‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 140 sur 200 · Tnutile · texte numérisé non relu

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534 (2i65. III, f° 356). — Matériaux divers. — Je crus que je recevrois M. de Buffon à l'Académie, et je voulois mettre dans mon discours :

< Les talents sembloient naître sous la main et 5 sous les regards du Roi. »

< Que les étrangers appellent à eux nos plus rares esprits, c'est notre gloire : la forge en est chez nous.»

Je disois de Buffon, de son livre :

< Ces grandes conceptions, dans cette manière 10 hardie, noble et fière, qui ressemble si bien à celle

de Michel -Ange :

> Di Michel Angel la terribil via... »

« Il y a ordinairement plus de places que d'hommes ;

aujourd'hui, nous avions plus d'hommes que de

i5 places; c'est l'effet de la protection que le Roi, etc. »

« Ce que l'Académie vous a accordé d'elle-même, nous l'avons tous demandé, et, ce que le public apprenoit autrefois par des sollicitations, il ne l'a su aujourd'hui que par notre choix.

20 » Ainsi on vous a épargné cette rougeur qui coûte tant aux gens de mérite, de dire qu'ils en ont.

» Conserver au mérite sa modestie, c'est lui conserver ses grâces ; c'est lui laisser l'avantage de plaire une seconde fois.

25 » Je croirai suivre l'esprit de l'Académie en supprimant les éloges. Ses louanges, c'est ce qu'elle a fait. En vous choisissant, Monsieur, elle vous a tout dit. »

535* (2 177. III, f9 36 1 v°). — Je croyois faire l'éloge de M. l'archevêque de Sens; je disois:

3o « On peut dire de lui que, dans un temps où la

plupart des gens faisoit voir plus de passion que de zèle, celui-ci a montré plus de zèle que de passion.

> Ses souffrances, sa pauvreté sans dérangement, prouveront à jamais que ce zèle pour la Religion étoit de l'amour pour la Religion.

» Je n'en saurois douter : je sais des gens qu'il avoit cru être ses adversaires; je suis sûr qu'il ne les prenoit pas pour ses ennemis. »

« L'éloquence est relative; la variété des talents la caractérise: le caractère de celle de M. de Sens étoit 10 la discussion; celui de votre esprit est une imagination et une gayeté qui ne vous quitte jamais. Quel bonheur quand la Nature a donné à l'esprit pour caractère cette joye qui ne fait que le bonheur passager des hommes; cette joye qui fuit tous ceux 15 qui la cherchent; qui est sourde à tous ceux qui l'invoquent; qui suit ceux qui veulent la recevoir; qui fuit ceux qui veulent la communiquer; cette gayeté qui, depuis si longtemps a quitté l'esclavage, les richesses et les palais; cette gayeté que la 20 grandeur peut envier, que la grandeur peut avoir, mais que certainement elle ne donne jamais. »

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