‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 84 sur 200 · Page 871, Frézier · texte numérisé non relu

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comme les particuliers, qui ont du crédit en raison composée de leurs richesses, de leur conduite et des préjugés de leur condition.

Un monarque qui ne s'est pas rendu indigne du crédit public en a, pourvu qu'il puisse connoître 5 qu'il en a, et qu'il ne pense pas que ses traitants puissent lui en donner.

Les biens d'un grand état sont si immenses, en comparaison de ceux d'un ou de quelques particuliers, que, lorsque ces deux crédits s'allient, celui 10 du particulier n'est plus rien. Si le Prince a du crédit, il en donne au particulier; s'il n'en a pas, il fait perdre au particulier celui qu'il avoit.

Les traitants ne peuvent procurer de crédit au Prince que sur les mauvais marchés qu'ils lui font i5 faire. C'est l'argent qu'ils tirent des coffres du Prince qui a ce crédit, et cet argent, si on Favoit gardé, Fauroit eu tout de même.

J'ai vu de grands seigneurs avoir souvent besoin du crédit d'un valet qui avoit mis 5o écus à cou- 20 vert. Tel sera le Prince qui aura pour ressource ses traitants.

301* (1877. III, f° ii5 v°). — Pour le livre XIII, chapitre xxi : Pratique dangereuse. — Lorsque le Prince commence par recevoir des traitants et leur 25 donne à reprendre sur ses sujets, il met à la porte de chacun d'eux un ennemi, qui se fortifie par les larmes, et que la misère semble encourager. Le préfet du prétoire, dit Ammien-Marcellin (livre XVII), ayant promis de suppléer à tout ce qui manqueroit 3o

DE L'ESPRIT DES LOIX 14b

à la capitation dans la Gaule, Julien dit qu'il perdroit plutôt la vie que de le souffrir : car il connoissoit les plaies incurables que ces sortes de provisions font aux provinces (elles causèrent, dit le 5 même auteur, la ruine de l'Illyrie), et, des rôles d'augmentation lui étant présentés, il les jeta par terre. Ammien-Marcellin, qui écrit ceci, dit (livre XVI) que, lorsque ce prince entra dans la Gaule, on payoit 25 écus d'or par tête; quand il s'en retourna,

10 il n'y en avoit plus que 7, pour toute sorte d'impositions. Or, ceux qui connoissent l'état des finances des Romains, dans ces temps-là, savent bien qu'on n'étoit point en état de perdre. La diminution ne fut donc point sur la taxe, mais sur les frais de la

i5 levée, et, de ces deux règlements, l'un fut l'heureux effet de l'autre.

302* (1882. III, f° 120 v°). — Sur les Livres du Climat. — Voyez ce que c'étoit que les républiques des Indes, lors de l'arrivée d'Alexandre. Voyez dans

20 Diodore (livre III, page 296) les loix des Indiens, qui ont beaucoup de rapport avec ce qu'on nous en dit aujourd'hui, tant pour la différence des castes, des conditions, la douceur de l'esclavage, la propriété des terres au Souverain, etc. Voyez ce qu'il

25 en dit aussi livre IIe, page 246. Ce qu'il dit, qu'on n'y a jamais vu de famine, est bien changé. Aussi n'y parle-t-on point de riz. — Cela fait bien voir que ce que les Nouvelles ecclésiastiques ont dit sur ce que j'ai dit contre la douceur du gouvernement des

3o Indes forme une censure fort peu éclairée.

303* (1796. III, f° 77). — Caractère des Loix dans certains Climats. — Deux roix éthiopiens, qui régnèrent dans différents temps en Egypte, y abolirent la peine de mort. Il falloit que cela fût établi de même dans leurs pays. Ces princes régnèrent avec 5 toute sorte d'humanité, de justice. Les relations que nous avons aujourd'hui d'Ethiopie nous montrent plus de douceur, dans ce gouvernement, et une meilleure police que dans quelque autre pays que ce soit de l'Afrique. 10

304* (1730. III, f°48 v0).— Climat.— Conquêtes des Chinois et des Mogols1. — Toute la différence est que les Tartares ne fondèrent l'empire du Mogol qu'après avoir reçu le Mahométisme, et que le Japon i5 fut conquis avant cette époque.

Il faut expliquer ceci.

Ces deux empires furent fondés par une invasion des Tartares (*) 2. Les conquérants se rendirent propriétaires des fonds de terre, et le Prince ou Général les donna comme des espèces de fiefs. Il paroissoit 20 naturel qu'ils ne fussent point héréditaires. Comme ils étoient distribués à l'armée, et que c'étoit au Prince à choisir ses officiers et ses soldats, il sembloit que la récompense des places ne devoit pas être plus héréditaire que les places mêmes. C'est i5 l'idée de toute armée conquérante : ce fut la manière

1. J'ai mis dans mon recueil pour des dissertations toutes les autorités nécessaires pour prouver ceci.

2. Nota que la note du signe sur le mot Tartares est à la fin de l'article.

de penser de nos Francs, de tous les Goths, qui conquirent l'Empire romain. Mais, en Occident, on sentit bientôt que des terres tenues ainsi précairement deviendroient incultes; l'esprit de liberté ins-

5 pira l'esprit de propriété; nos fiefs devinrent héréditaires. Cela ne se put faire en Asie, parce que l'esprit de liberté n'y régnoit point. Les fiefs restèrent à vie ou plutôt continuèrent à être donnés ou ôtés par la volonté capricieuse du Prince. Bientôt

io l'esprit précaire détruisit dans l'Indolestan (sic) les villages, les paysans, les terres, et le rendit le plus grand désert du Monde.

La même chose seroit arrivée au Japon, si le climat et la religion n'y avoient mis des différences1.

i5 305*(ic)i6. III, f° 147 v°). — Dans un chapitre fait sur l'Egypte, j'avois mis :

« Les esclaves avoient la Loi pour sûreté de leur

1. (*) On ne peut douter que le Japon ne soit une conquête tartare. Même gouvernement et même constitution que celle du Mogol, fondée par les Tartares. Les Japonois sont originaires de Tartarie, comme les Mogols. Le Deiro se rapporte entièrement au Grand-Lama des Tartares. Les jongleurs ou chasseurs de Diables ou de maladies sont communs au Japon, comme chez les Tartares. Gengis-Kan fit jeter ses ennemis dans une chaudière bouillante, supplice commun chez les Japonois. Les deux peuples ont à peu près les mêmes dogmes; ils sont aussi peu attachés au culte, et, à l'égard des dogmes, ils ont une égale indifférence. Les Tartares ne disputent jamais sur la Religion ; les Japonois, non plus. Avant le Christianisme, la liberté de religion y étoit entière. De même, les Tartares, par principe de conscience, les protègent toutes. Quoi que disent les histoires des Chinois, ce qu'on voit aujourd'hui prouve bien qu'ils n'auroient jamais été capables de conquérir le Japon. De plus, il n'y a nul rapport entre ces peuples.

vie. Elle punissoit de mort le maître même qui la leur auroit ôtée. Ils n'étoient pas citoyens; mais ils étoient des hommes1.»

306* (i838. III, f° 102 v°). — Le Sénatus-Consulte Syllanien, à Rome, contre les Esclaves. — C'est à des 5 loix si sévères que l'on devoit à Rome ces actions de fidélité, de vertu, de courage, de la plupart des esclaves romains. Vous les voyez se tuer après avoir tué leur maître par son ordre. Mais la Loi les auroit fait mourir tout de même2. 10

307* (1782. III, f° 72). — Esclaves affranchis. Multitude de nouveaux pauvres qui ne Tétoient pas auparavant. Ce fut une révolution que fit le Christianisme.

308* (1909. III, f° 143). — Femmes et Eunuques. — On a remarqué à la Chine qu'il étoit moins perni- i5 cieux que le Prince se livrât à ses femmes qu'à ses eunuques ?. Quand il s'est une fois abandonné à ceux-ci, ils se rendent le maître de sa personne. Les abus et les excès de leur gouvernement font qu'on se soulève. Le Prince voudroit-il y remédier, il ne 20 le peut plus : ses ordres ne peuvent plus passer au dehors. Cela forme des guerres civiles, et, si le parti opposé aux eunuques est vainqueur, le Prince est confondu dans la ruine des eunuques.

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