‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 109 sur 200 · Loi des Frisons, titre XXI · texte numérisé non relu

Loi des Frisons, titre XXI

406* (1933. III, f° i52 v°). — Me voici arrivé au livre XXIX, et je ne l'ai point commencé sans faire de nouveaux sacrifices et avoir bâti un temple à l'Ennui et à la Patience.

5 407*(i7i8.III, f° 44 v0). — L'abbé de Saint-Pierre dit : « Il faut choisir d'honnêtes gens; » comme on dit, lorsqu'on enrôle : « Il faut prendre un homme de 5 pieds, 6 pouces. >

408* (1876. III, f° 11 5). — Pour la Composition des 10 Loix l . — L'abbé de Saint-Pierre, qui étoit le meilleur honnête homme qui fut jamais, ne sait, pour chaque inconvénient, dire autre chose si ce n'est qu'il faut assembler dix honnêtes gens. On diroit que c'est un major qui choisit des soldats, et qui dit : « Il i5 faut qu'ils ayent 5 pieds, 8 pouces. > Il faut que les loix commencent par travailler à faire des honnêtes gens, avant de penser à les choisir. Il ne faut pas commencer par parler de ces gens-là. Il y en a si peu que cela ne vaut pas la peine.

20 409* (ig3i. III, f° i52). — Les évêques y avoient déjà mis toutes les loix que nous voyons établies en Espagne dans le Tribunal de l'Inquisition. Mais les évêques n'en profitèrent pas tant qu'ils pensoient. Les moines arrivent et se saisissent de la

25 dévotion des peuples. Le peuple bigot court à eux et les trouve plus catholiques que les évêques. Ils

1. Continuation des Matériaux qui n'ont pu entrer dans V « Esprit des Loix ».

deviennent les inquisiteurs et soumettent les évêques même à leur autorité.

C'est le sort de ceux qui abusent du pouvoir que Ton en abuse bientôt contre eux-mêmes, et, comme l'injustice passe en d'autres mains, il 5 sera éternellement de la sagesse des hommes d'avoir de la modération et de se réfugier dans l'équité.

410* (1934. III, f° i53). — Lorsqu'une loi paroît bizarre, et qu'on ne voit pas que le Législateur ait 10 eu intérêt à la faire telle (ce qu'on peut présumer lorsque cette loi n'est fiscale ni tyrannique), on doit croire qu'elle est plus raisonnable qu'elle ne paroît, et qu'elle est fondée sur une raison suffisante. La loi de Gengis-Kan défendoit aux Mogols d'appro- i5 cher des eaux pendant le tonnerre. Il vouloit empêcher que les Mogols, dans un pays où le tonnerre est très fréquent, se mettoient (sic) d'abord dans l'eau, ne se noyassent1.

411*(i922.III, f° 149). — Des Loix nouvelles. — Les 20 loix nouvelles prouvent l'attention de ceux qui gouvernent. Mais l'exécution des loix anciennes la prouveroit encore mieux. Je ne voudrois pourtant pas blâmer les Romains des grands changements qui arrivèrent dans leur jurisprudence : ils changé- 25 rent le gouvernement, et il fallut que leurs loix civiles suivissent leurs loix politiques.

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