‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 47 sur 200 · Voyez page · texte numérisé non relu

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5 134-141. — Morceaux inutiles de L'Ouvrage sur les Romains.

134 (572. I, f° 441 v°). — De quelque façon qu'il ait plu aux Romains de nous raconter leur guerre avec les Gaulois, ils n'en firent pas moins ce traité io honteux par lequel ils s'engageoient de ne se servir désormais de fer que pour le labourage, et Brennus, malgré la défaite dont ils parlent tant, n'en poursuivit pas moins sa route et ses brigandages.

135(573. I, f° 441). — Philippe et Persée furent i5 plutôt effrayés que vaincus. Les roix d'Egypte ne parurent que suppliants. Tous les autres roix courbèrent la tête. Ceux de Pergame et de Bithynie se vantèrent de leur servitude.

136 (574. 1, f° 441). -— Il n'y a point de raison pour 20 avoir fait une espèce d'époque à Nerva, et d'avoir compté douze Césars jusqu'à lui, comme s'ils n'avoient fait qu'une même famille, qui se seroit éteinte à Domitien. Il y a apparence que, Suétone ayant écrit la vie de ces douze Césars, et que, comme nous 25 n'avons de Tacite à peu près que l'histoire de ces douze empereurs, on s'est accoutumé à les mettre

ensemble et à compter, pour ainsi dire, une dynastie nouvelle à Nerva.

137 (5y5. I, f° 442). — Les Anciens, qui avoient une religion qui leur faisoit adorer les anciens héros comme des Dieux qui étoient venus se manifester 5 aux hommes, avoient des idées très fausses de la solide gloire et de la vertu; et, comme Hercule, et Thésée, et les autres avoient été mis au rang des Dieux par leurs actions militaires, cela faisoit regarder ceux qui les imitoient comme des gens vertueux 10 et d'une nature plus excellente que celle des autres hommes.

La vanité d'Alexandre raisonnoit très conséquemment lorsqu'il se disoit fils de Jupiter, comme Hercule et Bacchus. Il ne croyoit point qu'ayant fait i5 les mêmes choses qu'eux, il ne fût qu'un homme pour les avoir faites après eux. Il falloit dire qu'il y avoit un temps où Hercule et Bacchus n'avoient été que des Alexandre, ou dire qu'Alexandre étoit encore Hercule et Bacchus. 20

Aussi les hommes conquéroient-ils sans motif, sans utilité. Ils ravageoient la Terre pour exercer leur vertu et montrer l'excellence de leur être. Depuis que nous pesons un peu mieux la valeur des choses, les héros ont été couverts de ridicule; 25 si bien que celui qui voudroit les défendre seroit mille fois plus ridicule encore.

138 (576. I, f° 442 v°). — Marc Antonin. — Jamais philosophe n'a mieux fait sentir aux hommes les

douceurs de la vertu et la dignité de leur être : le cœur est touché; l'âme, agrandie; l'esprit, élevé.

139(577» Ij f°442 v°). — La liberté ne s'obtient que par des coups d'éclat, mais se perd par une force 5 insensible1.

140(579- I, f° 444). — Les mauvais pays sont ordinairement libres. C'est qu'ils ne fournissent pas assez au Prince pour pouvoir se rendre le maître.

141 (58o. I, f°444). — Persée étoit un homme entre

10 les mains duquel une grande entreprise ne peut jamais réussir. Il avoit une avarice stupide, qui lui faisoit regarder la conservation de ses trésors comme indépendante de celle de son royaume. Tout ce qui lui pouvoit coûter de l'argent n'étoit point pour lui

i5 un moyen de se défendre. Dès qu'il avoit le moindre succès, il trompoit ses alliés. Au moindre revers, il tomboit dans une consternation qui lui ôtoit le sens. Il n'avoit qu'à tenir les passages de la Macédoine fermés; il les ouvrit dans sa frayeur. Enfin,

20 ce prince, toujours occupé à discuter de petits intérêts, qui regardoit la ruse comme la seule des vertus royales, aimoit les affaires avec une totale incapacité d'y réussir.

S'il avoit eu des qualités personnelles, il étoit

25 dans des circonstances où les peuples de Grèce commençoient à voir que les Romains ne leur par-

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