Iiominel mais c'est ici ([u'il faut dire avec Sénèque :
MuUarum revum scient ia qux nec tuto narrantur, ncc tuln audiuniw.
Parfois la présence d'un enfant venait éclairer la cellule et distraire Houcher de ces hautes pensées. C'était quand on amenait le petit Kmile à la prison.
L'enfant était choyé par tous ces malheureux qui, eux aussi, avaient souvent laissé un fils à la maison.
U plaît à tout le monde, écrivait Roucher: hier il a été salué, caressé, baisé par le ci-devant comte d'Eslaing, le vainqueur de la Grenade. C'est un honuni! do grande taille, plutiM élancé que gros, âgé de soixante-{[uatre ans ; il a bien l'air simple à la fois et noble d'un héros. Il faut (lue mon Emile se souvienne, pour le redire un jour à nos petits-enfants, qu'à l'âge de (piaire ans et demi, il a vu, à Sainte-Pélagie, prisonniers avec papa Roucher, d'KsIaing, Biron et Robert. Je voudiais que .Minette, dans sa première lettre, nn^ dit quelque chose sur cette association fortuite ; mais principalement sur cet ex-vice-amiral de France, aujourd'hui, malgré ses brillants lauriers qu'a jjleurés l'Angleterre, frappé de la foudre populaire, et peut-être aussi grand dans son cahne modeste à Sainte-Pélagie, (ju'il l'était sur son bcud amiral cl devant la Cirenadi' il;ni< son auilace guerrière, et dans sa soif de gloire. Kn^-'aj-'i! l'iincle d'aniilié à parler îles exploits militaires de
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(rRstaiii;j; devant Minoltc Ce vioillaid, avec une }^iàce vraiment touchante, m'a demandé la permission d'aller me visiter dans ma cellule. Je lui ai répondu que c"élail à moi à lui porter mon hommaf^e chez lui, car c'est d'un (eil relifiienx qu'on regarde un grand chêne frappé de la foudre. Bonjour à tous!
Kulalie enviait le bonheur de son frère dans des termes charmants :
Il a emhrassé son papa ; il a dîné avec lui; il a pu lui prodiguer de consolantes caresses, lui parler, l'écouler, le voir à son aise, le posséder tout entier! et moi, on m'a laissé à peine le temps de l'entrevoir, et d'entendre cette voix qui est toujours là au fond de mon cœur! Elle y retentit sans cesse. Oh! combien j'ai envié sa journée et le bonheur (ju'elle contenait. Ma jalousie, il m'est bien ici permis d'en avoir, m'a fait regarder ce bonheur dont était en possession notre petit Emile, comme du bien perdu, pour lui s'entend, car tous deux, nous sommes vos bien-aimés, et, si je ne pensais qu'à vous, je ne porterais nulle envie, à mon heureux cadet. Quoi qu'il en soit, je céderais bien mon droit d'aînesse, d'âge seulement, pour celui de sa raison. iNon, je voudrais, petite comme lui, sentir grande comme je suis, et pouvoir connaître tout le prix de l'enfance et des privilèges qui y sont allacliés. Il est inappréciable, celui ([ui permet exclusivement d'aller trouver un père au fond d'une prison, de franchir le seuil de celle [)orte, fermée à une femme, à une lille, et de voler dans les bras de celui (jui les lend, mais en vain, aux êtres malheureux dont il est séparé. Je me trompe quand je dis qu'il est inappréciable ce piivilège; je l'ajjprécie bien, moi, et loules les filles tendres et sensibles l'apprécieront de même.
A une autre visite, Kmile est entré dans la cellule du général Biron', qui l'a comblé d'amitiés. <( 11 faut qu'il se
\. Inédit.
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souvienne un jour de cette époque do notre liistoire comme témoin oculaire... T'a-t-il dit qu'il avait envoyé des baisers Il mesdemoiselles Joly et Devienne? Toutes les fenêtres se sont remplies de tètes de femmes qui, à travers les barreaux, s'écriaient : Oh ! le joli enfant! »
Dans ces jours-là, au début de nivôse, les officiers municipaux lirent une visite à Sainte-Pélagie. Houcher la raconte'. Comme un sans-culotte, paré d'une riche écharpe, lui demandait s'il avait ((uelque plainte à faire :
X Non, citoyen. Je me trouve ici à merveille. » L'officier et lout le monde a ri. Je parie que, si les deu.x cents et plus de ilétenus qu'enferme la maison eussent été présents et auditeurs, le rire fût devenu universel.
In jour, on apprend à Sainte-Pélagie la prise de Toulon :
[.a noiivclii- de la prise de Toulon a mis en mouvement toutes les vervcs poétiques (jui bduillonncnl diuis .Saintel'élafiic. Cinq ou six chansons que itunnes, (juc mauvaises, à l'ouverture des corridors, on! inondé le mien. Toutes b's voix chantaient, glapissaient, détonnaioni ; c'était à qui mieux mieux. Gorge, Pitt, Cobourg, Beaidieu, Anglais, Espagnols, Na|)olitaius et Piéuiontais ont été salués à l'envi l'un de l'autre couiiiie ils le mérilenl. Le giand poêle était le jioiut de ralliement doii parlait, par éclats de musi(iue et de rire, la joie I hantante (jui saluait la patrie. J'étais au buid de celte île
itnante, partageant l'allégresse commune an fond du cœur, mais n'y prenant aucune jmrt active, ])ar la raison que tu connais. J'ai besoin de calme pour épancher mon âme. Le grand bruit la ferme. J'aime à m"entemlre, j'aime à être entendu, et, dans ce vacarme universel, ou ifeiit poiiil entendu liieu tomier.