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Le régime aii(|ii('l nous iivons ô\6 soumis a été si souvent tiaversé. fait et défait; il y a fu tant dinépalités, tant de hauts, tant de bas que moi, qui fus et qui serai toujours animal dliahilude.j'ai de la peine à me retrouver au milieu de toutes ces vaiiations.
Ces inquiétudes conlinuelles redoublaient les sévérités de l'administration et les transes des prisonniers. Roucher en donne le détail dans la lettre suivante :
Sans doute, il est dur de se voir emprisonné comme suspect et même anti-civique, quand on a ap]»elé do tous ses vœux et sei'vi de toutes ses facultés la régénération de, son pays par la liberté. 11 est dur de voir l'injustice de cet emprisonnement S2 prolonger au delà de six mois, dans un âge où six mois sont une portion considérable de la vie.
Il est dur de voir se reculer sans cesse, même pour l'espérance, le terme d'une pareille captivité. Mais il est horrible d'éprouver, presque tons les dix jours, des alternatives de rigueur, un resserrement fiévreux et, pour ainsi dire, intermittent de chaînes, sans savoir jamais, à la fin d'un jour, quel sera le régime de sévérité du lendemain.
Telle est, ma chère Minette, notre condition à Saint-Lazare depuis (|ue les prisons ont été accusées et convaincues de conspiration contre l'existence de V Assemblée iiationalc.
Les hommes nés scélérats le sont jartouf, dans les fers comme en liberté; et, une fois qu'ils sont entrés dans la voie du crime, il faut (|u'ils aillent toujours devant eux, jusqu'au moment où ils rencontrent léchafaud.
Us complotaient à côté de nous, et nous l'ignorions. S'ils eussent réussi, Minette n'aïu'ait plus de père aujourd'hui. Les deux premiers' ne m'avaient point oublié dans leur table de proscription. Je n'avais jamais parlé h ces garnements ; peut-être même, le son de ma voix leur était inconnu, et toutefois ils
1. Ronsin et Pereyra. Le troisième coiispiialeur s'appelait Défieui.
m'avaient accablé, à deux reprises, de grosses et sales injures, si toutefois Thomme de bien, l'homme vertueux peut se croire injurié par d'aussi viles créatures. Cependant, comme ils travaillaient dans le mystère et dans les ténèbres, le régime de Sainte-Pélagie resta toujours le même, à peu de chose près. Les communications des maris et des pères avec leurs femmes et leurs enfants ne cessèrent jamais pour ceux qui, comme moi, n'écrivaient et ne recevaient que les expressions d'une douleur prudente et d'une tendresse toujours respectable. Nous arrivâmes à Saint-Lazare, et le complot, ayant pris alors plus de vie, et s'approchant de l'action, fut connu du comité de Salut public. Dès lors la surveillance, la sévérité et la rigueur, nous environnèrent tous, et pesèrent indistinctement sur les coupables et les innocents. On avait accordé aux nôtres quelques permissions pour nous voir ; on les a supprimées. On vous laissait approcher dans la cour, jusque sous nos fenêtres; ces approches ont été défendues. Vous pouviez encore nous apercevoir de loin, en vous plaçant sur le seuil de la deuxième grande porte qui restait ouverte ; la deuxième grande porte a été fermée, on n'en ouvre plus qu'à moitié une espèce de guichet qu'on referme à l'instant que les commissionnaires intérieurs sont passés. Ces commissionnaires nous apportaient eux-mêmes dans nos corridors, jusque dans nos chambres, les paniers qu'on leur avait remis pour nous ; on leur a ordonné de les déposer au guichet du premier oià nous sommes obUgés d'aller les attendre pour les porter nous-mêmes. Nous pouvions du moins écrire à nos amis, à nos parents, tout ce que nous sentions pour eux d'attachement, de tendresse, de reconnaissance ; la reconnaissance est défendue, la tendresse proscrite comme inutile, et l'attachement ne ])eut se manifester que d'une manière vague, et dans l'espace de quelques mots. Ma dernière décadienne n'a pu obtenir le timbre du greffe auquel je l'avais présentée*. Le concierge a été effrayé de ces huit
1. Cette obligation du visa cuùlail beaucoup à Rouchcr. Iiaus une lettre qu'il écrivait à sa femme, le 2 veutùse et qui est restée inédite, il disait : « C'était seulement devant les dieux pénates que se traitaient
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pages niôlccs do prose et de vers, qui sont hien loin de fout projet, de toute pensée de conspiration. Quand Virgile écrivit le début de ses Géorgiqiies, il était bien loin de penser qu'il existerait un jour un pays, dans les Gaules, où la traduction de ses vers, en vers bons ou mauvais, n'aurait pas la permission de passer d'un père à sa fille.
Cet excès de rigueur paraissait, il y a deux jours, sur le point de s'adoucir. Mais voilà qu'un de nos codétenus a écrit, hier, une longue lettre sur les événements du jour, à l'un des détenus au Luxembourg. Cette lettre qui porte, sans doute, avec elle ou quelque preuve ou quelque indice qui rend deux personnes à la fois à craindre, a été arrêtée au passage, et les rigueurs contre toute communication recommencent de plus belle. On nous a annoncé que nous ne pouvions plus envoyer et recevoir que des chiffons de papier, chargés uniquement de la demande et de l'envoi de nos besoins.
11 faut donc, ma chère Minette, aviser à quebjue moyen sûr et secret de continuer, sans embargo, notre tant douce correspondance morale et littéraire. Pour cela, achetez deux boîtes ou d'écaillé, ou de corne, ou de bois, les plus plates possible, fermant bien, sans couleur ni vernis, et d'une capacité suffisante pour contenir trois ou quatre fi'uilles de papier, pliées du format de mes lettres. Toutes les fois que vous m'enverrez des provisions, vous placerez l'une de ces boîtes au fond de l'un des vases qui contiendront ou lentilles, ou épinards, ou pommes de terre, en un mot tout ce qui ne sera pas liquide. Nous continuerons à ne nous parler qu'amitié, morale, science et littérature.
Quand la seconde de ces boîtes m'arrivera, je te renverrai la première remplie de ma façon et arrangée, sans (ju'on s'en doute, parmi toutes les poteries qui encombrent mon panier de renvoi;
cliez les anciens les clioses les plus importantes de la famille et tout ce qui n'était pas sous l'autorité la plus sainte de la nature, sous celle du père, était écarté comme profane. »
Roucher employait encore un autre moyen quand les lettres étaient volumineuses. Il les mettait à la page convenue d'un livre qu'il renvoyait à sa famille ; c'est ainsi qu'il put faire passer les lettres relatives à la translation de Sainte- Pélagie à Saint-Lazare. André Chénier procédait autrement ; il écrivait ses lettres ou ses vers, en caractères très fins, sur d'étroites bandes de papier, cachées dans les paquets de linge qu'un commissionnaire reportait toutes les semaines chez M. de Chénier.
La Providence, pour adoucir les cruelles douleurs du poète des Mois, lui ménagea une grande consolation pendant les quatre derniers mois de sa captivité ; il fut autorisé à garder auprès de lui son fils Emile, charmant enfant de cinq ans dont le babil gracieux déridait tous les visages.
Eulalie, qui l'appelait en riant « le petit suspect», avait présidé à sa première éducation ; elle lui avait donné quelque chose de son esprit et de son canir. Souvent, dans ses lettres, elle en parlait à son père, à qui elle se plaisait à répéter les saillies de l'enfant :
Il \w demanda hier au soir, à propos du mariage d'Cliso, qui fait un grand événement dans sa tête, car ce madame à une de ses compagnes de jeu lui a paru très extiaordinaire ; il me demanda donc pourquoi, moi (pii suis plus grando, je n'étais pas encore mariée. — C'est, mon ami, lui répundis-ji', que je n'ai encore trouvé personne cpie fnimasse bien et qui me plût. — Eh bien, épouse papa! Mot touchant, conséquence charmante et plus juste encore !
La présence de cet enfant dans la cellule paternelle a inspiré à Uoucher la peinture touchante dune des matinées de la prison K