Voir pour cela Moréri, le père Pétau
DÉCOUVERTES ET INVENTIONS 4g3
ne nous montroit aucuns métaux, les contenoit dans son sein? Comment a-t-on pu imaginer que la terre intérieure, métallique, contenoit des substances d'une autre nature que la terre ordinaire ? 5 II me paroît qu'il a fallu bien des siècles pour cela.
747 (1372. II, f° 196 v°). — On voit par Diodore combien les arts sont anciens. On voit des richesses, chez les premiers roix assyriens, si grandes qu'on voit bien qu'ils n'ont pu les acquérir que par le
10 dépouillement qu'ils firent des nations qu'ils subjuguèrent. Lors de la fondation de leur empire, par exemple, les trois statues d'or massif que Sémiramis plaça sur le temple de Bélus qu'elle bâtit : Jupiter avoit quarante pieds de haut et étoit du
i5 poids de mille talents babyloniens, plus forts d'un septième; celle de Rhéa, sur un chariot d'or, étoit de même poids. Table d'or (cinq cents talents) et autres prodiges en fait de richesses. Les roix de Perse pillèrent tout cela. Voyez aussi, dans tous ces
20 édifices de Sémiramis, combien les arts étoient
perfectionnés : sculpture, Jardins en l'air:
trois couches, la dernière de plomb, pour empêcher que l'humidité de la terre ne penchât les murs. Mur, dans le milieu, creux depuis le haut jusques
25 en bas, dans l'épaisseur duquel on avoit placé des pompes, qui descendoient dans le fleuve et montoient l'eau dans le jardin. (Ils avoient donc déjà l'usage des pompes. Il est vrai que ce jardin étoit postérieur à Sémiramis). Pierre de i3o pieds de lon-
3 d gueur et de 2 5 de largeur et d'épaisseur, qu'elle
tira des montagnes d'Arménie et en fit un obélisque à Babylone. Tout cela tiré de Diodore (livre II). Remarquez aussi que Sémiramis tira des ouvriers de marine de la Phénicie, Syrie, île de Chypre. La nature du pays est de tous les temps. 5
748 (1424. II, f° 2o5). — Ce qui fait que nous sommes si prévenus pour nos modernes, c'est que les découvertes nouvelles nous paroissent plus surprenantes que les anciennes, qui ne nous touchent plus, et dont nous partons toujours. Nous y sommes 10 familiarisés, et il nous semble que tout le monde auroit pu les découvrir. Mais faites la somme des anciennes et des nouvelles, et vous verrez.
749*(i3i3.II, f° 179). —Jean d'Antioche dit que Dioclétien, offensé contre les Égyptiens, fit brûler i5 tous leurs livres anciens « de chemia auri et argenti conscriptos », pour qu'ils n'eussent pas sujet de se révolter, et ne leur vînt de trop grandes richesses l.
Cette maladie est donc bien ancienne, et il n'est pas vrai, comme quelques-uns ont dit, qu'elle soit 20 moderne.
750(329. 1, p. 335). — Il est étonnant que les Romains, qui avoient du verre, ne l'employassent point en vitres, mais se servissent de pierres transparentes, qui certainement ne font pas un si bon effet. 25
751 (992. II, f° 29). — On peut connoître comment 1. Extraits Histoire universelle, page 3n v°.
les poids et mesures des Anciens sont venus jusqu'à nous, par la façon dont sont venus à nous les poids et mesures des Indes, depuis que le commerce des Indes Orientales a été fait directement par l'Europe.
5 752 (86. I, p. 79). — Notre eau-de-vie, qui est une invention nouvelle des Européens, a détruit un nombre infini de Caraïbes, et même, depuis qu'ils en boivent, ils ne vivent pas si longtemps; et je ne suis pas étonné que, n'étant pas préparés à l'ivresse 10 de l'eau-de-vie par l'usage du vin, elle fasse sur eux des effets si étranges.
Nous avons aussi apporté aux Caraïbes le mal de Siam.
Je crois que nous leurs avons aussi apporté la i5 petite vérole (comme à l'Amérique), laquelle nous avoit été apportée par les Arabes.
Ces pays nous ont rendu le pian, qui est communiqué (disent quelques-uns) par la piqûre de certaines mouches dans un endroit écorché, ce qui corn- 20 munique dans le sang, ou (comme dit un auteur anglois) par la morsure d'un serpent.
Les maladies mortelles ne sont donc pas les plus
funestes. Si les mouches n'avoient communiqué que
la peste, ceux qui l'auroient eue seroient morts, et
25 la communication auroit cessé; au lieu qu'elle est
devenue éternelle.
Avec les richesses de tous les climats, nous avons les maladies de tous les climats.
753* (77. I, p. 68). — Il est étonnant que les hom-
mes n'ayent inventé les lettres de change que depuis si peu de temps, quoique il n'y ait rien dans le monde de si utile. Il en est de même des postes. Par l'invention des lettres de change, les Juifs se sont assuré des retraites permanentes : ils ont fixé 5 leur état incertain. Car tel prince qui voudroit se défaire d'eux ne sera pas pour cela d'humeur à se défaire de leur argent.
Nous avons, outre cela, l'invention du linge; de plus, plusieurs remèdes spécifiques. Mais nous avons aussi plusieurs maladies qui n'existoient 10 point.
754* (899. II, f° 11).— Quand on voit, dans l'Antiquité, le cas infini qu'on faisoit d'un philosophe célèbre ou d'un savant, et comme quoi on venoit l'entendre de toutes parts, on diroit que nous i5 n'avons plus le même amour pour les sciences. C'est que, les livres et les bibliothèques étant rares, on estimoit plus la science de ceux qui étoient des livres vivants. — Il sait l'histoire. — Mais j'ai l'histoire. — C'est la découverte de l'imprimerie qui 20 a changé cela: autrefois on estimoit les hommes; à présent, les livres.
755 (653. 1, f° 458 v°). — Nous avons découvert un nouveau monde en grand et un nouveau monde en petit, par les télescopes et les microscopes. 25 Ces découvertes, nous avons l'imprimerie, pour les conserver, la boussole, pour les publier et les répandre.
756 (22o3. III, f° 463 v°). — L'utilité des académies est que, par elles, le savoir est plus propagé. Celui qui a fait quelque découverte ou trouvé quelque secret est porté à le publier, soit pour le consi-
5 gner dans les archives, soit pour en recueillir la gloire et même augmenter sa fortune. Auparavant, les savants étoient plus secrets.
757 (791. I, p. 5n). — A mesure que les princes ont trouvé des arts pour devenir maîtres de nos
10 secrets, par l'art d'ouvrir les lettres sans qu'on s'en aperçoive, nous avons trouvé l'art de publier les leurs par des façons plus secrètes d'imprimer.
758* (79. I, p. 71). — Vol des Oiseaux. — Il y a là trois choses à considérer : la pesanteur de leur i5 corps, l'étendue de leurs ailes et la force du muscle qui pousse l'air. Il faut faire plusieurs observations pour plusieurs oiseaux; voir, en leur laissant autant d'ailes qu'il faut pour le vol, si l'étendue (ou diamètre) de l'aile est proportionnée à la pesanteur, 20 et quel rapport il y a avec la force du muscle : car, plus le muscle est fort, plus il agit sur l'air avec vitesse. Or, c'est cette vitesse qui fait la force : témoin la feuille de papier qu'une balle perce sans la faire mouvoir. Il y a, outre ce, l'habitude : car les 25 oiseaux non accoutumés à voler ne peuvent plus voler.
Or, ce qui fait que les hommes ne peuvent (je crois) parvenir à voler, c'est :
i° Leur grande pesanteur : ce qui demanderoit t. 1. 63
une aile trop étendue et trop difficile à remuer sans accident;
20 Le mouvement de l'épaule, qui devroit suppléer à celui du muscle de Paile, qui est si fort dans les oiseaux, seroit trop foible dans l'homme; sans 5 compter qu'il faudroit que le mouvement partît du centre de gravité; ce qui ne peut être dans l'homme. Pour suppléer à cela, il faudroit que les ailes régnassent tout le long du corps; et, si l'on y parvient, il faudra que l'on imagine quelque machine par 10 laquelle la force du mouvement de l'épaule soit augmentée.
3° Le danger.
Si l'on avoit ce qu'il faut pour voler, on n'y réussiroit pas pour cela : tout homme peut nager, mais i5 très peu le savent et réduisent en acte ce qu'ils ont en puissance. Dans ce cas, il faudroit être suspendu tout le long du corps sur une corde et se faire au mouvement de remuer les ailes. Ainsi les Romains, avant de mettre une flotte en mer, instruisirent leurs 20 matelots futurs en leur faisant faire la manœuvre sur terre. Nos oiseaux de basse-cour ne volent pas (je crois) la plupart du temps, parce qu'ils n'ont pas accoutumé de voler.
On pourroit donner de la force au mouvement 25 du bras, en faisant une espèce de levier, appliquant le point d'appui au milieu du bras. Le long bras seroit depuis le bras jusqu'au point d'appui; le court, depuis le point d'appui jusqu'au point où l'aile seroit attachée. 3o
On pourroit donner une tunique de plumes qui
seroit construite de manière qu'en agitant l'aile pour monter, elles fussent collées sur le corps; après quoi, elles seroient hérissées.
Il faudroit choisir de jeunes enfants : plus de har- 5 diesse, moins de pesanteur; plus propres à instruire; et, par l'habitude, les muscles du bras se fortifieroient.
Ils commenceroient à se laisser tomber d'un lieu un peu élevé, sur un lieu garni de paille ou de ma- 10 telas.
Je crois qu'il faudroit que leurs pieds tombassent sous le ventre, et qu'on leur donnât une espèce de queue. La même action qui feroit mouvoir les ailes pourroit faire mouvoir cette queue.
i5 Le point d'appui seroit appliqué à une ceinture de fer, fort mince et légère.
Il faudroit comparer l'aile de plusieurs oiseaux avec leur pesanteur. On verroit ce qui resteroit pour la force du muscle. 20 II faudra voir les éclaircissements que Ton pourra tirer du traité de Borelli, De Motu Animalium1.
759 (1070. II, f° 66). — Sur les nouvelles découvertes, je disois : « Nous avons été bien loin pour des hommes. >
25 760 (797. I, p. 5i3). — Il ne seroit peut-être pas impossible qu'on ne perdît quelque jour la boussole.
1. Il y a un livre sur le vol des oiseaux, in-folio. — Il faut le voir.