‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 124 sur 263 · II. ÉDUCATION · texte numérisé non relu

II. ÉDUCATION

1753» (1524. II, fo 23i). — Loix : Éducation. — Sal-

luste, Conjuration de Catilina, parlant des premiers

Romains : c Ingenium nemo sine corpore exercebat. »

10 C'est ainsi que cela doit être dans les États qui ne

sont pas corrompus par le luxe.

1754 (1379. Hj ^ 197 v^).— Éducation. — Par l'éducation, on apprend aux hommes leurs devoirs, à mesure qu'ils sont en état de les connoitre ; on leur i3 apprend, en quelques années, ce que le Genre humain n'a pu savoir qu'après un très grand nombre de siècles, et ce que les peuples sauvages ignorent encore aujourd'hui.

1755* (1494. II, t^ 223 V®). — Je ne doute en aucune 30 manière que, dans une petite république, on ne pût donner une éducation telle qu'elle fût toute composée d'honnêtes gens.

Les loix font les bons et les mauvais citoyens. Le même esprit de timidité qui fera un homme T. II. 39

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exact à ses devoirs dans une république fera un homme rusé dans une autre. Le même esprit de hardiesse qui fera un homme qui aime sa patrie, et qui se sacrifiera pour elle dans un État, fera un voleur de grand chemin dans un autre. ^

Je suppose qu'un homme sauvage, qui n'a jamais vécu que dans les forêts, rencontre, pour la première fois de sa vie, un autre homme de même espèce que lui, et qu'ils ne puissent fuir, ni l'un, ni l'autre. Le hasard, fondé sur le moindre geste, sur lo un maintien^ fera que ces deux hommes chercheront à s'entre -détruire ou à se prêter secours. Aussi la moindre circonstance fera- 1- elle d'abord un peuple anthropophage ou un peuple qui aura des mœurs.

Ce qui fait la plupart des méchants hommes, c'est i3 qu'ils se trouvent dans des circonstances où ils se trouvent (sont plus) frappés de l'utilité de faire des crimes que de la honte ou du péril de les commettre. De bonnes loix peuvent rendre ces circonstances rares; de mauvaises loix les multiplient; des 20 loix indifférentes laissent toutes celles que le hasard peut produire.

1756(1689. m, f® 34). — Je disois que, jusques à sept ou six ans, il ne falloit rien apprendre aux enfants, et que même cela pouvoit être dangereux; 25 qu'il ne faut songer qu'à les divertir, ce qui est la seule félicité de cet âge. Les enfants reçoivent par tout les idées que donnent les sens. Ils sont très attentifs, parce que beaucoup de choses les étonnent, et, par cette raison, ils sont extrêmement curieux. 3o

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Il ne faut donc songer qu'à les dissiper et les soulager de leur attention par le plaisir. Ils font toutes les réflexions qui sont à leur portée; leurs progrès extraordinaires sur la langue en est une preuve. 3 Quand donc vous voulez leur faire faire vos propres réflexions, vous empêchez les leurs, que la Nature leur fait faire. Votre art trouble le procédé de la Nature. Vous les retirez de l'attention qu'ils se donnent, pour qu'ils prennent celle que vous leur

lo donnez. Celle-là leur plaît; celle-ci leur déplaît. Vous les jetez dans les idées abstraites, pour lesquelles ils n'ont point de sens. Ils ont des idées particulières, et vous les généralisez avant le temps; par exemple, l'idée de bonheur, de justice, de pro-

i5 bité : tout cela n'est point de leur ressort. Ne leur faites rien voir de mauvais! Vous n*avez rien autre chose à faire. A un certain âge, le cerveau ou l'esprit se développe tout-à-coup. Pour lors travaillez! Et vous ferez plus dans un quart d'heure

20 que vous n'auriez fait dans six mois jusques à ce temps -là. Laissez former le corps et l'esprit par la Nature!

1757(i83. I, p. 174). — Un des plus grands abus

qui soit dans le Royaume est l'établissement des

23 demi-collèges, qui sont dans les petites villes, où

les artisans envoyent aussi tous leurs enfants pour

leur apprendre quelques mots de latin.

Bien loin que ceci soit favorable aux sciences,

cela entretient l'ignorance : car, autant qu'il est

3o utile qu'il y ait de bonnes académies dans les prin-

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cipales villes, où ane certaine jeunesse soit instruite aux belles -lettres, autant est -il dangereux de souffrir dans de petites villes des demi -collèges, qui éloignent les artisans et petits négociants de leur état, sans les mettre en chemin d'en remplir b bien un autre.

1758 (218. 1, p. 239). — Collèges. — On reçoit dans les collèges une éducation basse. Je n'en puis rien dire de pis, si ce n'est que, ce qu'on en retire de mieux, c'est un esprit de bigoterie. Cent petites 10 trahisons que l'on fait faire tous les jours à un jeune homme contre ses camarades, les perfidies qu'on lui inspire, peuvent bien servir à entretenir une certaine règle extérieure dans ces maisons, mais elles perdent le cœur de tous les particuliers. i3

1759(582. 1, f' 444 v**). — Les vieillards qui ont étudié dans leur jeunesse n'ont besoin que de se ressouvenir, et non pas d'apprendre. Cela est bien heureux !

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