‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 104 sur 263 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

1571* (1490. II, f>222 v^). — Qui l'eût dit, que, les maximes les plus cruelles du despotisme, ce seroit un peuple qui se vante d'être libre qui les auroit établies contre de malheureux sujets ?

5 Les Corses, dans leurs traités, ont été obligés de stipuler le Droit naturel, et la République de Gênes a signé le traité qui la couvre à jamais de confusion, par lequel elle s'engage de ne plus faire mourir les Corses sans procès, ni sur la conscience informée 10 du Gouverneur»

Cette république, dans l'impuissance de réduire des peuples maltraités, envoyé, de cour en cour, importuner tous les roix et acheter d'eux la vie de ces peuples, après l'avoir tant de fois vendue.

i5 1572* (960. II, f* 22 v*»). — L'Italie n'est plus au centre depuis la découverte du Cap et des Indes Occidentales : elle est à un coin du Monde; et, comme le commerce du Levant est dépendant de celui des Indes, elle ne le fait qu'accessoire.

ao IX. ESPAGNE*

1573* (207. I, p. 209). — On ne peut penser sans indignation aux cruautés que les Espagnols exercèrent contre les Indiens, et, quand on est forcé d'écrire sur ce sujet, on ne peut s'empêcher de 35 prendre le style de déclamateun

Bartholomeo de Las Casas, témoin oculaire de

toutes ces barbaries, en fait un récit horrible. Les hyperboles dont les rabbins se servent pour décrire la prise de Biter ne présentent pas des idées si affreuses que la naïveté de cet auteur. Adrien punissoit des révoltés. Ici Ton extermine des peuples s libres. Des peuples aussi nombreux que ceux de PEurope disparoissent de la Terre. Les Espagnols, en découvrant les Indes, ont montré en même temps ' quel étoit le dernier période de la cruauté.

Il est heureux que l'ignorance dont les Infidèles 10 font profession leur dérobe nos histoires. Us trouveroient là de quoi se défendre et de quoi attaquer. S'ils jugeoient de notre religion par les idées que leur en auroient donné la destruction des Indiens, la Saint-Barthélémy et cinq ou six traits aussi marqués i5 que ceux-là, qu'auroit-on à leur répondre? Car, enfin, l'histoire d'un peuple chrétien doit être la morale pratique du Christianisme. On a fait voir, dans les Lettres persanes y la vanité des prétextes qui avoient forcé les Espagnols à en venir à cette 30 extrémité : moyen unique de conserver, et que, par conséquent, les Machiavélistes ne sauroient nommer cruel. On l'a prouvé par la conduite opposée des Portugais-, qui ont été chassés de presque partout. Mais le crime ne perd rien de sa noirceur 35 par l'utilité qu'on en retire. Il est vrai qu'on juge toujours des actions par le succès; mais ce jugement des hommes est lui-même un abus déplorable dans la Morale.

Si la Politique £^ été le motif, la Religion a été le 3o prétexte. Il y a longtemps qu'un poète s'est plaint

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