PRÉFACES
vous n'eussiez pas les mêmes raisons, mon bonheur fut tel que je vis qu'à mesure que j'avançois vers vous, vous vouliez bien vous approcher de moi. Et telle fut ma situation que je fus presque obligé 5 par reconnoissance de chérir ce que j'admirois. Voilà ce qui m'a déterminé à vous consacrer ce petit ouvrage : car, si le hasard le fait passer à la postérité, il sera le monument éternel d'une amitié qui me touche plus que la gloire.
ro 537* (237. I, p. 253). — Je ne ferai point d'épître
dédicatoire : ceux qui font profession de dire la
vérité ne doivent point espérer de protection sur la
Terre.
J'entreprends un ouvrage de longue haleine :
ï5 l'histoire de la Société est plus féconde en grands événements que celle des nations les plus belliqueuses. On y trouve une grande compagnie, dans une guerre continuelle contre un monde d'ennemis, attaquer et se défendre avec le même courage.
20 Toujours obstinée dans les bons et dans les mauvais succès, elle profite des uns par son adresse et sait réparer les autres par sa fermeté. C'est sous l'étendard de la Religion que l'on combat pour des intérêts purement humains, et qu'on travaille à s'entre-
25 détruire. Les princes qui sont amenés sur la scène augmentent le trouble, bien loin de l'apaiser, et, au lieu de se porter pour médiateurs, ils deviennent eux-mêmes chefs de parti.
538*(i642. III, f<> 4 v°). — Petite Préface pour VHis-
toire de France. — Un docteur de l'Université de Salamanque a trouvé, par un calcul exact, que, depuis la mort de Henri IV jusqu'au traité des Pyrénées, les ligues, les associations de la noblesse, les délibérations des parlements, les différentes 5 expéditions, les traités de paix et de guerre, ne coûtèrent que 118 minutes de réflexion à toutes les têtes françoises; qu'en remontant plus haut, aux règnes de Henri III, Charles IX, François II, ils furent dans une distraction générale et s'entre- 10 tuèrent, toujours sans y penser. Un de leur roi qui, par hasard, pensoit beaucoup, se voyant chef d'une nation qui ne pensoit pas, entreprit de la subjuguer, y réussit, et se mit, comme il disoit, hors de page. i5
539*(n83.II, f°83). - Je suis dans des circonstances les plus propres du Monde pour écrire l'histoire. Je n'ai aucune vue de fortune: j'ai un tel bien, et ma naissance est telle, que je n'ai ni à rougir de l'une, ni à envier ou admirer l'autre. Je n'ai point 20 été employé dans les affaires, et je n'ai à parler ni pour ma vanité, ni pour ma justification. J'ai vécu dans le monde, et j'ai eu des liaisons, et même d'amitié, avec des gens qui avoient vécu à la cour du prince dont je décris la vie. J'ai su quantité 25 d'anecdotes dans le monde où j'ai vécu une partie de ma vie. Je ne suis ni trop éloigné du temps où ce monarque a vécu pour ignorer bien des circonstances, ni trop près pour en être ébloui. Je suis dans un temps où Ton est beaucoup revenu de l'ad- 3o