‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 105 sur 263 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

que la Religion avoit enfanté les plus grands maux, et il faut bien que cela fût vrai dans la Religion payenne, puisque cela n'est pas même toujours faux dans celle de Jésus-Christ.

3 Quel abus de faire servir Dieu à ses passions et à ses crimes? Y a-t-il de plus mortelle injure que celle que Ton fait sous prétexte d'honorer ?

1574 (611. I, f* 449 v^). — Il auroit fallu que les

Espagnols eussent tiré autant d'Indiens pour TEs-

10 pagne qu'ils ont envoyé d'Espagnols dans les Indes.

1575(620. I, f^ 45o \^). — Le roi d'Espagne étoit catholique de bonne foi: c'est-à-dire d'une religion qui accommodoit si bien son ambition.

1576* (898. II, f> 1 1). — Dans V Histoire d'Espagne t5 de M. l'abbé de Bellegarde, le grand-inquisiteur Turrecremata (fut le premier) ayant offert une amnistie générale, plus de 17,000 personnes vinrent volontairement avouer leurs crimes dans l'espérance de l'absolution. < Mais on les trompa : » plus de 2,000 %Q furent brûlés, et les autres se sauvèrent en divers royaumes. — On ne peut pas lire ces mots : < Mais on les trompa », sans sentir dans son cœur de la tristesse.

1577 (1074. II, ^ 66 V**). — Je disois que Philippe V 25 devoit sa couronne aux chevaux d'Andalousie, qui f^tc^ montoient ses Espagnols, et au vin d'Espagne, qui tuoit les Anglois.

25o MONTESQUIEU

4578* (1678. m, f» 29 yo). — Espagne. — Patino a fait une sottise ; c'est de mettre toutes ses forces de mer à Cadix. Cela coûta plus. Les matelots de Biscaye et de Catalogne ont 200 lieues avant d'ar« river chez eux, depuis qu'ils sont débarqués.

Le roi de France n'a pas tous ses vaisseaux dans un seul port.

4579 (2220. III, f» 464 v<>). — Les Espagnols et les Portugais sont encore en tutelle dans l'Europe.

4580*(927. II, f* 16). — Sur les historiens de France : « Ut, sicut prima œtas vidit quid ultimum in liber» tate esset, ita nos quod in servitute. »

4584* (189. 1, p. 188). — Le père Lecointe soutient contre toute l'antiquité, dans ses Annales ecclésias- ■ 5 tiques, que l'assemblée des François n'envo^^a point au Pape pour le consulter sur la déposition du dernier roi de la première race. Le père Châlons, de l'Oratoire, dans une Histoire de France dont l'extrait est au 18* Journal des Sçavans de l'année 20 1720, dit qu'il n'y a pas d'apparence que le Pape eût voulu commettre une si grande injustice. Cela est plaisant : il ne veut pas que le Pape puisse faire une chose qu'il avoue que tous les seigneurs ont faite, 25

FRANCE 25 ï

4582* (190. I, p. 189). — Je ne puis concevoir les historiens françois. •

Voyez comme le père Alexandre révoque en doute les faits les plus constants de l'histoire fran- 5 çoise, pour diminuer l'autorité du Pape. Comment peut-on démentir tous les historiens contemporains? Peut- on nier que Taveuglement ne fût grand dans ces temps-là sur l'autorité du Pape? Nier un de ces faits particuliers qu'est-ce que cela avance ? Toute

10 rhistoire en corps n'est- elle pas un monument de l'aveuglement de nos pères à cet égard? Pour moi, j'aimerois mieux ne point écrire d'histoire que d'en écrire pour suivre les préjugés et les passions du temps.

i^ Tantôt, l'un vous fera descendre les Capets des

Mérovingiens ; tantôt, l'autre voudra que le nom de

très chrétien ait été toujours affecté aux princes

françois.

On ne fait pas un système après avoir lu l'histoire;

2^ mais on commence par le système, et on cherche ensuite les preuves; et il y a tant de faits dans une longue histoire, on a pensé si différemment, les commencements en sont ordinairement si obscurs, qu'on trouve toujours assez de quoi faire valoir

25 toutes sortes de sentiments.

1583(925. II, f> i5 vo). — Si le système de l'abbé Dubos est vrai, quelle seroit l'origine des servitudes en France ?

1584* (1488. II, t^222). — lime semble qu'il manque

toujours quelque chose aux ouvrages qu'on nous a donnés sur l'histoire de France. Peut-être peut-on dire de la plupart des auteurs qui en ont écrit, que les uns avoient trop d'érudition pour avoir assez de génie, et que les autres avoient trop de génie pour b avoir assez d'érudition.

4585 (i 171. II, f 8i v«). — Je trouve dans Tacite, De Moribtis Germanorum, la raison bien naturelle de la grande autorité que les évêques prirent chez les Francs convertis au Christianisme'. Cela étoit 10 dans leurs anciennes moeurs. tReges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt; nec Regibus infinita aut

libéra potestas Ceterum neque anintadvertere^

neque vincire, neque verberare quidem, nisi sacerdotibus est permissum; non quasi in pœnam, nec i3 Ducis jussu, sed velut Deo imperante, quem adesse bellatoribus credunt. »

Le même Tacite nous fait voir l'origine de notre coutume d'être toujours armés : < Nihil. . . neque publicœ neque privatœ rei^ nisi armati agentes. > 20

De même, la coutume de se louer à la guerre : < Si civitas in qua orti sunt longa pace et otio torpeat, plerique nobilium adolescentium petunt ultro cas nationes quœ tum bellum aliquod gerunt. »

4586 (i 172. II, f> 81 v°). — De ce que Tacite dit des 25 Germains : c Omnibus ils idem habitus, » cela prouve qu'ils n'avoient point été vaincus, et qu'ils n'avoient

Page 1