‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 134 sur 200 · J'étois très jeune quand je lis cette lettre · texte numérisé non relu

J'étois très jeune quand je lis cette lettre

agréable des douceurs passées. Mais ici le présent fait la honte, et le passé désespère.

511* (1047. II, f° 5g v°). — Que la haine que vous avez pour le mariage est juste! La raison vous a fait 5 sentir ce que l'expérience seule peut faire connoître aux autres.

Lorsque, par des nœuds solennels, Deux fidèles amants, que même ardeur anime, Vont s'unir l'un à l'autre, aux yeux des Immortels, o L'Amour est toujours la victime

Qu'on immole sur les autels.

Vous savez bien qu'autrefois les gens du bel air ne se marioient point.

Vous connoissez Coriolan, 5 Amadis, Roger et Rolan (sic).

Quoique amoureux, quoique fidèles, Ils détestoient le sacrement, Et, contents de plaire à leurs belles, Ils n'épousoient que leurs querelles.

o Vous voyez, Mademoiselle, qu'il ne faut point confondre les chaînes de l'Hymen avec celles de l'Amour; il ne faut point se marier; mais il faut aimer, et tout le monde doit être là-dessus de même religion.

,5 Iris, ne soyez point sévère.

Aimez, soupirez nuit et jour.

Le plus adorable mystère Est le mystère de l'Amour.

Point de salut hors de Cythère.

Aimez, sur ma parole, Mademoiselle; je sais ce qui en est. 5

Goûtez ce plaisir extrême :

C'est la seule félicité.

Il fait le bonheur des Dieux mêmes Et leur ôte l'ennui de l'immortalité.

512* (1048. II, f° 60). — Je suis désolé. Figure-toi 10 que je suis encore dans l'horrible état où nous étions quand nous nous séparâmes. T'en souviens-tu bien, ma chère enfant? Ton trouble te permit-il de t'apercevoir de tout le mien. Je ne te parle plus de ce jour que nous passâmes dans les larmes, mais de ce cruel i5 moment où on nous arracha et la douceur de pleurer et la consolation de nous plaindre. Te souvienstu de cette Junon qui nous étudioit sans cesse et cherchoit nos soupirs jusques dans notre cœur? Te souviens-tu de ce corsaire qui portoit la cruauté 20 jusqu'à vouloir nous réjouir? Que je souffris ! Encore, si j'avois pu, en te quittant, te bien peindre mon désespoir, j'aurois trouvé de la consolation à te faire voir que je ne suis pas indigne de tout ton amour. Je crains toujours de ne t'avoir pas fait con- 25 noître tout le mien. Je t'ai dit un million de fois que je t'aime avec fureur. Je crois toujours ne te l'avoir pas assez dit, et je voudrois mourir en te le disant.

513 (517. I, p. 420). — A Sarrau dePichon. — Vous

n'êtes point, comme vous dites, un simple laboureur

de la République des Sciences (observateur), à

moins que ce ne soit comme autrefois, où les Roix

5 étoient laboureurs et bergers.

514 (iog3. II,f°68v°). — J'écrivois à une personne : « Je crois que les Grâces vous ont envoyée pour nous apprendre ce qu'elles disent, et ce qu'elles font. »

515 (1 144. II, f° 78 v°). — Ayant une affaire avec 10 une femme, je vis de loin que j'allois avoir un successeur, et je le vis bientôt de près. Je lui renvoyai ses lettres et lui écrivis : « Peut-être trouverez-vous autant de plaisir à recevoir ces lettres, que vous en avez eu à les écrire. »

i5 516(i288. II, f° 1 36). — Pardonnez, Monsieur, si je m'arrache de mon sujet; il faut que je me prive du plaisir de parler encore de vous.

517 (1 332. II, f° 186). — J'ai gagné mon procès! Voilà une plaisante lettre où je ne vous parle que

20 de moi! Mais, pour vous parler bien de moi, il faudroit que je vous parlasse de vous-même.

518 (1 333. II, f° 186). — Il me semble que les Grâces vous ont envoyée pour nous apprendre ce qu'elles disent et ce qu'elles font. Ne prenez point cette

23 lettre pour une déclaration d'amour, mais comme la seule manière qu'il y ait de vous écrire. Il me semble t. 1. 33

que c'est un discours ordinaire, et que je n'ai fait que parler de vous.

519* (i543. II, f° 244). — La Patrie croit avoir perdu son père; chaque citoyen, son ami; chaque infortuné, son protecteur... Si vous n'avez pas réparé 5 tout le mal, vous avez, du moins, fait que ceux qui viendront après vous, seront obligés de chercher à finir ce que vous avez commencé ou de renoncer à la gloire... Vos grâces et vos refus étoient toujours en faveur de la Patrie. Vous refusiez comme un 10 père de famille refuse à ses enfants. Vous refusiez comme un père, et vous accordiez comme un ami.

520(2074. III, f° 343). — On admire votre Altesse, quand on la voit de loin ; on l'aime, quand on la voit de près : il semble que vous ayez été faite pour faire sen- i5 tir la différence qu'il y a entre la noblesse et la fierté.

521* (2088. III, f° 345 v°). — Vous reçûtes, il y a 3 ou 4 jours, un culte de la part de M*** et de moi : l'encens fuma, et je ne sais s'il monta jusqu'à vous.

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