‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 116 sur 263 · Mis dans le livre X« des Lof · texte numérisé non relu

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de réparer ses pertes. Ses voisins la craignent, et ses ennemis déclarés sont toujours encouragés par des ennemis secrets.

Elle n'est propre qu'à servir aux desseins de quelque grand État. Mais, si elle a des succès, elle est 5 bientôt arrêtée par la puissance même qui la fait agir.

Charles XII, qui n'employa que ses seules forces, détermina sa chute en formant des desseins qui ne pouvoient être exécutés que par une longue guerre, lo chose dont son royaume n'étoit point capable.

Ce n'étoit pas un empire qui fût dans la décadence qu'il entreprit de renverser, mais un empire naissant. Les Moscovites se servirent de la guerre qu'il leur faisoit comme d'une école. A chaque défaite, ils i3 s'approchoient de la victoire, et, perdant au dehors, ils apprenoient à se défendre au dedans.

Charles se croyoit le maître du Monde dans les déserts de la Pologne, où il erroit, et, dans lesquels, la Suède étoit comme répandue, pendant que son 20 principal ennemi se fortifioit contre lui, serroit son royaume, s'établissoit sur la mer Baltique, détruisoit ou prenoit la Livonie.

La Suède ressembloit à un fleuve dont on coupoit les eaux dans sa source, et dont on les (sic) détour- 23 noit dans son cours.

Ce ne fut point Pultova (sic) qui perdit le roi de Suède : s'il n'avoit pas été détruit dans ce lieu, il Tauroit été dans un autre. Les accidents de la fortune se réparent aisément; ceux de la nature des 3o choses ne se réparent point.

Mais la nature ni la fortune ne furent jamais si fort (sic) contre lui que lui-même.

Il ne se régloit point sur la disposition actuelle

des choses, mais sur un certain modèle qu'il avoit

3 pris; encore le suivoit-il très mal. Il n'étoit point

Alexandre; mais il auroit été le meilleur soldat

d'Alexandre.

Le projet d'Alexandre ne réussit que parce qu'il étoit sensé.

10 Les mauvais succès des Perses dans les invasions qu'ils firent de la Grèce, les conquêtes d'Agésilas et la retraite des Dix Mille avoient fait connoître au juste la supériorité des Grecs dans leur manière de combattre et dans le genre de leurs armes, et l'on i5 savoit bien que les Perses étoient incorrigibles. Ils ne pouvoient plus troubler la Grèce par ses divisions. Elle étoit alors réunie sous un chef qui ne pouvoit avoir de meilleur moyen pour la contenir, que de l'éblouir par la destruction de ses ennemis 20 éternels et l'espérance de la conquête de l'Asie. Un empire cultivé par la nation du Monde la plus industrieuse, et qui travailloit les terres par principe de religion, fertiles et abondantes en toutes choses, donnoit à un ennemi toutes sortes de facilités pour 33 y subsister.

On pouvoit juger par l'orgueil de ces roix, toujours vainement mortifiés par leurs défaites, qu'ils précipiteroient leur chute en donnant toujours des batailles, et que la flatterie ne permettroit jamais 3o qu'ils pussent douter de leur grandeur.

Et non seulement le projet étoit sage ; mais il fut T. II. 37

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sagement exécuté: Alexandre, dans la rapidité de ses actions^ dans le feu de ses passions mêmes, avoit, si j'ose me servir de ce terme, une saillie de raison qui le conduisoit, et que ceux qui ont voulu faire un roman de son histoire, et qui avoient l'esprit plus 5 g^té que lui, n'ont pu nous dérober.

1706 (i636. III, f> I V*). — En 1748 et 4g. — C'est un phénomène bien singulier que ce que nous voyons dans la nation suédoise! Une nation qui a obtenu, par le bonheur le plus extraordinaire, un gouverne- >o ment libre, et qui en jouit pendant deux règnes, qui a été accablé par le gouvernement arbitraire pendant un règne, où elle a vu périr presque tous les sujets par l'opiniâtreté et l'obstination d'un roi arbitraire, et chez laquelle s'élève un parti puissant, i3 pour priver cette nation de son gouvernement libre et rétablir le gouvernement arbitraire :

Antbitio tantum potuit suadere tnalorum.

1707* (2019. III, f« 3i4 vo). — Suède. — Ce sont aujourd'hui les états qui gouvernent, et qui ont eux 20 seuls la puissance législative : car le Roi ni le Sénat n'ont pas plus de part à la législation qu'en Pologne.

Le gouvernement incline vers la démocratie, et plus qu'autrefois, parce qu'il y avoit autrefois plusieurs chambres de noblesse. Je crois que c'étoit 23 trois chambres distinguées par la prééminence, et l'on donnoit sa voix par corps, et non par tête comme aujourd'hui : ce qui avoit du rapport à la division de Servius TuUius chez les Romains. La réunion des

domaines sous Charles XI perdit la Noblesse. L'opération fut violente, en ce que, non seulement on reprit les domaines, mais on demanda compte des revenus; ce qui causa des procès entre les familles.

•3 La Noblesse sent sa décadence et ne paroît pas affectionnée à ce gouvernement. Dans la guerre où la Suède perdit la Finlande, les états n'osèrent confier le gouvernement au Roi, et on ne peut pas dire que cette constitution soit bien ferme. Les Moscovites

>o la demandent parce qu'ils craignent l'esprit de conquête. Ce que les Suédois ont perdu de la Finlande est considérable, parce qu'ils ont perdu leur défensive, c'est-à-dire les défilés par où on étoit obligé de passer pour aller jusqu'à eux, et cette paix, de la

i3 part des Moscovites, a été faite avec intelligence. La Finlande fut conquise et convertie à la manière de Charlemagne, et l'on voit, dans une église de Finlande, le convertisseur ayant à la main un fouet de chaînes de fer; c'est (je crois) Woldemar.

ao 1708* (777. 1, p. 507). — Pulendorf, dans son Histoire, dit que, dans les États où les citoyens sont renfermés dans une ville, les peuples sont plus propres à Tarislocratie et à la démocratie > : car, si quelqu'un gouverne tyranniquement une ville, les peuples

35 peuvent se réunir en un instant contre lui; au lieu que, dans les pays dispersés, ils ne peuvent s'unir. — J'en donne une autre raison. Quand celui qui n'a qu'une ville est chassé par ses sujets, le procès est

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