‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 160 sur 200 · Réflexions sur les premières Histoires · texte numérisé non relu

Réflexions sur les premières Histoires

583* (iboi. II, f° 45y). — C'étoit des temps bien extraordinaires que les premiers siècles : il n'y avoit que les princes qui eussent de l'esprit; tous les autres hommes n'avoient pas le sens commun. Il fallut que les Roix enseignassent tous les arts à leurs peuples, 10 qui avoient l'esprit si bouché qu'ils ne s'avisoient pas même des choses les plus simples.

Vous vous rappelez toujours l'idée d'un berger qui vivoit seul dans un désert avec ses troupeaux, et de qui l'on diroit qu'il auroit inventé une bergerie i5 pour les retirer, de faire sécher de l'herbe et de la serrer pour les nourrir l'hiver, de tondre la laine qui les incommodoit. C'est ainsi qu'on nous représente les peuples comme des bêtes, pendant que les princes jouissoient seuls des lumières de la raison. 20

Isis enseigne aux Égyptiens à coudre, à filer, à semer, à cuire le pain. On trouve d'aussi fins inventeurs dans les autres pays : un roi de Macédoine — quelle absurdité! — inventa les poids et les mesures1 ; et, comme si les hommes siffloient auparavant, 25 on dit que Mnémosyne leur apprit à parler2.

Page 1