‹ Pendant le terreurChapitre 67 sur 84 · llUHiit · texte numérisé non relu

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2. lùilalie et une de ses amies, mademoiselle Monnel, que Roucher appelait VArc/uutye.

LR POKTE ROUCHER. 295

Oui, mon cIkt papa, nous avons été à la fêle de l'Être supiéme sous les ailes très respectables de notre propriétaire et de la tante de Clémence. Il faisait une telle poussière, un tel soleil, il y avait une telle foule que la sok'iniité a été perdue à peu près pour notre vue ; mais notre imagination ne restait point en rt'pos. Nous étions sorties d"ici à peu près à onze heures et nous ne sommes rentrées qu'à sept heures, mourant autant de faim que de soif. Je n'ai rien entendu de la musique ; on m'a dit qu'elle était d'un assez bel ellet. Ce qui m'a donné le plus de plaisir, c'est la gaieté et l'air d'allégresse de ce peuple immense. Pourquoi, me disais-je, n'est-il pas permis à tout le monde d'en être le témoin ? Les rues offraient un coup d'oeil délicieux, surtout celles qui, comme la rue Saint-Jacques, sont en entilade. Je me croyais dans les Indes où elles sont plantées d'arbres ; ce n'était partout (ju'une tapisserie de verdure. Chacun avait ariangé sa porte, sa fenêtre à son goût. Les uns avaient fait des festons de roses, les autres des couronnes. Ceux-ci avaient planté des arbres tout entiers, ceu.'c-là des buissons de chèvrefeuille et de divers arbrisseaux. On sortait de notre maison sous une voûte de vt/rdure ; aussi, nos tilleuls n'avaient pas été mis à petite contribution. Celte tapissi>rie végétali' semblait répandre une certaine fraîcheur que le jour rendait encon- plus aimable. Après avoir ainsi parcouru un assez grand nombre de rues, car de la maison au Champ de Mars il s'en trouve quelques-unes, nous avons été examiner, avant que la cérémonie commençât, la montagne sur laquelle la Convention et tout le cortège delà fête devaient se rendre et offrir à cette nature, — car c'est là ce que j'appelle l'Être suprême, — un culte simple et épuié, tel (|uil aurait toujours dû l'èlre.

Ce jour que Rouclier croyait si beau n'eut pas de lendemain ; au contraire, la loi du 2:2 prairial, honte éternelle de la justice humaine, allait aggraver encore la situation des prisonniers. Tandis que Paris était frappé de stupeur et que la province n'osait plus correspondre avec la capitale, dans les prisons on ne savait à quelles douleurs nouvelles

on allait se trouver exposé. Chaque jour amenait un ralTinenient dans la cruauté. Le 28 prairial, Roucher écrivait :

Depuis le 26, il nous est défendu d'avoir de la lumière dans nos chambres. Il faut souper et se coucher dans les ténèbres. Tous les détenus, il est vrai, ne se conforment point à cet ordre ; mais mon loise-man et moi, nous courbons la tête sous Tautorité, persuadés qu'il faut obéir partout, en liberté comme en prison, mais en prison surtout. On ne nous a pas mis ici pour nos aises avoir. D'ailleurs, le détenu le plus sage est celui qui se fait le moins remarquer. Cache ta rie est un mot qui aurait dû être fait tout exprès pour les maisons de détention. Du moins, j'en ai fait ici la règle de ma conduite. Cependant cette privation de lumière m'empêche de te donner mes heures de silence; elles étaient si agréablement remplies quand je les employais à causer avec toi !..

Le lendemain, on annonce que les communications avec l'extérieur vont être définitivement interdites:

Je t'écris, ma chère rnfaiit, tandis qui' n'existe pas encore pdur nous la défense de commnni(juer au dehors. Aprèsdemain, dit-on, !'■'■ messidor, nous devons manger en commun, au grand réfectoire. Hier, on a affiché la défense de recevoir aucun des journaux. 11 n'arrivait ici depuis longtemps (|ue celui du soir; c'était peu de chose en soi, mais c'était beaucoup ; nous savions an moins la marche de la Convention et les jugements du tribunal révolutionnaire*. Aujourd'hui nous ne saurons rien. Nous voilà lolalement sépares de la société. Je ne m'en plains jias, au contraire, je rends grâces à cette défense; elle nous épargnera tous les calculs, toutes les combinaisons de la peur; car les prisonniers ont le malheureux talent de conjecturer en noir, comme s'ils prenaient plaisir à

1. C'est par là qiio Houclier avait appris la mort de Railly cl do tant d'autres dont le sort devait lui faire pressentir le sien.

i.K POÈTE noue 11 F, n. 2ÎI7

ajouter oux-iiiôint's aux niallifurs de lairaliU' par li.-s chiinèn.'.s de l'imaî-'inalion. Quant à la permission d'écrire aux siens, je ne la verrai point supprimée sans le plus {.'rand clia;j;rin. C'est alors que je serai véritablement malheureux. Notre commerce épistolaire, ma bien-aimée Mim'tte, me donne une grande jouissance. S'il faut y renoncer, je perds tous mes plaisirs. Mais n'anticipons point sur l'infortune ; on met toujotus assez tôt le pied dans ce i)ays maudit.

Puis, il faut passer au greffe pour faire la déclaration de son avoir.

La mienne a été bientôt faite '. Rien est un mot qui non plus que la chose ne tient pas faraude place. J'aurais été bien malheureux d'avoir quelque chose à déclarer. Il vaut mieux vivre dans la pauvreté. La vertu et le repos sont plus près de cet état que de celui de la richesse.

Et cet appel navrant, dans le post-scriptum :

De^ros sols, je l'en prie; je suis à mes quatre derniers.

Le 3 messidor, un rapport d'Herman, « président de la commission des administrations civile, de police, et tribunaux, » dénonçait les prisons comme « pleines de gens ayant trempé dans les diverses factions ou conjurations que lu Convention avait anéanties et dont elle avait puni les chefs. » Le 7, le Comité où siègent Robespierre, Rillaud-Yarennes, Barère, Garnot. Couthon, Prieur et CoUot d'Herbois approuve « toutes les mesures et tous les moyens poui' rétablir l'ordre dans les prisons. »

C'est pour répondre à cette invitation ofllciouse que l'on invente ces conspirations qui, nées sous les verrous, devaient avoir pour but d'anéantir les comités de salut public et de

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