‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 33 sur 200 · SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE

20 (1627. II, f° 493). — Je disois : «Je n'aime pas les bons mots grivois. >

21 (475. 1, p. 401). — Je n'épouse pas les opinions, excepté celles des livres d'Euclide.

5 22* (14 14. II, f° 204). — Je disois: «Je ne suis ni des vingt personnes qui savent ces sciences-là dans Paris, ni des cinquante mille qui croyent les savoir. »

23 (378. 1, p. 359). — J'aurois bien exécuté la Religion payenne: il ne s'agissoit que de fléchir le genou

10 devant quelque statue.

24 (1 134. II, f° 78). -- Ce que c'est que d'être modéré dans ses principes! Je passe en France pour avoir peu de religion, et en Angleterre pour en avoir trop.

i5 25 (141 7. II, f° 204). — Je disois: «J'aime les maisons où je puis me tirer d'affaires avec mon esprit de tous les jours. >

26 (2208. III, f°464). — Si j'avois l'honneur d'être

pape, j'enverrois promener tous les maîtres des céré-

20 monies,etj'aimerois mieux être un homme qu'unDieu.

27* (1437. II, f° 207). — Je suis un bon citoyen; mais, dans quelque pays que je fusse né, je l'aurois été tout de même.

Je suis un bon citoyen parce que j'ai toujours

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été content de l'état où je suis; que j'ai toujours approuvé ma fortune, et que je n'ai jamais rougi d'elle, ni envié celle des autres.

Je suis un bon citoyen parce que j'aime le gouvernement où je suis né, sans le craindre, et que je 5 n'en attends d'autres faveurs que ce bien infini que je partage avec tous mes compatriotes; et je rends grâces au Ciel de ce qu'ayant mis en moi de la médiocrité en tout il a bien voulu en mettre un peu moins dans mon âme. 10

28 (1456. II, f° 214). — J'écrivois sur un oubli: «Je suis distrait; je n'ai de mémoire que dans le cœur. »

29 (1 343. II, f° 193). — Je disois à un homme qui parloit mal de mon ami : « Attaquez-moi, et laissez 15 mes amis. >

30 (2085. III, f° 345 v°). — Quelqu'un me reprochoit d'avoir changé à son égard. Je lui dis : « Si c'est un changement pour vous, c'est une révolution pour moi. » 20

31 (2097. III, f° 348 v°). -— Si un prince est jamais assez sot pour me faire son favori, je le ruinerai.

32 (2140. III, f° 35 1 v°). — J'aimerois mieux aller dans mon carrosse avec une c... qu'avec le c... de

Ch ; parce que j'aime mieux qu'on croye que j'ai ^5

un vice que le goût mauvais.

33 (998. II, f° 3o). — Je hais Versailles, parce que tout le monde y est petit. J'aime Paris, parce que tout le monde y est grand.

34 (2169. III, f° 359). — Ce qui fait que j'aime à 5 être à La Brède, c'est qu'à La Brède il me semble

que mon argent est sous mes pieds. A Paris, il me semble que je l'ai sur mes épaules. A Paris, je dis : « Il ne faut dépenser que cela. » A ma campagne, je dis : « Il faut que je dépense tout cela. »

35 (1973. III, f° 278 v°). — Il y a des gens qui ont pour moyen de conserver leur santé de se purger, saigner, etc. Moi, je n'ai pour régime que de faire diète quand j'ai fait des excès, et de dormir quand j'ai

i5 veillé, et de ne prendre d'ennui ni par les chagrins, ni par les plaisirs, ni par le travail, ni par l'oisiveté.

36 (11 33. II, f°78). — Dieu m'adonne du bien, et je me suis donné du superflu.

37 (1182. II, f° 82 v°). — Je ne me consolerois pas 20 de n'avoir point fait fortune, si j'étois né en Angleterre. Je ne suis point du tout fâché de ne l'avoir pas faite, en France.

38(879. II, f° 4 v°). — D***, qui avoit de certaines

fins, me fit entendre qu'on me donneroit une pension. Je dis que, n'ayant point fait de bassesses, je n'avois pas besoin d'être consolé par des grâces.

39 (1686. III, f° 34). — Je ne serois point (sic) du tout d'une plus grande fortune. Mais, pour celles de ces 5 sens d'affaires :

« Non equidem invideo; miror magis... »

40 (1981. III, f° 279 v°). — Je jouois mal; je quittai un ridicule qui me coûtoit beaucoup d'argent. Je veux être comme ceux qui ont des ridicules qui ne 10 leur coûtent rien.

41 (2228. III, f° 465 v°). — Je disois que je n'étois pas assez grand seigneur pour n'avoir pas un sol et ne savoir où donner de la tête.

42* (2229. III, f° 465 v°). — Je ne ,demande à ma i5 patrie ni pensions, ni honneurs, ni distinctions; je me trouve amplement récompensé par l'air que j'y respire ; je voudrois seulement qu'on ne l'y corrompît point.

43 (1346. II, f° 193 v°). — Je disois: «J'ai un nombre 20 innombrable d'affaires que je n'ai pas. »

44 (2240. III, f° 466 v°). — Je disois : « Je ne veux point quitter les affaires que l'on a, pour celles qu'on se donne. »

45 (217. 1, p. 239). — Spectacles. — Je me souviens que, sortant d'une pièce intitulée Esope à la Cour, j'en sortis si pénétré du désir d'être plus honnête homme, que je ne sache jamais avoir formé une

5 résolution plus forte; bien différent de cet ancien qui disoit qu'il n'étoit jamais sorti des spectacles aussi vertueux qu'il y étoit entré.

C'est que ce ne sont plus les mêmes choses.

46 (1001. II, f° 3o). — Je disois, étant à Chantilly, 10 que je faisois maigre par politesse : M. le Duc étoit

dévot.

47 (2134. III, f° 35 1). — Le comte de Kinski me dit lorsque j'arrivai à Vienne : « Vous trouverez le palais de l'Empereur bien vilain. » Je lui répondis :

i5 « Monsieur, on aime assez à voir un vilain palais d'un prince dont les maisons des sujets sont belles. »

48 (21 35. III, f°35i). — Le prince Eugène me disoit: «Je n'ai jamais écouté ces faiseurs de projets sur

20 les finances; parce que, que l'on mette l'impôt sur les souliers ou sur la perruque, cela vient au même. »

Il avoit bien raison : ce sont les perpétuelles réformes qui font que l'on a besoin de réforme.

25 49 (2123. III, f° 35o). — Je 'trouvois à Vienne les ministres très affables. Je leur disois : « Vous êtes des ministres le matin et des hommes le soir. »

50 (2i36. III, f°35i). — Les Grecs disoient : « Il n'est beau de vieillir qu'à Sparte. » Moi, je disois: « Il n'est beau de vieillir qu'à Vienne. » Les femmes de soixante ans y avoient des amants; les laides y avoient des amants. Enfin, on meurt à Vienne; 5 mais on n'y vieillit jamais.

51 (339. I, p. 338). — Je disois que je voulois voir la Hongrie, parce que tous les états d'Europe avoient été comme est la Hongrie à présent, et que je voulois voir les mœurs de nos pères. 10

52 (997. II, f° 3o). — Lorsque j'étois à Florence, et que je voyois les manières simples de ce pays : un sénateur, le jour, avec son chapeau de paille; le soir, avec sa petite lanterne : j'étois enchanté, je faisois comme eux, et je disois : «Je suis comme le i5 grand Cosme. » Effectivement, là, vous êtes gouverné par un grand seigneur qui fait le bourgeois; ailleurs, par des bourgeois qui font les grands seigneurs.

53 (632. I, f°453). — Je dis, à Rome, à M. le cardi- 20 nal Alberoni qu'il avoit rétabli l'Espagne avec ces deux mots : Oui et Non. Quand il avoit dit une de ces paroles, et il les disoit d'abord, elles étoient irrévocables. Il n'y eut plus de lenteur.

54 (21 53. III, f° 352 v°). — Nous entendîmes au 25 Collège Clémentin, à Rome, une tragédie détestable, sans aucun mélange de mauvais ni de médiocre. Il

n'en faut pas davantage pour perdre le goût des enfants.

55 (n 38. II, f° 78 v°). — Je disois à Rome : « Je n'achète ni des pucelages, ni des tableaux de 5 Raphaël. »

56* (763. I, f° 5oo). — To the King. — « La plupart

des m. (?) viennent avec des desseins cachés et des

négociations secrètes. Pour moi, je puis révéler à

votre Majesté toutes mes instructions : je n'y viens

10 que pour cultiver l'amitié. »

57* (762. 1, p. 5oo). — To the Queen of England. — « La grandeur de votre esprit est si connue dans l'Europe qu'il semble qu'il ne soit plus permis de le louer.

i5 » C'est cet heureux talent, ce charme séducteur, qui fait que vous vous communiquez à tous vos sujets sans rien perdre de votre rang et sans confondre les conditions.

» Vous régnez sur un peuple nombreux. Le Ciel,

20 qui vous a accordé de régner sur tant de royaumes, n'a accordé à aucun de vos sujets le bonheur dont vous jouissez dans votre famille. »

58 (662. I, p. 462). — La reine d'Angleterre me fit

25 l'honneur de me dire qu'elle remercioit Dieu de ce

que le pouvoir des rois d'Angleterre étoit borné

par les loix. Je lui dis : « Madame, votre Majesté

dit là une chose si belle qu'il n'y a pas d'homme

de bon naturel qui ne voulût avoir donné un bras pour que tous les rois du Monde pensassent comme elle. »

59 (656. I, f° 459 v°). — Ayant vu en Angleterre un chien qui jouoit aux cartes et répondoit aux 5 questions qu'on lui faisoit, en assemblant les lettres et arrangeant les noms qu'on lui demandoit, et écrivant, pour ainsi dire, lorsque j'eus découvert les signes d'où dépendoit tout l'art, j'en étois, sans le vouloir, fâché : ce qui me fait bien sentir combien 10 les hommes aiment le merveilleux.

On répandait des lettres à terre; l'homme parloit toujours, et, lorsque le chien avoit le nez sur la lettre qu'il falloit, il cessoit de parler.

60 (1466. II, f° 216). — Je me repentirai toujours de *5 n'avoir pas sollicité, après le retour de mes voyages, quelque place dans les affaires étrangères. Il est sûr que, pensant comme je pensois, j'aurois croisé les projets de ce fou de Belle-Isle, et j'aurois rendu par là le plus grand service qu'un citoyen pût 20 rendre à sa patrie. Il y a des sots qui ont de la pesanteur, et des sots qui ont de la vivacité; mais ce sont les sots qui ont de la vivacité qui accouchent des projets les plus stupides.

61 (i386. II, f° 198 v°). — Inscriptions pour une *5 pyramide que je veux faire élever aux confins de ma terre :

Tutatis Dynastiœ Finibus,

Repressis Prœdam Quœrentibus,

Hoc

Gallici Senatus ALquitatis Monumentum

5 Carolus

In Rei Memoriam Erexit.

Sur l'autre côté :

Stet Lapis Hic Donec Fluctus Girunda Recuset Oceano Régi Generosaque Vina Britannis.

io Sur le troisième côté :

Deo Terminali,

Judici, Indici, Testi,

Perpétue-

Fines Regenti,

i5 Dormientibus Vigilanti,

Hoc Sacrum

Juris Cultor Et Pacis Amans

Posuit.

62* (i545. II, f° 245). — Je voulois mettre sur une pyra- 20 mide, après le gain de mon procès contre lesjurats:

Deo Terminali ,

Recto, Justo,

Semper Vigilanti ,

Semper Clamanti ,

25 Testi, Indici, Judici,

P erpetuo Sacrum.

Sur le revers :

Finibus Dynasties Defensis,

Caliimniis Litium Repressis ,

Hoc Gallici Senatus ^Equitatis Monumentum

Carolus 3

In Rei Memoriam Erexit.

Sur l'autre revers :

Stet Lapis Hic, Donec Fluctus Girunda Recuset Oceano Régi Generosaque Vina Britannis.

63 (1963. III, f° 270 v°). — J'étois, avec milord 10 Bath, chez Mme d'Aiguillon, et je disois que, lorsque j'avois harangué le Roi, j'avois été fort déconcerté. Mme d'Aiguillon dit : « Et Milord qui a tant parlé au Parlement d'Angleterre n'étoit jamais déconcerté! — Il est plus aisé, répondis- je, de parler contre i5 un roi, que de parler à un roi. »

6i (444.I, p. 389). — J'écrivois à un jeune homme: « Vous entrez dans le inonde, et j'en sors. Tout vous donne des espérances et à moi des regrets. »

65 (2142. III, f° 35 1 v°). — Je bâtis à La Brède : 20 mon bâtiment avance, et, moi, je recule.

66*(223o. III, f°465 v°). — J'écrivois : «Je vais dans mes forêts chercher la tranquillité et une vie douce et paisible ; mais mon cœur me dit que vous étiez à Paris ou à Lunéville, et mes bois ne me disent 25 plus rien. »

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