‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 60 sur 200 · Voyez page 463 v · texte numérisé non relu

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ne sera peut-être pas plus connu quand je l'aurai cité (c'est Huarte), fait un conte de François Ier, qui, étant dangereusement malade, rebuté des médecins chrétiens et de l'impuissance de leurs remèdes, 5 envoya demander à Charles -Quint un médecin qui fût Juif. Le bon Espagnol cherche la raison pourquoi les Juifs ont l'esprit plus propre à la médecine que les Chrétiens, et il croit fortement que cela vient de la grande quantité de manne que les

io Israélites mangèrent dans le Désert. Il se fait, ensuite, une objection très forte, qui est que les descendants de ceux qui ont mangé de la manne ont dû perdre peu à peu, depuis le temps, les dispositions que cette nourriture avoit introduites

i5 chez eux, et il se répond qu'il paroît, par l'Écriture, que la manne avoit tellement dégoûté les Israélites que, pour détruire l'altération qu'elle avoit faite en un jour, il étoit besoin de manger un mois entier des nourritures contraires. Sur quoi, il fait ce

20 calcul que, pour détruire les qualités que la manne avoit imprimées dans le corps des Israélites dans quarante ans, il falloit quatre mille ans et davantage; ce qui fait que ceux de cette nation ont encore, par (sic) quelque temps, une disposition

25 particulière pour la médecine.

182* (1192. II, f° 90 v°). — Comment veut-on que

l'esprit d'un Chartreux soit fait comme celui des

autres hommes? On lui fait précisément mener la

vie athlétique : on ne lui donne d'autre fonction

3o que de se nourrir. Tous les plaisirs du corps, toutes

les actions de l'esprit dont on le prive, sont autant de distractions ôtées, qui pourroient l'empêcher de manger. L'âme se tourne tout entière du côté de l'unique plaisir qui lui reste. C'est à l'âge de seize ans qu'on le choisit pour ce genre de vie. 5

Pendant que, d'un côté, l'on grossit et épaissit ses fibres, on les laisse, de l'autre, dans un perpétuel engourdissement, et on fait rêver mon homme à l'être en général, pendant toute sa vie.

Ce n'est pas tout: on lui relâche ces mêmes fibres 10 en frappant son cerveau d'une crainte continuelle. Car, tantôt il est intimidé par un supérieur bizarre et impitoyable, tantôt par les scrupules vains que le monachisme traîne toujours après soi. Or, le relâchement des fibres dans la crainte est sensible : 15 car, lorsqu'elle est immodérée, les bras tombent, les genoux manquent, la voix est mal articulée, les muscles appelés sphyncters se détendent; enfin, toutes les parties du corps perdent leurs fonctions.

Pendant qu'on lui ôte tous les mouvements 20 modérés, on y en substitue, par intervalle de violents, tels que sont ceux que la continence et les disciplines produisent. Pendant ces accès, les esprits sont portés au cerveau; ils y tiraillent les fibres et y excitent plutôt un sentiment confus 25 qu'ils n'y réveillent des idées.

183 (2035. III, fo 328). — ACADEMIGA. — FRAG- MENTS d'une Dissertation sur la « Différence des Esprits ».

La ressemblance extérieure des enfants à leurs 30

pères n'est point un rapport de la copie à son original, comme si l'imagination des pères ou quelque cause secrète pouvoit imprimer sur le visage des enfants les traits qu'ils ont eux-mêmes. Cela seroit 5 entièrement inexplicable à la physique. Cette ressemblance est uniquement fondée sur ce que l'enfant étant formé de la substance du père et ayant eu, neuf mois de suite, une vie commune avec la mère, il y a, dans les uns et dans les autres, un

10 rapport dans les fluides et les solides. Ainsi cette qualité ou cette combinaison d'humeurs qui donne des cheveux noirs, une peau blanche, de belles dents, une grande taille ou des traits délicats au père ou à la mère, les donnera de même à l'enfant.

i5 Les peintres savent combien il faut peu de chose pour qu'un visage paroisse à peu près ressembler à un autre, et à quel point un rapport dans une partie frappe dans le tout : un trait seul régnera sur toute une physionomie...

20 Comme les vices et les vertus humaines sont ordinairement l'effet des passions, et les passions l'effet d'un certain état de la machine — je parle du matériel des passions, et non pas du formel, c'est-à-dire de cette complaisance que l'âme sent à suivre les

25 mouvements de sa machine, par la douceur qu'elle y trouve — il y a des maladies qui peuvent nous mettre dans la situation où l'on est lors de la passion même. Celles qui donneront à notre sang la disposition où est celui d'un homme hardi nous

3o rendront courageux; celles qui nous mettront dans un état contraire nous rendront timides. Les méde-

cins savent que de certaines maladies rendent un homme bizarre, inquiet et emporté : état déplorable, qui nous prouve que nous sommes tombés d'un état plus parfait...

Lorsque les médecins et les auteurs moraux trai- 5 tent des passions, ils ne parlent jamais la même langue : les moraux mettent trop sur le compte de l'âme; les autres, trop sur celui du corps; les uns regardent plus l'homme comme un esprit; les autres, plus comme la machine d'un artisan. Mais l'homme i< est également composé des deux substances, qui, chacune, comme par un flux et reflux, exercent et souffrent l'empire.

184* (1433. II, f° 206 v°). — Morceau d'une Préface. i5 — Quand j'ai pu envisager mon sujet dans toute son étendue, tout ce que je cherchois est venu à moi, et j'ai vu mon ouvrage croître, s'avancer et finir.

185-433. — Matériaux qui n'ont pu entrer dans 20 l'« Esprit des Loix».

185* (1874. III, f° 1 14 v°). — La Loi est la raison du grand Jupiter l.

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