‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 53 sur 200 · X. Appien, De la Guerre civile, livre Ier · texte numérisé non relu

X. Appien, De la Guerre civile, livre Ier

rai à Polybe, qui a admirablement bien expliqué quelle part les consuls, le Sénat, le Peuple, prenoient dans ce gouvernement; d'autant mieux qu'il parle d'un temps où la République venoit d'échapper 5 à de si grands périls et faisoit actuellement de si grandes choses.

159* (1674. III, f° 17 v°). — Le peuple de Rome, avec une haine toujours active contre les nobles, changea de moyens sans changer de fin : d'abord,

10 il songea à les abaisser en diminuant leurs privilèges; et, ensuite, en augmentant l'autorité d'un seul.

Le peuple d'Athènes avoit une jalousie naturelle contre tous ceux qui l'avoient servi avec quelque

i5 gloire. Il s'en défaisoit une fois pour ne les pas craindre toujours. A Rome, au contraire, le Peuple adoroit ceux qui, par leurs exploits, s'étoient mis au-dessus des autres, et les comblant toujours de nouveaux honneurs, il sembloit vouloir les porter

20 lui-même à la tyrannie. C'est que le peuple d'Athènes, composé de citoyens choisis, se sentoit libre, et que cette immense populace de Rome se jugeoit esclave. Celui-là ne craignoit rien que de l'ambition de ses principaux citoyens; celle-ci n'espéroit que

25 de la faveur de ceux qui avoient fait de grandes choses, et, toutes les fois qu'elle entendoit parler des victoires de quelque général, il l'appeloit dans son cœur contre une orgueilleuse noblesse. Le peuple d'Athènes n'étant pas nombreux, les gens

3o sensés se faisoient entendre et trouvoient le moyen

de le rappeler à ses intérêts; mais cette populace devint si immense qu'elle ne pouvoit être instruite, avertie, ni corrigée.

Le Sénat étoit dans cet état qu'il n'étoit pas même défendu par ceux qui le composoient. Plusieurs, qui 5 vouloient faire fortune, agitoient le Peuple comme des tribuns, et la plupart avoient tant d'autres intérêts que ceux du Sénat y étoient sans cesse subordonnés. Quelques gens qui s'étoient distingués dans les fonctions civiles, qui avoient une fortune 10 bornée, étoient seuls les vrais sénateurs. Mais l'amour pour la République étoit devenu incommode. Tout le monde suivoit Sylla, Marius, César, Pompée, Crassus, pendant que Favonius et Gaton restoient seuls à parler d'anciens usages et de loix \. i5

Page 1