Le Syncelle rapporte ce fait
2. Cela est conforme à ce que dit Diodore de Sicile, livre V, chapitre XV.
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Quand les Roix eurent donné ces inventions vulgaires, ils s'attachèrent à des recherches plus relevées : ils devinrent excellents médecins, bons astronomes, parfaits mécaniciens. Tout ce qui se 5 découvrit fut sur leur compte. Dans ces temps-là, ils ne levoient de tributs que sur les savants.
Quand je songe que nous ne savons pas au juste qui est celui qui a trouvé la boussole, la poudre, l'imprimerie, ces choses si utiles ou si nuisibles, ces
io choses encore qui sont presque de nos jours et sous nos yeux, que puis-je penser de ceux qui se fatiguent à chercher, dans les temps les plus reculés et les plus obscurs, le nom de ceux qui ont découvert les choses les plus vulgaires ?
i5 Comment ne voit- on pas que les arts les plus communs n'ont eu que des progrès insensibles, et que chaque inventeur a dû toujours être perdu dans le grand nombre de ceux qui ont ajouté à son invention?
20 584* (1602. II, f° 457 v°). — Les premiers héros
étoient bienfaisants : ils protégeoient les voyageurs,
purgeoient la Terre de monstres, entreprenoient des
ouvrages utiles : tels furent Hercule et Thésée.
Dans la suite, ils furent seulement courageux :
25 comme Achille, Ajax, Diomède.
Après cela, ils furent de grands conquérants : comme Philippe et Alexandre.
Enfin, ils devinrent amoureux : comme ceux des romans.
3o A présent, je ne sais ce qu'ils sont. Ils ne sont
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plus sujets aux caprices de la Fortune. On fait valoir un empire comme un fermier fait valoir sa terre : on en tire le plus qu'on peut. Si l'on fait la guerre, elle se fait par commission et seulement pour avoir des terres qui donnent des subsides. Ce qu'on appe- 5 loit autrefois gloire, lauriers, trophées, triomphes, couronnes, est aujourd'hui de l'argent comptant.
585* (i6o3. II, f° 458). — Les premières histoires sont celles des Dieux. Ces Dieux se changent en héros à mesure que les temps deviennent moins 10 grossiers. Ces héros n'ont pour enfants que des hommes, parce que le monde commence à devenir plus éclairé, et que l'on voit les enfants de plus près que les pères.
Les mythologistes, embarrassés à débrouiller l'his- i5 toire et la génération des Dieux, firent deux sectes différentes. Les uns distinguoient et multiplioient les Divinités : tels étoient les poètes et les scholiastes. Les autres, plus subtils, vouloient tout simplifier, tout réduire, tout confondre : de ce nombre étoient 20 les philosophes.
Mais il faut avouer qu'il y avoit bien peu de philosophie à se charger du pénible emploi de mettre la superstition en système et de ranger ce qui étoit sans cesse brouillé par les écarts des poètes, les fantaisies 25 des peintres, l'avarice des prêtres et la prodigieuse fécondité des superstitieux.
Ce n'étoit pas la seule branche de ce procès immortel : les uns, plus grossiers, vouloient tout entendre à la lettre; les autres, plus spirituels, ne 3o
OPUSCULES HISTORIQUES 3oO,
trouvoient que des allégories et rapportoient tout à la morale et à la physique.
Les philosophes révoltés vouloient restreindre ce prodigieux nombre de Divinités, qui avoient passé 5 jusqu'aux noms abstraits des substances. Mais quelle grande différence y avoit-il entre eux, qui animoient toute la nature, et les théologiens, qui la divinisoient tout entière?
586* (1604. II, f° 458 v°). — Ce qui frappe le plus
10 chez les anciens auteurs, c'est que leurs épisodes se ressemblent presque toutes : c'est ou un prince qui a inventé quelque art; un autre qui a consulté un oracle; un autre qui va chercher sa fille, sa femme ou sa sœur qu'on lui a enlevée; un dernier, enfin,
i5 qui a dompté quelque monstre : toujours les mêmes aventures, qui viennent sous des noms différents.
Le pays de Grèce, qui étoit le théâtre d'une bonne partie des anciennes histoires qui nous restent, s'étant partagé en un nombre infini de petites îles,
20 ceux qui, les premiers, le peuplèrent ne l'habitèrent pas en peuple. C'étoit des aventuriers qui passoient les mers et s'établissoient dans ces îles désertes. Chacun venoit avec son oracle (méthode sans doute asiatique) et choisissoit l'endroit qui lui convenoit.
25 Et, comme de pareils aventuriers n'amenoient guère de femmes, il falloit bien en enlever dans cette première vertu, dans ces siècles plus voisins de l'innocence; ces héros prenoient ces femmes farouches comme on prend à présent des villes.
3o Les enlèvements étoient si communs en Grèce
qu'avant que Paris n'eût enlevé Hélène la Grèce s'étoit déjà engagée par serment de faire la guerre à celui qui oseroit l'enlever.
587*(i6o5. II, 459 v°). — On étoit autrefois philosophe à bon marché : il y avoit si peu de vérités 5 connues; on raisonnoit sur des choses si vagues et si générales.
Tout rouloit sur trois ou quatre questions :
Quel étoit le souverain bien.
Quel étoit le principe des choses : ou le feu, ou 10 l'eau, ou les nombres.
Si l'âme étoit immortelle.
Si les Dieux gouvernoient l'Univers.
Celui qui s'étoit déterminé sur quelqu'une de ces questions étoit d'abord philosophe, pour peu qu'il i5 eût de barbe.
588* (1606. II, f° 45gv0). — Le Monde n'a plus cet air riant qu'il avoit du temps des Grecs et des Romains. La Religion étoit douce et toujours d'accord avec la Nature. Une grande gayeté dans le 20 culte étoit jointe à une indépendance entière dans le dogme.
Les jeux, les danses, les fêtes, les théâtres, tout ce qui peut émouvoir, tout ce qui fait sentir, étoit du culte religieux. 25
Si la philosophie payenne vouloit affliger l'Homme par la vue de ses misères, la théologie étoit bien plus consolante. Tout le monde entroit en foule dans cette école des passions. En vain, les philoso-