Mis dans les Loix
SUR LA JALOUSIE 3oi
aurions été aimés si un autre n'avoit agi contre nous. On hait un homme qui prend ce que nous croyons nous être dû : en amour, l'on s'imagine que la seule prétention donne un titre légitime1.
5 579* (1622. II, f°4gi). — Nouveaux Fragments d'une « Histoire de la Jalousie'1 » . — Je lis quelquefois toute une histoire sans faire la moindre attention aux coups donnés dans les batailles et à l'épaisseur des murs des villes prises; uniquement attentif à regar-
10 der les hommes, mon plaisir est de voir cette longue suite de passions et de fantaisies.
On verra dans YHistoire de la Jalousie que ce n'est pas toujours la Nature et la Raison qui gouverne (sic) les hommes, mais le pur hasard, et que
i5 certaines circonstances qui ne paroissent pas d'abord
considérables influent tellement sur eux et agissent
avec tant de force et d'assiduité, qu'elles peuvent
donner un tour d'esprit à toute la nature humaine.
Darius ayant fait une loi qui défendoit l'adultère,
20 les Massagètes lui représentèrent qu'ils ne pouvoient y obéir, parce qu'ils avoient coutume de régaler leurs hôtes de leurs femmes. Quelle que fut la force de cette coutume, il est bien certain qu'un Massagète qui aimoit sa femme, et (sic) qu'il prosti-
25 tuoit à un étranger, eût été bien fâché qu'elle eût aimé plus cet étranger que lui. Il vouloit bien remplir un devoir extérieur; mais il souhaitoit sans doute que sa femme se tint purement à la civilité, et