‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 155 sur 200 · Suétone, In Domitiano · texte numérisé non relu

Suétone, In Domitiano

seule déroberoit aux yeux, pour les mieux montrer à l'imagination.

569 (5oo. I, p. 4i3). — Dans le temps que l'Empire romain étoit dans sa grandeur, il s'en forma un autre destiné à le mortifier : ce furent les Parthes. 5 Ils firent périr Crassus, couvrirent de honte Antoine; ils insultèrent Tibère. Enfin, les Carthaginois, Mithridate et eux furent les seuls vrais ennemis des Romains1.

570 (5oi. I, p. 41 3). — Si quelqu'un vouloit épou- 10 ser une fille sace, il étoit obligé de la combattre, et, s'il étoit vaincu, elle l'amenoit prisonnier.

571 (5 02. I, p. 414). — Religion chrétienne. — Le Paganisme se fatigua vainement pour la détruire. Supérieure au génie des Princes, à la sévérité des *5 magistrats, à la jalousie des prêtres, à la superstition des peuples, elle se rendit dominante.

572 (5o3. I, p. 414). — Les prophètes chrétiens, qui furent manifestés dans l'humiliation, établirent partout l'égalité. Mahomet, qui vécut dans la gloire, 20 établit partout la dépendance.

Sa religion ayant été portée en Asie, en Afrique, en Europe, les prisons se formèrent. La moitié du monde s'éclipsa. On ne vit plus que des grilles et des verroux. Tout fut tendu de noir dans l'Univers, 25

t . *J'ai mis cela dans le traité des Romains*

et le beau sexe, enseveli avec ses charmes, pleura partout sa liberté.

573 (504. I, p. 414). — Les Italiens ont autrefois trouvé, pour s'assurer des femmes, des moyens qui 5 avoient échappé à l'imagination asiatique : ils les ont armées de pointes et de grilles, et ont fait, à leur égard, ce que faisoient, pour leurs héros, les anciens poètes, qui, pour les rendre plus courageux, les rendoient invulnérables.

10 574 (5o5. I, p. 41 5). — On ne permet aux eunuques d'approcher des femmes, à moins qu'outre la facilité d'engendrer on ne leur en ait ôté jusqu'à l'apparence. On ne laisse point de prise à une imagination qui se fatigue toujours. Il y a même des

i5 pays où des misérables ainsi fabriqués tourmentent encore. Il n'y a point de ciseau qui rassure. Quatre eunuques portent dans une chaise bien fermée la reine de Tonkin, et elle n'est vue que de ses filles et de son roi.

20 575 (5o6. I, p. 41 5). — Nous avons une certaine crainte du ridicule que les mauvais plaisants de toutes les nations ont versé sur les accidents du mariage : chacun s'étant toujours plu à toucher une passion qui, remuée dans un homme, aboutit à

25 toutes les autres.

576 (507. I, p. 416). — Parlez de la vengeance, vous ne toucherez que celui qui sera pénétré d'un

affront qu'il aura reçu! Tous les autres seront de glace. Mais parlez de l'amour, vous trouverez tous les cœurs ouverts et toutes les oreilles attentives.

577 (5o8. 1, p. 416). — La Religion a presque toujours décidé des droits des deux sexes et du sort 5 des mariages, et la pudeur a fait bien naturellement qu'elle s'en est mêlée1. Dès que de certaines causes et de certaines actions ont été cachées, on a été porté à les regarder comme impures et illicites, et, comme elles étoient pourtant nécessaires, il a 10 fallu appeler la Religion pour les légitimer dans un cas et les approuver dans un autre.

578(5o9. 1, p. 416). — L'amour veut recevoir autant qu'il donne : c'est le plus personnel de tous les intérêts; c'est là que l'on compare, que l'on compte, i5 que la vanité se défie et ne se rassure jamais assez.

L'amour nous donne, pour être aimés, un titre que notre vanité veut faire valoir à la rigueur, et les hommes les moins aimables appellent toujours ingratitude l'indifférence que l'on a pour leur pas- 20 sion. Si, dans l'incertitude ou la crainte de n'être point aimés, nous venons à soupçonner quelqu'un de l'être, nous sentons une peine qu'on appelle jalousie. Il nous est bien plus naturel de rapporter le mépris que l'on fait de nous à l'injustice d'un 25 rival qu'à nos défauts : car notre vanité nous sert toujours assez bien pour nous faire croire que nous

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